Les critiques d'Hugues Dayez avec "Les chatouilles", un pari casse-gueule mais réussi

Les chatouilles, l'affiche
Les chatouilles, l'affiche - © DR

Il y a bientôt cinq ans, la danseuse Andréa Bescond créait un spectacle intitulé "Les chatouilles ou la danse de la colère", récompensé en 2016 par le Molière du meilleur "seule en scène". Aujourd’hui, encouragée par deux producteurs de cinéma, Andréa et son complice Eric Métayer signent l’adaptation de ce spectacle, largement autobiographique, au grand écran.

Les chatouilles

"Les chatouilles", c’est l’histoire d’Odette, une petite fille qui rêve de devenir danseuse-étoile. Ses parents l’encouragent mais, sans méfiance, la confient souvent à leur vieil ami Gilbert. Ils ne se doutent pas une seconde que Gilbert est pédophile, et va violer à plusieurs reprises Odette. Pendant toute son adolescence, celle-ci va devoir vivre avec ce traumatisme, avec un sentiment de honte et le poids du secret. Devenue adulte, elle tente de se libérer de ce poids en allant consulter une psy, pour tout lui raconter : ses excès, son refuge dans la drogue, son impossibilité de construire une relation de couple, sa difficulté de parler à sa mère…

Sur scène, Andréa Bescond interprétait tous les personnages. Ici, forcément, elle les confie à d’autres acteurs. Si elle-même crève l’écran dans le rôle d’Odette, il faut saluer le courage de Pierre Deladonchamp (Gilbert) et de Karin Viard (la mère) qui ont accepté avec talent d’endosser des rôles qui ne peuvent susciter aucune empathie… Mais le mérite de film ne s’arrête pas là : avec Eric Métayer, Bescond ne s’est pas contentée de faire du théâtre filmé : son long-métrage, articulé autour des séances d’Odette chez sa psy, multiplie les allers-retours entre le passé et le présent, les trouvailles visuelles et narratives. Et surtout, malgré son sujet dur et bouleversant, le tandem a réussi à insuffler de la poésie et même de l’humour. Pour toutes ces raisons, parce qu’on rit et que l’instant d’après on a la gorge serrée, il FAUT voir "Les chatouilles" : c’est une ode à la vie, quoi que la vie nous réserve…

La favorite

Dans l’Angleterre du XVIIIème Siècle, Abigail (Emma Stone) débarque comme humble servante à la cour de la Reine Anne (Olivia Colman). Le pays est en guerre contre la France, mais la monarque, fantasque et infantile, vit en vase clos, tandis que son amie Lady Sarah (Rachel Weisz) en a profité pour prendre les rênes du pouvoir. Mais l’arrivée d’Abigail va sensiblement modifier les rapports entre les trois femmes…

Le réalisateur Yorgos Lanthimos ("The lobster", "La mise à mort du cerf sacré") s’amuse à dynamiter les codes du film historique, et signe un réjouissant jeu de massacre dans lequel trois actrices d’envergure s’en donnent à cœur joie. Le film a permis à Olivia Colman (révélée au grand public par la série "Broadchurch") de décrocher un prix d’interprétation à la Mostra de Venise et le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie. Avant une probable nomination – méritée - à l’Oscar…

Les invisibles

Dans le Nord de la France, "L’envol", un centre d’accueil pour femmes SDF se débat dans des difficultés financières, et reçoit des consignes très strictes : s’il se contente d’héberger ses protégées sans les inciter à trouver du travail et se réinsérer, il sera bientôt condamné à mettre la clé sous le paillasson… Mais les assistantes sociales du centre sont bien décidées à se battre.

Le réalisateur Louis-Julien Petit a osé un casting délibérément disparate : tandis que des actrices professionnelles (Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky) campent les assistantes du centre, les SDF sont jouées par des vraies femmes de la rue. Pari risqué, mais le mélange fonctionne. Et grâce au naturel de ces actrices spontanées, le film sonne juste et – comme dans "Les chatouilles" - la gravité de son sujet n’empêche pas l’humour des dialogues et la cocasserie de certaines situations. Plus que du cinéma social, c’est du cinéma humain.

Edmond

Alexis Michalik connaît un énorme succès à Paris avec sa pièce "Edmond", il a décidé de la porter lui-même à l’écran. Son sujet, c’est la genèse de la pièce la plus jouée du théâtre français : comment un jeune dramaturge désargenté, Edmond Rostand, a créé "Cyrano de Bergerac". Michalik fait revivre une galerie de personnages pittoresques, à commencer par le comédien Constant Coquelin (Olivier Gourmet), pour qui Rostand a écrit le rôle en un temps record…

L’ensemble – qui ressemble un peu, par sa démarche, au merveilleux "Shakespeare in love" - est amusant, rythmé par de bons rebondissements… Mais Michalik, malgré sa volonté de multiplier les mouvements de caméra plus ou moins spectaculaires, ne parvient pas à faire oublier que son "Edmond", c’est juste du théâtre filmé.

Creed 2

La saga du boxeur Rocky Balboa a permis à Sylvester Stallone d’écrire son nom en lettres d’or à Hollywood. Il y a trois ans, cette saga connaissait une renaissance inattendue avec "Creed". Le héros du film n’était pas le fils de Rocky, mais celui de son défunt rival Apollo Creed… Le film, très réussi, créa la surprise au box-office. Face à ce succès, une suite était inévitable.

Dans ce deuxième opus, Creed est champion du monde, mais son titre est menacé par un boxeur russe, fils de Drago (Dolph Lungren), vieil ennemi de Rocky… Une fois de plus, passé et présent s’entremêlent.

Le filon de la saga commence à s’épuiser, mais "Creed 2" n’est pas sans qualité, et dépeint bien l’angoisse qui saisit le jeune champion, monté trop haut et trop vite, qui ne sait pas trop quelle tournure va prendre sa carrière. Et puis, il y a évidemment Rocky, son mentor qui, plus il vieillit, plus il devient émouvant. Un film à recommander évidemment avant tout aux fans de la saga.