Les critiques d'Hugues Dayez avec le "Dumbo" de Tim Burton, entre "Freaks" de Todd Browning et "Le cirque Bodoni" de Peyo

L'affiche de Dumbo
L'affiche de Dumbo - © DR

Sans le vouloir, avec le succès de son "Alice au Pays des merveilles" en 2010, Tim Burton a lancé chez Disney la mode des remakes en "live action" de leurs dessins animés classiques. Aujourd’hui, le créateur de "L'Étrange Noël de Mr Jack " propose sa version d’un autre classique, "Dumbo".

Dumbo

En 1941, "Dumbo" a sauvé Disney de la faillite. En effet, après le triomphe de "Blanche Neige" en 1937, les studios de Walt ont connu deux échecs au box-office, "Pinocchio" et surtout "Fantasia". "Dumbo", techniquement beaucoup moins ambitieux (décors sommaires, durée réduite de 65 minutes), fut un succès inespéré. Le secret de ce jackpot ? Une histoire toute simple qui a ému le monde entier, celle d’un éléphanteau qui est la risée de tous avec ses grandes oreilles, et qui prend sa revanche en devenant la coqueluche d’un cirque lorsqu’il apprend à voler.

Dans le dessin animé, Dumbo, qui ne parle pas, est environné de tour un bestiaire – des cigognes, sa maman, des corbeaux…- et peut compter sur l’amitié d’une petite souris, Timothée. Dans sa version, qui s’appuie sur un scénario d’Ehren Kruger (auteur des "Frères Grimm" réalisé par Terry Gilliam), Tim Burton n’a gardé que le personnage de Dumbo, qu’il installe dans un nouvel environnement, le Cirque Medici, petite troupe ambulante qui parcourt les patelins américains en 1919.

L’éléphanteau est choyé par deux enfants, qui viennent de perdre leur mère et dont le père, cow-boy virtuose, Holt (Colin Farell), a perdu un bras à la guerre. Lorsque la troupe découvre les talents aériens de Dumbo et montent un numéro, l’éléphant ne tarde pas à attirer la convoitise d’un grand showman, Mr Vandevere (Michael Keaton) qui veut, à coups de dollars, faire main basse sur le modeste cirque de Max Medici (Danny DeVito) et produire un nouveau spectacle avec Dumbo et sa jeune protégée, l’acrobate française Colette Marchant (Eva Green).

Le grand mérite de Burton est de ne pas se contenter de réaliser un "copié/collé" paresseux du dessin animé (cfr Bill Condon et sa version live avec Emma Watson de "La belle et la bête"). On sent que dépeindre la galerie des marginaux du cirque Medici intéresse vivement le cinéaste. Sans pousser le curseur aussi loin dans le bizarre que Tod Browning avec son chef-d’œuvre "Freaks", le réalisateur d’"Edward Scissorhands" fait clairement l’éloge de la différence à travers cette relecture de "Dumbo".

Quant à la deuxième heure de son film (quand débarque Mr Vandevere, l’entrepreneur aux dents longues), elle va réveiller des souvenirs chez les lecteurs de bande dessinée. En effet, l’intrigue rappelle celle d’un album de "Benoît Brisefer" de Peyo et Walthéry, "Le Cirque Bodoni" : le petit garçon à la force herculéenne, devenu l’attraction à succès d’un modeste petit cirque, suscite les appétits d’un homme d’affaires au gros cigare, Mr Choesels. Tim Burton et Ehren Kruger ont-ils lu "Benoît Brisefer" ? C’est très peu probable, cette bande dessinée n’étant connue que des lecteurs belges et français. Mais on retrouve dans leur "Dumbo" la même critique sous-jacente des businessmen qui croient pouvoir tout acheter, et qui, en transformant un artisanat en industrie, en tuent toute la poésie.

In fine, il est assez piquant que ce "Dumbo" par Burton, véritable ode aux artistes fragiles et sans défense, soit produit pour l’actuel groupe Disney, devenu le géant tentaculaire de l’industrie du spectacle à Hollywood et partout dans le monde.

C'est ça l'amour

A Forbach, en Moselle, Mario, fonctionnaire municipal, la cinquantaine, est désemparé : sa femme a décidé de quitter le domicile conjugal et le laisse avec leurs deux filles, Niki, 17 ans, et Frida, 14 ans. Si son aînée, très occupée par sa propre vie sentimentale, reste bienveillante, sa cadette est en rébellion complète et lui impute la responsabilité du départ de sa mère. Fragilisé, en manque d’affection, Mario s’inscrit à un atelier d’improvisation théâtrale dans le centre culturel local… Où son épouse travaille comme technicienne.

La réalisatrice Claire Burger – qui faisait partie du trio de réalisateurs de "Party Girl", Caméra d’Or à Cannes en 2014 – a pour coutume de signer des films réalistes avec des acteurs non-professionnels dans sa région, la Lorraine. Une fois n’est pas coutume, elle a cette fois fait appel à un acteur aguerri pour incarner Mario : Bouli Lanners.

