Les critiques d'Hugues Dayez, avec "Le Dernier vice-roi des Indes", historique et passionnant

Le Dernier Vice-Roi des Indes
Le Dernier Vice-Roi des Indes - © Kerry Monteen

Qui est ce dernier Vice-Roi des Indes ? C’est Lord Mountbatten, une figure absolument essentielle de l’histoire de l’après-Seconde-Guerre Mondiale, un peu moins connue du public francophone et d’où l’intérêt de ce film.

On est en 1947, Lord Mountbatten est mandaté par le gouvernement britannique pour régler la question de l’indépendance de l’Inde. Puisque Gandhi a gagné son combat non violent, l’Inde va obtenir son indépendance après trois cents ans de domination britannique. Et c’est Lord Mountbatten qui doit orchestrer ce nouveau régime et toutes les négociations qui vont y mener. Une situation extrêmement complexe puisque l’Inde est divisée en plusieurs communautés : le Pakistan veut son indépendance et Mountbatten doit alors mettre en place un jeu diplomatique extrêmement subtile.

Le film pourrait être trop technique, trop ennuyeux, mais ce n’est pas du tout le cas. Il est passionnant de bout en bout, car les personnages existent bien et la reconstitution d’époque est tirée au cordeau. Et ce qui plaira aux amateurs, c’est que Lord Mountbatten est incarné par Hugh Bonneville, le héros de "Downton Abbey", série qu’on ne présente plus.

Voilà donc un film de facture totalement classique, mais qui résonne encore aujourd’hui : il nous montre quelque part la naissance du Pakistan, l’origine de toute la carte géopolitique de ces pays essentiels aujourd’hui. Il s’agit donc à la fois d'un divertissement, mais c’est aussi un film historique très intéressant.

La fille de Brest

Qui est cette fille de Brest ? C’est Irène Frachon, une pneumologue devenue célèbre en menant un véritable combat de David contre Goliath dans ce qu’on a appelé l’affaire Mediator : ce scandale du médicament dont les effets secondaires ce sont révélés absolument désastreux, provoquant des crises cardiaques à répétition. Emmanuelle Bercot s’est passionnée pour ce sujet à partir des livres publiés par Irène Frachon, jouée à l’écran par une actrice danoise qui parle très bien français, Sidse Babett Knudsen, vue dans la série "Borgen".

Actrice charismatique, problème intéressant, et pourtant, on se dit que c’est peut-être une fausse bonne idée et qu’un documentaire avec les véritables protagonistes de cette triste aventure aurait peut-être été plus éclairant. On sent que Bercot essaie d’insuffler un rythme dramatique fictionnel à une histoire qui reste extrêmement technique et complexe. Alors, quelque part, les scènes de la vie privée d’Irène Frachon apparaissent comme anecdotiques et superflues.

Le scandale de Médiator, oui bien sûr, mais peut-être pas par le biais de la fiction… Cette "Fille de Brest" est un peu un coup d’épée dans l’eau.

Visages Villages

Agnès Varda s’est associée à un jeune artiste urbain, JR, qui photographie des quidams, des visages, et qui les reproduit à des tailles absolument gigantesques pour les placarder sur les murs ou sur des endroits tout à fait inattendus.

La démarche artistique est très intéressante, mais j’ai ressenti un malaise avec ce film : Agnès Varda et JR semblent instrumentaliser les personnes qu’ils photographient pour leur propre gloire. Agnès Varda prétend aimer énormément les gens qu’elle rencontre, mais ce qu’on voit surtout dans le film c’est elle, elle et encore elle…

Il s’agit donc d’une sorte de nombrilisme qui n’ose pas dire son nom et j’ai ressenti une antipathie grandissante par rapport au projet… Dieu sait que les documentaristes qui s’intéressent vraiment aux gens les laissent finalement beaucoup plus parler sans se mettre en avant eux-mêmes. C’est le péché mignon d’Agnès Varda, devenue une sorte de mythe vivant du documentaire en France, mais ce n’est pas toujours bien d’être un mythe vivant…