Les critiques d'Hugues Dayez avec "Once upon a time… in Hollywood", la machine Tarantino tourne à vide

Les critiques d'Hugues Dayez avec "Once upon a time… in Hollywood", la machine Tarantino tourne à vide
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Les critiques d'Hugues Dayez avec "Once upon a time… in Hollywood", la machine Tarantino tourne à vide - © Sony Pictures

C’était un des évènements les plus attendus du dernier Festival de Cannes  : "Once Upon a Time… in Hollywood" marquait le retour de Quentin Tarantino sur la Croisette 25 ans après sa Palme d’Or pour "Pulp Fiction". Mais ce neuvième long-métrage de l’ancien chouchou d’Harvey Weinstein n’a pas déchaîné les passions et est reparti bredouille, ne décrochant aucune mention au palmarès du jury présidé par le grand Alejandro Iñárritu.

Le film de Tarantino nous replonge dans l’usine à rêves hollywoodienne en 1969. Un journaliste de télévision nous présente d’emblée Rick Dalton (Leonardo Di Caprio), vedette d’une série western télévisée, accompagné de sa doublure Cliff Booth (Brad Pitt), qui se charge des cascades. Dans ce petit reportage, tout le monde est tout sourire, bien rôdé au jeu de la promotion. Mais la réalité est moins rose : Rick se rend bien compte que sa carrière fait du surplace, et Cliff, de moins en moins sollicité pour des scènes d’action, est devenu le chauffeur et l’homme à tout faire de Rick. Pendant que le duo s’ennuie, de nouvelles stars prennent leur envol à Hollywood, comme la jeune et belle Sharon Tate et son mari, le réalisateur de "Rosemary’s Baby", Roman Polanski.

Avec "Once Upon a Time… in Hollywood", Tarantino, tel un collectionneur maniaque et compulsif, nous fait visiter sa boîte à souvenirs. Son film n’est qu’une avalanche de références. Le destin de Rick Dalton, qui hésite à se lancer dans le western-spaghetti en Italie, fait évidemment référence au parcours de Clint Eastwood, vedette de seconde zone dans la série TV "Rawhide" qui parvint à relancer sa carrière avec "Pour une poignée de dollars" de Sergio Leone. À côté du duo fictif Dalton/Booth, Tarantino convoque quelques stars authentiques de l’époque comme Steve Mc Queen ou Bruce Lee. Sa reconstitution d’époque est méticuleuse, mais le cinéaste finit par se noyer dedans et oublie d’alimenter le scénario de son film avec de véritables enjeux.

La première partie de "Once Upon a Time" présente laborieusement les protagonistes, la seconde met en place une uchronie (procédé narratif consistant à partir d’une réalité historique pour ensuite la tordre dans une fiction). Dans " Inglourious Basterds ", Tarantino modifiait sans vergogne l’issue de la Seconde Guerre mondiale, ici il joue avec un des faits-divers les plus sinistres du XXème Siècle, à savoir le meurtre sauvage de Sharon Tate par des membres de la secte de Charles Manson… C’est d’un mauvais goût définitif. Car, assez sobre dans ses effets pendant deux heures, Quentin ne peut évidemment se retenir de proposer un déluge de violence dans son "bouquet final" : chassez le naturel, il revient au galop. Les fans du cinéaste apprécieront sans doute. Mais ces fans, plus que jamais, doivent impérativement connaître le cinéma américain de 1969 pour savourer les innombrables private jokes du film. Sans cette culture, mieux vaut passer son chemin : "Once Upon a Time… in Hollywood" se résume alors à un long et ennuyeux tunnel de près de trois heures.

Il y avait pourtant un autre film à faire sur Hollywood confronté à la contre-culture hippie et la contestation des années 60. Mais Tarantino n’a visiblement pas la maturité requise pour réaliser ce film-là.

Dora et la Cité perdue

On le sait : en pleine crise de création, menacés par les plateformes de streaming, les grands studios hollywoodiens recyclent à tout va les vieilles formules, ou déclinent des marques. Aujourd’hui, ils s’emparent d’une série de dessins animés éducatifs née en 2000 sur la chaîne Nickelodeon : "Dora l’exploratrice", soit les aventures d’une petite fille latino de sept ans, de son sac à dos magique et de son singe Babouche… Déclinées sur 8 saisons et 177 épisodes.

Or, aujourd’hui, quand le cinéma s’empare d’un dessin animé de facture traditionnelle, deux techniques s’offrent à lui : l’animation en images de synthèse ou le tournage en prises de vues réelles. C’est cette deuxième piste qu’a choisie le réalisateur James Bobin pour "Dora et la Cité perdue". Soit. Mais pourquoi alors changer l’âge de Dora, qui n’est plus ici une enfant mais une grande adolescente de 16 ans ? Pourquoi choisir un personnage apprécié d’un public enfantin pour le dénaturer complètement ?

Le reste du film est à l’avenant : décors de pacotille, interprétation surjouée d’Isabella Moner et de ses comparses… Ce film d’aventures, qui aimerait renouer avec la fantaisie juvénile des " Goonies ", se révèle une véritable épreuve pour le spectateur.