Les critiques d'Hugues Dayez avec "Ocean's Eight", le film de braquage au féminin

Ocean's 8
Ocean's 8 - © DR

En 2001, "Ocean’s Eleven" (remake d’un film homonyme de 1960 avec Frank Sinatra) remettait au goût du jour le "film de casse" avec un casting de stars, George Clooney en tête. Après deux suites très dispensables ("Ocean’s Twelve" et "Ocean’s Thirteen"), Hollywood remet le couvert dans "Ocean’s Eight" mais avec, cette fois, un casting 100% féminin.

Ocean’s Eight

Debbie Ocean (Sandra Bullock) a hérité de son frère Danny, récemment décédé (on ne verra donc pas Clooney dans le film, vous voilà prévenus), le goût pour les cambriolages bien pensés. Elle vient de purger cinq ans de prison, qui lui ont donné le temps de peaufiner un plan très sophistiqué. Son projet ? Voler un collier tellement précieux qu’il reste caché dans les coffres d’une prestigieuse bijouterie. Primo, il faut arriver à sortir le collier, en le faisant porter par une star en vue le temps d’une soirée, au bal du Metropolitan de New York. Secundo, lors dudit bal, il faut arriver à subtiliser le collier et le faire remplacer par un faux. Pour accomplir ce plan insensé, Debbie s’entoure de complices, chacune très douée dans son domaine…

Aux côtés de Sandra Bullock, on retrouve du beau monde : Cate Blanchett, Rihanna, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway… Toutes ces stars, loin de se lancer dans des luttes d’ego, se sont amusées à se mettre au service d’un scénario astucieux. Car dans les films de hold-up, le principal atout reste d’abord et avant tout l’inventivité de l’intrigue. Et ce qui est réjouissant dans "Ocean’s Eight", c’est que le film de Gary Ross (réalisateur du premier "Hunger Games") évite les habituels excès des actuels blockbusters hollywoodiens : ici, pas de mitraillettes, pas d’explosion, pas d’effets spéciaux inutiles, mais plutôt une succession de stratagèmes subtils et souvent spécifiquement féminins. Le bon démarrage au box-office américain de "Ocean’s Eight" va-t-il permettre de voir plus de films avec des femmes qui tiennent la vedette ? Croisons les doigts…

Desobedience (Désobéissance)

Ronit (Rachel Weisz), photographe juive installée à New York, retourne sur les lieux de son enfance, dans une communauté orthodoxe du nord de Londres, pour assister à l’enterrement de son père. On devine qu’elle a claqué la porte des années auparavant parce qu’elle étouffait dans ce milieu rigoriste. C’est là qu’elle retrouve Esti (Rachel McAdams), la jeune femme qu’elle a aimée passionnément… Ces retrouvailles ravivent leurs sentiments, qui sont impossibles à vivre au grand jour au sein de cette communauté.

Dans son film précédent, "Une mujer fantastica" - Oscar du meilleur film étranger cette année -, le cinéaste chilien Sebastian Lelio, racontait le combat d’un transsexuel pour pouvoir assister aux funérailles de l’homme qu’il avait aimé. Lelio aime visiblement explorer le thème de la sexualité et des sentiments face au carcan des convenances, et il le fait une nouvelle fois avec talent dans "Désobéissance". Il est aidé par un duo d’actrices charismatiques : Rachel Weisz, qui a porté le projet et produit le film, est – comme souvent – impressionnante, et à ses côtés, Rachel McAdams apporte une fragilité très émouvante. La force du film, c’est que, sans jamais recourir au procédé du flashback, il parvient à faire ressentir le passé tourmenté de ses héroïnes. Son autre qualité, c’est de ne jamais verser ni dans le manichéisme ni dans la caricature de la communauté juive orthodoxe qu’il dépeint. C’est une très belle réussite.

Troisièmes noces

Martin (Bouli Lanners) vient de perdre l’homme de sa vie. Il broie du noir, d’autant plus que, criblé de dettes, il craint de ne pas pouvoir garder sa maison. C’est alors qu’un copain (Jean-Luc Couchard), grand magouilleur dans le collimateur de la police, propose de le payer pour contracter un mariage blanc avec sa copine Tamara, une jeune Congolaise en situation irrégulière en Belgique. Martin accepte donc d’héberger la jeune femme… Mais ce couple mal assorti éveille la méfiance des autorités, qui suspectent – et pour cause – un mariage blanc. Comment endormir leur méfiance ?

Le réalisateur David Lambert, remarqué avec son drame "Hors les murs" en 2012, s’essaye à la comédie douce-amère en adaptant un roman de l’écrivain flamand Tom Lanoye. Hélas, il ne trouve jamais ni le rythme ni le ton juste pour que son film décolle. On a surtout le sentiment désagréable que les acteurs, livrés à eux-mêmes, ne jouent pas tous dans le même film ou, en tout cas, pas la même partition : certains, comme Couchard, penchent vers le burlesque, alors que d’autres comme Bouli essayent d’apporter des émotions plus nuancées. Mais l’ensemble manque d’homogénéité et de cohérence pour produire un résultat efficace.

The place

Un homme énigmatique campe chaque jour à la même table d’un café, flanqué d’un gros carnet truffé de signets et de notes. Des individus, d’origine sociale et d’âge très différents, viennent le consulter. L’homme semble avoir un pouvoir de démiurge, mais pour résoudre les problèmes de ses "clients", le prix à payer est souvent très lourd. Exemple : un jeune aveugle veut retrouver la vue. "C’est réalisable", répond l’homme, "mais pour cela, tu dois violer une femme !"

Avec "The place", le réalisateur italien Paolo Genovese orchestre tout un éventail de dilemmes moraux avec une certaine ingéniosité. Sa caméra ne quitte jamais le café où le mystérieux démiurge organise ses étranges consultations, mais le cinéaste parvient, malgré ce dispositif très théâtral, à maintenir la curiosité du spectateur. Néanmoins, son film a des limites : les personnages, plus que des êtres de chair et de sang, apparaissent surtout comme les marionnettes d’un scénariste qui s’amuse à entremêler leurs destinées. Le procédé est malin, mais artificiel, et génère, in fine, peu d’émotion.