Les critiques d’Hugues Dayez avec "Motherless Brooklyn", le retour d’Edward Norton derrière la caméra

Dix-neuf ans après avoir réalisé un premier long-métrage, "Au nom d’Anna", l’acteur Edward Norton ("Fight Club", "Birdman") adapte un polar de Jonathan Lethem, en signe la mise en scène et tient le rôle principal.

Motherless Brooklyn

Dans "Motherless Brooklyn", Norton est Lionel, un détective privé qui assiste au meurtre de son ami et mentor, le détective Frank Minna (Bruce Willis). Très affecté par sa disparition, Lionel décide de reprendre l’enquête à ses risques et périls. Son handicap, c’est qu’il est affecté du syndrome nerveux de Gilles de la Tourette, et que ses tics incontrôlables gênent ses interrogatoires. Néanmoins, dans ce New York des années 50, son enquête va mettre au jour une magouille de spéculation immobilière et d’expropriation expéditive de la communauté noire de la ville, au profit d’un politicien implacable, Moses Randolph (Alec Baldwin).

"Motherless Brooklyn" est certes de facture assez classique, et s’inscrit dans la lignée de polars rétros comme "L.A Confidential" de Curtis Hanson. Mais il ne manque pas pour autant de style ou d’envergure. Il résonne aussi comme un film politique, car l’amalgame entre intérêts privés et ambition politique, personnifié par le personnage de Randolph, préfigure une personnalité d’aujourd’hui comme Donald Trump. S’il fallait chercher un talon d’Achille à cette fresque ambitieuse, ce serait un déficit d’émotion : Norton est un artiste intelligent mais plutôt froid et cérébral, et son personnage de Lionel, malgré ses failles, ne nous touche pas autant qu’il aurait pu…

Atlantique

Dans la banlieue de Dakar, les ouvriers d’un immeuble en construction se rebellent parce qu’ils n’ont plus été payés depuis des semaines. Ils quittent le chantier et nombre d’entre eux décident de prendre la mer dans l’espoir d’un avenir meilleur… Mais plusieurs embarcations font naufrage. Ceux restés à terre sont alors confrontés à des événements mystérieux ; en réalité, ce sont les esprits de migrants noyés qui reviennent hanter le monde des vivants.

Avec "Atlantique", la cinéaste Mati Diop ose un étonnant mélange de genres ; son film démarre comme un drame social et vire subrepticement vers le conte fantastique. Ce mélange a visiblement séduit le jury du Festival de Cannes, puisqu’il lui a décerné le Grand Prix du Jury, 2ème récompense la plus prisée derrière la Palme d’Or (attribuée cette année au film coréen "Parasite", pour mémoire).

"Atlantique" est le prototype du film qui divise : soit on rentre immédiatement dedans, on en accepte les maladresses pour être happé par son climat onirique original, soit – comme votre serviteur – on reste perplexe devant les ellipses un peu heurtées du scénario, et on s’ennuie poliment devant l’ésotérisme de cet OVNI cinématographique.

Le meilleur reste à venir

En 2012, les scénaristes Mathieu Delaporte et Alexandre De La Patellière décrochaient la timbale avec leur pièce et ensuite leur film "Le prénom". Après des succès plus modestes, ils essaient aujourd’hui de toucher un nouveau jackpot avec "Le meilleur reste à venir", comédie axée sur le duo Patrick Bruel et Fabrice Luchini (qui se retrouvent à partager l’affiche plus de trente ans après "P.R.O.F.S" de feu Patrick Schulmann).

Le film est basé sur un malentendu qui fleure bon le théâtre de boulevard : deux amis d’enfance, chacun persuadé que l’autre n’en a plus que pour quelques mois à vivre, décident de brûler ensemble la chandelle par les deux bouts…

Réaliser du théâtre filmé peut parfois donner des bons résultats : avec "L’emmerdeur" (mis en scène par Molinaro) et "Le dîner de cons", Francis Veber en sait quelque chose… Encore faut-il écrire des dialogues savoureux et réunir de bons acteurs. Il n’y a ni l’un ni l’autre dans cette piteuse comédie ; les échanges verbaux entre les deux vieux potes ne pétillent jamais, Bruel surjoue comme un cochon et Luchini est en pilotage automatique pendant deux (trop) longues heures. "Le meilleur reste à venir" ? Sans doute, mais une chose est sûre ; ce ne sera pas dans ce film-ci.

La séquence JT