Les critiques d'Hugues Dayez avec « Le jeune Ahmed », les Dardenne durcissent le ton

L'affiche "Le jeune Ahmed"
L'affiche "Le jeune Ahmed" - © DR

Huitième film de Luc et Jean-Pierre Dardenne présenté en compétition à Cannes, « Le jeune Ahmed » est un « retour aux fondamentaux » du cinéma des deux frères : plus de stars françaises au générique (cfr Marion Cotillard ou Adèle Haenel), et une focalisation sur un seul personnage principal.

Le jeune Ahmed

Ahmed, 13 ans, est en train de se laisser bourrer le crâne par l’imam de son quartier, qui prône un Islam radical. Du coup, Inès, sa prof (Myriem Akheddiou, excellente) devient l’ennemie, l’Infidèle, la femme à abattre… Ahmed l’agresse maladroitement, est appréhendé et se retrouve dans un centre fermé de « déradicalisation ». Mais pour cet esprit jeune et malléable, y-a-t-il moyen de revenir en arrière ?

Sans mauvais jeu de mots, « Le jeune Ahmed » est, stylistiquement, un film radical : comme de coutume, la caméra des Dardenne filme le protagoniste sans le quitter d’une semelle, scrute son visage fermé, impénétrable, inaccessible. Et comme de coutume, aucun ajout de musique ne vient adoucir ou romantiser ce portrait. Si les cinéastes montrent rapidement – peut-être un peu trop au pas de charge – le processus de radicalisation d’Ahmed, c’est parce que ce qui les intéresse, c’est l’«après », avec la question cruciale, « peut-on encore sauver cette jeunesse aveuglée » ? Mais ici, le thème de la rédemption se heurte à la décourageante réalité des faits. Ce que montre avant tout « Le jeune Ahmed », c’est la faillite des services sociaux, l’échec des centres de déradicalisation.

En choisissant de s’attaquer à un thème aussi ardu, les Dardenne se heurtent à deux obstacles. Primo, avec un personnage principal « têtu comme une mule », emmuré dans son idée fixe, difficile de créer un arc dramatique dénué de monotonie. Secundo, face au visage peu expressif du jeune acteur non professionnel Idir Ben Addi, difficile d’éprouver le moindre soupçon d’empathie pour ce garçon, silhouette robotique qui ne rêve que de Jihad… Et la pirouette finale du film, assez abrupte, ne parviendra pas à changer la donne.

« Le jeune Ahmed » est, par son sujet et son approche, un film courageux et estimable. Mais, avec son scénario inéluctable, il ne suscite ni surprise ni émotion véritables.

Aladdin

Après « Dumbo » et avant « Le Roi Lion », l’usine à remakes Disney propose cette semaine « Aladdin ». Dans ce genre d’entreprise – refaire jouer par des acteurs en chair et en os un dessin animé connu par des millions de spectateurs -, il y a plusieurs approches : soit on fait paresseusement un copier/coller plan par plan de l’original (façon « La belle et la bête »), soit on livre une version moins fidèle et plus personnelle (façon « Dumbo »). Cet « Aladdin » signé Guy Ritchie (« Sherlock Holmes » avec Robert Downey Jr) se situe à mi-chemin des deux approches : le film reprend le canevas et tous les « tubes » du dessin animé, mais se permet quelques variations inédites.

A l’origine, c’est la voix de Robin Williams qui avait façonné le personnage du génie. Aujourd’hui, Will Smith, dansant et chantant, apporte son bagout à la créature bleue, et ne démérite pas. Par contre, le personnage du méchant Jafar, belle réussite graphique due à l’animateur Andreas Deja (créateur de Scar dans « Le Roi Lion ») a été très mal casté : Marwan Kenzari souffre d’un déficit de charisme et n’a rien ni de machiavélique ni d’effrayant. Or, comme le disait Hitchcock : « Plus réussi est le méchant, meilleur est le film ».

À l’arrivée, cet « Aladdin » est lisse et chatoyant comme une attraction de Disneyland, ni plus, ni moins. Mais au moins, ceux que ce genre de produit intéresse ne seront pas trompés par la marchandise.