Et on ne dira jamais assez combien Bouli, cinéaste à l’univers très personnel, est un acteur magnifique. Il apporte au personnage de ce père dépassé par les événements une justesse de jeu, une émotion contenue qui le rendent immédiatement attachant. Les deux adolescentes qui incarnent les filles de Mario (Justine Lacroix et Sarah Henochsberg) sont, elles aussi, très crédibles mais c’est Lanners qui reste la locomotive du récit. Sans lui, il y a fort à parier que le scénario de "C’est ça l’amour" - qui, sur le papier, raconte une histoire assez banale – aurait manqué de relief. Grâce à lui, le personnage de Mario nous accompagne longtemps, bien après le générique de fin.

Rebelles

Après des revers de fortune, Sandra (Cécile de France), ex-Miss Nord-Pas-de-Calais, revient vivre dans le mobilhome de sa mère, en banlieue de Boulogne. Engagée à la conserverie locale, elle repousse les avances du contremaître et le tue accidentellement… Et découvre dans le casier du mort une valise pleine de billets de banque. Avec l’aide de deux collègues, Nadine (Yolande Moreau) et Marylin (Audrey Lamy), elles décident de faire disparaître le cadavre et de planquer le magot. Les ennuis commencent…

On détecte très vite quels sont les modèles du réalisateur Allan Mauduit avec ce film noir humoristique : "Thelma et Louise", "Fargo"… Mais Mauduit n’est ni Ridley Scott, ni les frères Coen. Si son projet est sympathique, si le trio d’actrices se dépense sans compter pour donner de la saveur à leurs personnages, l’ensemble manque un peu de souffle et d’envergure. Comme si, une fois les enjeux de son intrigue bien mis en place, le cinéaste ne savait pas trop comment trouver de nouvelles idées pour faire rebondir son film. Il s’ensuit un jeu du chat et de la souris assez rythmé, certes, mais plutôt prévisible.

The prodigy

Sarah est heureuse : après des tentatives infructueuses, elle va enfin devenir maman. Mais lorsqu’elle accouche d’un garçon, Miles, l’inquiétude grandit insidieusement : son enfant semble mystérieusement surdoué, et développe des gestes de cruauté inexpliqués. Schizophrénie ? Possession diabolique ? Sarah, contrairement à son mari, veut trouver des réponses.

Depuis "L’exorciste" et "La malédiction", les films d’"Enfants du Malin" et d’exorcisme se sont multipliés, jusqu’à devenir un genre en soi. "The prodigy" en propose une variante assez astucieuse, avec en vedette l’actrice Taylor Schilling, révélée par la série "Orange is the new black". A réserver en guise d’apéritif à tous ceux qui piaffent d’impatience de retrouver le BIFFF en avril, et qui ont besoin de leur petite ration de fantastique.

Serenity

Sur Plymouth Island, Baker (Matthew McConaughey) vit au jour le jour, au gré des prises de son bateau de pêche. Un jour, son ex-femme Karen vient le rejoindre pour le supplier de l’aider à faire disparaître Frank, son riche compagnon, violent et despotique. Baker hésite mais sait que l’avenir de son fils, resté avec sa mère, est en jeu avec Frank…

"Serenity" est le nouveau film de Steven Knight, le créateur britannique de l’excellente série "Peaky Blinders", et le réalisateur de "Locke", étonnant drame minimaliste avec Tom Hardy. Avec un tel pedigree, on comprend mal l’échec fumant de "Serenity", qui accumule les clichés du film noir avec son triangle vénéneux et sa femme fatale (Anne Hathaway, teinte en blond pour l’occasion) et croit les renouveler en imaginant un "twist" final abracadabrant et très lourdement amené.

Let’s Dance

Rien à voir avec le tube de David Bowie : "Let’s dance" est un pur produit français. Joseph, jeune danseur passionné de hip-hop, monte à Paris pour tenter sa chance. Il débarque chez Rémi, l’ancien compagnon de sa mère décédée. Rémi est professeur dans une école de danse classique, qui forme les aspirantes à l’Opéra de Paris. Or, celui-ci est mis sur la sellette par la directrice de l’école, qui le somme de trouver un nouveau souffle pour l’établissement. Rémi joue le tout pour le tout et introduit Joseph et son hip hop parmi les enseignants… Le garçon tombe sous le charme de Chloé, une jeune danseuse classique qui le voit arriver avec méfiance.

Surfant sur la mode de "Danse avec les stars", "Let’s dance" imagine, à travers cette jeune love story, la rencontre de deux mondes. Ce concept commercial donne lieu à un scénario inepte, truffé de clichés et d’invraisemblances. Et le jeu stéréotypé de Guillaume de Tonquédec ("Le prénom"), qui vient cachetonner dans le rôle de Rémi, n’arrange rien à l’affaire.