Les critiques d'Hugues Dayez avec "Marie-Francine", le retour réussi de Valérie Lemercier

Marie-Francine
Marie-Francine - © DR

En 2013, Valérie Lemercier signait une épouvantable comédie sur l’adoption, "100% cachemire", cinglant échec critique et public. Quatre ans plus tard, elle revient derrière la caméra pour son cinquième film, "Marie-Francine". Et c’est une jolie surprise.

Marie-Francine

Quinquagénaire, mère de deux enfants, Marie-Francine est chercheuse dans un laboratoire et mène une vie bien rangée. Jusqu’au jour où son mari lui annonce qu’il la quitte et que, dans la foulée, la restructuration de son laboratoire entraîne son licenciement. Déboussolée, devant faire face à des problèmes de budget, Marie-Francine n’a d’autre solution que de retourner vivre provisoirement chez ses parents. Dans son marasme, une éclaircie : elle rencontre Miguel (Patrick Timsit), un sympathique cuisinier. Le problème, c’est que Miguel vit la même situation qu’elle – fauché, il vit chez sa vieille maman – et qu’aucun des deux n’ose avouer à l’autre son talon d’Achille… Voilà Marie-Francine et Miguel obligés de flirter en cachette, ou presque, comme des adolescents.

Avec ce film, Valérie Lemercier revient à ce qu’elle sait faire : créer des bons personnages. Le couple qu’elle forme avec Timsit – utilisé brillamment à contre-emploi – est très attachant. Dans les rôles des parents qui infantilisent leur fille quinquagénaire, Hélène Vincent ("La vie est un long fleuve tranquille") et Philippe Laudenbach ("Des hommes et des dieux") s’en donnent à cœur joie et sont irrésistibles. "Marie-Francine" n’est donc pas une grosse comédie caricaturale comme le cinéma français en produit au kilo ; c’est une comédie sentimentale très touchante. Joli retour donc pour Valérie Lemercier.

De toutes mes forces

Nassim, d’origine maghrébine, vit seul avec sa mère en banlieue parisienne. Après un week-end passé avec ses copains, il découvre sa maman décédée d’une overdose de somnifères. Il est alors placé dans un foyer, sous la houlette d’une directrice à la fois autoritaire et bienveillante (excellente Yolande Moreau). Élève dans un lycée assez bourgeois de Paris, l’adolescent n’ose pas avouer la dureté de sa situation à ses camarades, il essaie de donner le change en accumulant les mensonges… Et se retrouve rapidement comme un équilibriste sur une corde raide, écartelée entre deux mondes et deux classes sociales très différentes.

Après une mise en place un peu confuse, le réalisateur Chad Chenouga trouve ses marques et, à travers le personnage de Nassim (Khaled Alouach, une vraie révélation), réussit le portrait sensible d’un adolescent écartelé par des désirs contraires. Il dépeint aussi très bien le choc des cultures que doit subir Nassim, et le trouble qui en résulte. Sur le papier, "De toutes mes forces" risquait de n’être qu’une succession de clichés, à l’écran, c’est une émouvante évocation d’une jeunesse difficile.

Unlocked (Conspiracy)

Alice Racine (Noomi Rapace, la Lisbeth Salander de "Millenium") est un "agent dormant", un espion de la CIA muté à Londres après une mission ratée à Paris. Encore traumatisée par cet échec, Alice reçoit un coup de fil de ses supérieurs, elle doit utiliser ses talents pour mener l’interrogatoire secret d’un suspect, pour tenter de lui extorquer des renseignements sur un futur attentat dans la capitale anglaise. Alors qu’elle est en train de mener sa mission, elle réalise que la CIA a été infiltrée et s’interroge : quels sont ses véritables commanditaires ?

Michael Apted, vieux briscard britannique (on lui doit "Gorilles dans la brume", "Le monde ne suffit pas" avec Pierce "007" Brosnan…) met en scène avec efficacité ce thriller d’espionnage bien ficelé, doté d’un bon casting ( aux côtés de Noomi Rapace, on retrouve avec plaisir Toni Colette, John Malkovitch ou encore Michael Douglas). Ce n’est pas d’une originalité folle, mais on ne s’ennuie pas une seconde. Et on remarque que la thématique des attentats terroristes, par la force des choses, inspire de plus en plus les scénaristes de thrillers aujourd’hui.