Les critiques d'Hugues Dayez avec "Les hirondelles de Kaboul", l'animation selon Zabou Breitman

L'affiche des "Hirondelles de Kaboul"
L'affiche des "Hirondelles de Kaboul" - © DR

Sa première carrière d’actrice, elle l’a effectuée avec un seul prénom, Zabou. Ensuite, histoire d’être prise au sérieux comme réalisatrice, elle est devenue Zabou Breitman. Aujourd’hui, elle signe son premier film d’animation, "Les hirondelles de Kaboul".

Les hirondelles de Kaboul

Ce titre, c’est d’abord celui d’un roman de l’écrivain à succès Yasmina Khadra. L’intrigue de ce livre et du film qui en est tiré nous entraîne à Kaboul en été 1998. La ville est en ruines, elle est contrôlée par les Talibans. Beaucoup d’habitants en souffrent, à commencer par Mohsen et Zunaira, deux jeunes amoureux qui rêvent d’un futur libre et sans entrave. Mais un geste malencontreux du garçon, Mohsen, va totalement fragiliser le couple.

Pour adapter cette histoire dramatique à l’écran, Zabou Breitman a choisi le biais du cinéma d’animation réaliste, sans doute encouragée par le succès des dessins animés "Persépolis" de Marjane Satrapi et "Valse avec Bashir" d’Ari Folman. Et c’est à la fois une bonne et une mauvaise idée. Une bonne, parce que le graphisme de la dessinatrice Eléa Gobbé-Mévellec est délicat et sensible.  On est donc d’abord charmé par la réussite esthétique de ces "Hirondelles de Kaboul". Et puis le charme s’évapore parce qu’on se rend compte que le dessin crée une distance dommageable avec la réalité très dure qui est décrite. Au lieu d’avoir des jolis dessins et un générique de voix françaises, on aurait en fait préféré voir des acteurs arabes en chair et en os pour jouer cette histoire, ç’aurait été plus crédible et au final, plus émouvant.

Fête de famille

Difficile de proposer un titre plus explicite : le nouveau film de Cédric Kahn est le récit d’une grande réunion de famille à la campagne pour fêter l’anniversaire de la grand-mère, Andréa, jouée par Catherine Deneuve. Elle a deux fils : l’aîné, Vincent, sérieux, fiable, responsable (Cédric Kahn, très juste) et le cadet, Romain, (Vincent Macaigne, devenu en quelques films à peine sa propre caricature) : lui c’est le fils prodigue, menteur, toujours engagé dans des projets foireux… Les deux frères s’entendent comme chien et chat, et l’ambiance va devenir carrément électrique quand débarque sans prévenir leur sœur Claire (Emmanuelle Bercot, horripilante), totalement caractérielle, qui veut vendre illico la maison parce qu’elle a besoin d’argent.

Si cette fête de famille qui tourne au cauchemar était tournée sur le mode de la comédie, ça pourrait donner un film formidable. On imagine ce qu’en aurait fait Philippe de Broca (cfr "Les caprices de Marie") ou Pascal Thomas (cfr. "Les maris, les femmes, les amants"). Au lieu de ça, Cédric Kahn réalise un psychodrame insupportable, sans la moindre once d’humour, qui se transforme en réunion de têtes-à-claques. Au secours, au secours, au secours !

Britt-Marie was here

Britt-Marie, 63 ans, épouse soumise, méthodique et consciencieuse, voit son petit univers s’écrouler lorsqu’elle découvre que son mari la trompe. Du jour au lendemain, cette femme au foyer claque la porte et veut devenir indépendante. Sans diplôme, le seul job qu’elle décroche est celui d’une monitrice sportive dans un trou perdu de la Suède. Elle va donc devoir devenir coach d’une équipe d’adolescents qui ne jurent que par le football… Le problème, c’est que Britt-Marie ne connaît rien au ballon rond.

Faut-il vous raconter la suite ? Non, vous la devinez : au contact de ces jeunes indisciplinés, la sexagénaire va vivre une nouvelle jeunesse. "Britt Marie was there" s’inscrit dans cette pénible mode des "feel good movies", débordant de messages positifs, d’humour gentil et de bonnes intentions. Ce n’est pas du cinéma, c’est une boîte d’euphorisant. Et c’est filmé comme un épisode de "Joséphine ange gardien", c’est-à-dire avec des moufles. Bref, à éviter.