Les critiques d'Hugues Dayez avec "Logan Lucky", le retour au cinéma de Steven Soderbergh

Logan Lucky
Logan Lucky - © DR

En 2013, Steven Soderbergh, fatigué, avait annoncé son retrait du cinéma… C’était pour mieux rebondir du côté des séries télévisées en réalisant les vingt épisodes de "The Knick", formidable fresque sur les débuts de la chirurgie moderne avec Clive Owen en vedette. Aujourd’hui, Soderbergh revient au cinéma avec une comédie policière, "Logan Lucky".

Logan Lucky

C’est l’histoire de deux frères dans un patelin de l’Amérique profonde. Jimmy Logan (Channing Tatum) vient de perdre son boulot, son frère Clyde, manchot (Adam Driver) se débrouille comme barman. Ils rêvent d’un avenir meilleur et projettent de voler les recettes de la plus grande course automobile de la région. Ils ont l’idée, mais pas la compétence. Alors ils décident de parler de leur projet au meilleur braqueur professionnel, Joe Bang (Daniel Craig). Le problème, c’est que Joe est en prison. Il faut donc non seulement planifier le hold-up, mais aussi son évasion…

"Logan Lucky" appartient à un genre bien précis : le film de hold-up. Soderbergh connaît bien les règles du genre ; on lui doit le remake "Ocean 11" ( et ses suites, nettement moins convaincantes). Ces règles sont simples : il faut primo, une intrigue astucieuse avec quelques bons retournements de situation, secundo, des personnages attachants et/ou pittoresques. "Logan Lucky" respecte à merveille ces deux règles : le scénario est bien ficelé, et le casting savoureux. Mention spéciale à Daniel Craig, qui casse son image de James Bond dans le rôle de Joe Bang. On aurait peut-être préféré que Soderbergh renoue avec le 7ème art avec un projet plus ambitieux, mais en attendant, le plaisir est au rendez-vous avec "Logan Lucky".

The killing of a sacred deer (La mise à mort du cerf sacré)

Steven (Colin Farrell) est un chirurgien réputé, marié à Anna (Nicole Kidman) et père de deux enfants. Depuis peu, il a pris sous son aile Martin, un adolescent qui vient de perdre son père et qui vit une existence très modeste avec sa mère. Steven invite Martin dans sa famille, le garçon se montre très avenant et très poli … Trop poli pour être honnête ? Toujours est-il que Martin va s’incruster de plus en plus dans la vie de Steven, jusqu’à représenter une menace pour la santé de ses enfants. Avec la question cruciale : dans quel but ?

En quelques années à peine, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos a réussi à se faire un nom dans le monde du cinéma d’auteur : auréolé du Prix du Jury à Cannes il y a deux ans pour "The Lobster", il s’est vu décerner en mai dernier le Prix du Scénario sur la Croisette pour ce nouveau film. De son propre aveu, Lanthimos adore créer un sentiment de malaise chez le spectateur avec son cinéma, pour le forcer à se poser des questions. Objectif atteint avec "The Killing of a sacred deer" qui accumule les situations de plus en plus dérangeantes au fil de l’intrigue.

Mais si le cinéaste grec fait preuve d’un vrai savoir-faire dans sa mise en scène, on peut s’interroger sur la finalité de sa démarche. Car au-delà de la provocation, Lanthimos a-t-il vraiment quelque chose à dire ? Ou s’agit-il plutôt d’un réalisateur roublard qui a bien intégré les leçons de grands cinéastes – ici, on pense au Kubrick de "Shining" et de "Eyes wide shut", par exemple – pour faire de l’esbroufe ? Personnellement, je penche pour la deuxième hypothèse. S’il y a des éléments originaux à pointer dans "The killing of a sacred deer", ils se trouvent finalement plus du côté du casting : dans le rôle inquiétant de Martin, le jeune Barry Keoghan est impressionnant.

D’après une histoire vraie

A l’origine du film, il y a un roman de Delphine De Vigan inspiré par une expérience vécue, qui raconte comment une romancière à succès, tiraillée par l’angoisse de la page blanche, est accostée par une admiratrice, qui va réussir à vampiriser son existence.

C’est Olivier Assayas qui a adapté le roman et c’est Roman Polanski qui signe la mise en scène de "D’après une histoire vraie". Présenté en fin de festival de Cannes hors compétition, ce thriller psychologique a obtenu un accueil glacial de la presse internationale. De la part du cinéaste de "The Ghost Writer", la surprise était totale : "D’après une histoire vraie" est un ratage de A à Z. Mise en scène peu inspirée, dialogues d’une rare platitude… Il n’y a rien à sauver, et surtout pas l’interprétation des deux actrices principales. Dans le rôle de la romancière, Emmanuelle Seigner ne trouve jamais ses marques, et dans celui de la fan dévorante, Eva Green joue carrément faux.

Ce navet inattendu ne va pas redorer le blason de Polanski, rattrapé récemment par de nouvelles révélations sur une ancienne affaire de mœurs. Le cinéaste semble décidément en mauvaise posture…

Jeune femme

Festival de Cannes toujours, avec ce film français de Léonor Serraille, lauréat de la Caméra d’Or, trophée décerné au meilleur premier long-métrage du festival. "Jeune femme" dépeint le retour difficile à Paris de Paula après une rupture amoureuse. Le principal mérite de cette chronique aigre-douce, c’est la révélation d’une actrice : Laetitia Dosch, qui parvient à intéresser (un peu) le spectateur aux mésaventures de Paula. Mais au final, que tout cela apparaît comme insignifiant ! Et tellement représentatif d’un cinéma français néo-bobo qui se contente d’intrigues minuscules et préfère filmer "l’air du temps"…

Que "Jeune femme" ait remporté la Caméra d’or, devant d’autres premiers films autrement plus consistants, reste un épais mystère.