Les critiques d'Hugues Dayez avec "Le mystère Henri Pick", un Cluedo littéraire

Le mystère Henri Pick, l'affiche
Le mystère Henri Pick, l'affiche - © DR

Rémi Bezançon ("Le premier jour du reste de ta vie") adapte un roman de David Foenkinos, avec un casting de choix : Fabrice Luchini et Camille Cottin (qui avaient tourné ensemble un délicieux épisode de la série "10%").

Le mystère Henri Pick

En plein direct télévisé, l’animateur et critique littéraire Jean-Michel Rouche fait scandale : alors qu’il reçoit en plateau la veuve d’Henri Pick, auteur d’un roman découvert par une jeune éditrice et devenu un énorme best-seller, il pose la question : vous croyez vraiment que c’est votre défunt mari qui a écrit ce bouquin ?  

Immédiatement conspué par le milieu littéraire parisien, l’homme s’entête et décide d’aller mener l’enquête sur les terres de Pick, en Bretagne. Là, il va trouver une collaboratrice inattendue en la personne de Joséphine, la fille de Pick…

"Le mystère Henri Pick", c’est du cinéma français de consommation courante, où la mise en scène se résume à filmer des dialogues. Il n’y a pas ou peu d’idée de cinéma, le style formel de Bezançon ressemble à un téléfilm qui serait réalisé par France 3 Quimper… L’intérêt du film est ailleurs : dans le face-à-face entre Fabrice Luchini et Camille Cottin. Entre la star reconnue et la star montante, une vraie alchimie est née à l’écran ; ce sont eux qui apportent de la saveur à cette enquête littéraire, et permettent au spectateur de prendre plaisir à leur rencontre autour de ce jeu de piste. Dès lors, on aurait tort de bouder son plaisir.

On the basis of sex

Aux USA, Ruth Bader Ginsburg est devenue une légende, une figure incontournable du féminisme ; aujourd’hui, à 85 ans, elle siège à la Cour suprême. Ce biopic raconte sa jeunesse quand, rare étudiante féminine à Harvard, elle devait prouver la légitimité de son inscription dans cette université dominée par les hommes. Mais le film se concentre surtout son combat lorsque, devenue juriste réputée, elle va se lancer – avec la complicité de son mari, solidaire de son combat - dans un procès difficile pour tenter de lutter contre la discrimination entre les sexes…

"On the basis of sex" fait partie de ces biopics où l’envergure du personnage principal semble dispenser le réalisateur – ici, en l’occurrence, la réalisatrice Mimi Leder – de toute approche originale. Le film, efficace, ressemble aux habituels "films de prétoire" américains, où on suit la préparation fiévreuse de l’avocat(e) avant l’heure H. A l’actif du film, les prestations de Felicity Jones ("The theory of everything", "Rogue One") et d’Armie Hammer ("Call me by your name"). Intéressant par le fond mais conventionnel par la forme.

Celle que vous croyez

Claire, 50 ans, professeur de littérature, mère de deux garçons, ne se remet pas d’avoir été larguée par son mari. Elle se console dans les bras d’un très jeune amant, Ludo. Mais lorsque celui-ci, à son tour, part vers d’autres aventures, elle essaie de garder contact avec lui via son meilleur ami, Alex. Pour ce faire, elle invente un profil sur FaceBook : celui de Clara, 24 ans, jeune pigiste dans l’univers de la mode. Alex mord à l’hameçon, Claire prend un plaisir de plus en plus addictif à entretenir une relation virtuelle avec lui… Mais comment sortir de ce piège qu’elle a elle-même créé ?

Le thème des relations sentimentales virtuelles – signe des temps – est de plus en plus exploité au cinéma : qu’on se souvienne par exemple de "Her" de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix… Ici, le réalisateur Safy Nebbou ("L’autre Dumas" avec Poelvoorde et Depardieu), une fois le subterfuge de Claire posé, semble avoir toutes les peines du monde à faire rebondir son intrigue et semble se reposer paresseusement sur le talent de son actrice principale Juliette Binoche.

Que Binoche ait du talent, c’est indéniable. Qu’elle le gaspille dans des mauvais films, ce l’est tout autant. Après l’épouvantable "Un beau soleil intérieur" de Claire Denis, elle semble prendre plaisir à des films "one woman show", où elle fait une sorte de démonstration exhaustive des états d’âme de la quinquagénaire amoureuse. Ce genre de prestation en roue libre se révèle rapidement horripilant ; difficile, dans "Celle que vous croyez", d’éprouver la moindre empathie pour son personnage de Claire, perdue dans ses fantasmes de midinette. Si encore le film avait un soupçon d’humour, on lui décernerait quelques circonstances atténuantes, mais il se prend tellement au sérieux, avec des dialogues si "pénétrants" qu’il en devient ridicule.

Captain Marvel

Dans un monde où la vie se développe sur plusieurs planètes, les Kree sont les bons soldats qui combattent les Skrull, des méchants extraterrestres verdâtres qui possèdent un talent caméléon de pouvoir prendre toute apparence humaine à volonté. Carol Danvers (Brie Larson, Oscar grâce à un chef-d’œuvre, "Room") est une vaillante Kree, mais tel une Jason Bourne au féminin, elle a tout oublié de son aventureux passé, qui ne lui revient que par d’inquiétants flashes…

Après le succès phénoménal de "Wonder woman" qui a révélé Gal Gadot, Hollywood creuse la veine des super-héroïnes. Mais dans sa tenue de combattante, Brie Larson n’est pas transformée en objet de fantasme comme Scarlett Johansson dans "The Avengers", elle joue plutôt un garçon manqué (une interprétation crypto-lesbienne du film est d’ailleurs tout à fait envisageable).

Ce qui rend "Captain Marvel" sympathique, c’est son absence de solennité et de prétention, et ses touches d’humour apportées, entre autres, par un excellent Samuel Jackson qui incarne un agent du Shield dépassé par les événements. Enfin, l’intrigue comporte quelques astucieux rebondissements et évite de se perdre dans des méandres inutilement compliquées (comme c’est, hélas, si souvent le cas avec ce genre de blockbuster).