Les critiques d'Hugues Dayez avec "Papicha"', le sort des femmes en Algérie dans les années 90

L'affiche de "Papicha"
L'affiche de "Papicha" - © DR

Premier long-métrage de fiction d’une documentariste, Mounia Meddour, "Papicha" a d’abord été remarqué à Cannes dans la section "Un certain regard", et ensuite primé au récent Festival du film francophone d’Angoulême.

Papicha

Alger, début des années 90. Dans le langage courant, une "papicha" y désigne une jeune fille délurée, aimant faire la fête. Nedjma, 18 ans, est une papicha : elle loge dans la cité universitaire pour y suivre ses études, mais elle aime aussi "faire le mur" pour aller danser le soir avec ses copines. Nedjma nourrit un rêve – devenir styliste – et pour y arriver, veut organiser un défilé de mode avec ses créations réalisées à partir du haïk, le voile algérien. Mais c’est un jeu très dangereux parce que la ville est en train de vivre la montée de groupes islamistes de plus en plus violents…

La réalisatrice Mounia Meddour, qui a vécu sa jeunesse à Alger, a connu le début de cette guerre civile dans les années 90 – ce que les Algériens désignent comme les "années noires" de l’histoire récente de leur pays. A travers le personnage de Nedjma, elle entend rendre hommage à ces jeunes femmes qui ont courageusement poursuivi leur idéal de liberté malgré le climat de violence et d’oppression. Elle montre aussi, avec subtilité, l’état d’esprit presque schizophrène de son héroïne, partagée entre tradition et modernité, entre le mode de vie de ses parents et la tendance occidentale.

La principale qualité de son film, c’est que l’importance de son message n’écrase jamais les personnages – défaut si récurrent dans les films politiques. "Papicha" est certes une chronique des années noires en Algérie, mais c’est d’abord et surtout le portrait sensible d’une jeune fille à la croisée des chemins. Et c’est pour ça qu’il capte l’attention et émeut.

Late Night

Katherine Newbury (Emma Thompson) est une célèbre présentatrice de talk-show à New York. Mais elle est sur un siège éjectable : sa directrice de chaîne lui annonce que sa saison présente sera sa dernière, car sa cote de popularité a tendance à baisser… Prise de panique, Katherine consulte son fidèle collaborateur : que faire ? Celui-ci lui conseille de féminiser son équipe de scénaristes, et d’engager une femme qui pourrait donner un coup de jeune à l’humour de son show. C’est à ce moment-là que débarque Molly (Mindy Kaling), une célibataire d’origine indienne, qui rêve de travailler pour la télé mais qui n’a jamais écrit le moindre gag. Entre Katherine, Anglaise hautaine et cassante, et Molly, immigrée un peu gauche, le dialogue va devoir se nouer tant bien que mal.

Le canevas de "Late night" est usé jusqu’à la corde, c’est à peu de chose près celui du "Diable s’habille en Prada", comédie dans laquelle une novice (Anne Hathaway) travaillait sous la férule d’une rédactrice implacable (Meryl Streep caricaturant Anna Wintour). Mais l’intérêt du film est ailleurs ; primo, dans la description des coulisses de l’"usine à vannes" qu’est un talk-show, secundo, dans la saveur des dialogues écrits par Mindy Kaling et défendus avec brio par elle-même et, sans surprise, par une Emma Thompson en grande forme.

Queens (Hustlers)

On reste à New York mais on change d’époque et d’univers : "Queens" nous entraîne dans les clubs de strip-tease de Big Apple au milieu des années 2000. Destiny (Constance Wu), d’origine taïwanaise, a sa grand-mère à sa charge et tire le diable par la queue. Grâce à Ramona (Jennifer Lopez), elle va apprendre toutes les ficelles du métier de strip-teaseuse. Alors que les pourboires se multiplient et que l’argent commence à rentrer, survient le krach de 2008. Avec la crise des subprimes, les traders, principaux clients des clubs, ont le moral à zéro et surveillent leurs dépenses. C’est alors que Ramona et ses copines échafaudent un plan pour arnaquer leurs riches clients en toute impunité…

Avec "Queens", on a envie de brandir le slogan : "Attention, un film peut en cacher un autre !" En l’occurrence, il ne s’agit pas ici d’un film érotique soft (façon "Showgirls" de Paul Verhoeven) pour se rincer l’œil avec J Lo et ses acrobaties de pole dance, mais bien d’une étude de mœurs inspirée d’une histoire vraie relatée dans une enquête du New York Times – ce qui rend le film tout de suite plus intéressant, car il dépeint bien l’envers du décor d’un univers souvent esquissé de façon superficielle. Et offre, une fois n’est pas coutume, un vrai rôle consistant à J Lo.

Maléfique, le pouvoir du mal

Inutile de détailler la politique Disney de retourner avec des acteurs en chair et en os les dessins animés classiques de leur catalogue. Avec leur nouvelle version de "La belle au bois dormant" il y a cinq ans, les scénaristes avaient renversé la perspective et, au lieu de s’intéresser à la princesse Aurore, avaient choisi le point de départ de la "méchante" : la sorcière Maléfique, incarnée par Angelina Jolie.

A Hollywood, on le sait, tout succès appelle une suite. Mais certaines histoires n’appellent pas un tome 2. C’est le cas de "Maléfique", tout était réglé dans le numéro 1. L’idée maîtresse de ce nouveau film, c’est que la princesse Aurore (Elle Fanning, encore elle) va se marier avec un gentil prince. Mais Maléfique, qui veille sur Aurore, entre en rivalité avec la mère du prince, la Reine Ingrith (Michelle Pfeiffer) et le mariage va être à l’origine d’une impressionnante bataille.

Difficile de ne pas bâiller d’ennui devant ce film qui multiplie artificiellement les péripéties et les retournements de situation pour tenter de tenir la distance. Et quelle désolation de voir trois stars talentueuses devoir galvauder leur talent dans des rôles aussi monochromes.

Shaun le mouton, la ferme contre-attaque

Depuis plusieurs décennies, le studio Aardman, basé à Bristol, maintient la flamme d’une technique d’animation aujourd’hui tombée en désuétude : l’animation en pâte à modeler. Au sein du studio, Nick Park a créé le duo de Wallace et Gromit, un inventeur naïf flanqué de son chien bien plus malin que lui. Dans une de leurs aventures - "Rasé de près", ils sauvaient un sympathique mouton, Shaun. Avec ce personnage, Aardman a créé un "spin of" sous la forme d’une série télévisée, et ensuite un premier long-métrage pour le cinéma.

Voici aujourd’hui un deuxième épisode, dans lequel Shaun rencontre une mystérieuse créature extra-terrestre débarquée sur terre. Avec "Shaun le mouton", Aardman pratique un humour exclusivement visuel et sonore, sans le moindre soupçon de dialogue, ce qui rend le film accessible aux enfants. Leurs parents, qui ont adoré "Wallace et Gromit" souriront avec eux, mais regretteront en leur for intérieur que l’âge d’or, en termes de créativité du studio anglais, semble hélas aujourd’hui appartenir à l’histoire ancienne.