Les critiques d'Hugues Dayez avec "Le chant du loup", étonnant film de sous-marin français

L'affiche du film "Le chant du loup"
L'affiche du film "Le chant du loup" - © DR

Pour son premier long-métrage, Antonin Baudry s’aventure dans un genre – le film d’espionnage à bord d’un sous-marin – jusqu’ici confisqué par Hollywood. Mais avec "Le chant du loup", il parvient à ne pas copier le cinéma américain et impose son point de vue.

Le chant du loup

Au cœur du film, un jeune militaire, Chanteraide, qui possède une ouïe exceptionnelle, capable d’identifier une gamme de sons infinie. Avec ce don, il occupe une position cruciale à bord d’un sous-marin nucléaire français. Un jour, son état-major décèle une menace terroriste lancée en mer de Barentz ; une ogive nucléaire risque de faire de dégâts incalculables… Commence alors une course contre la montre pour Chanteraide et ses camarades.

"Le chant du loup", c’est l’anti "James Bond" : ici, pas d’invraisemblance, pas d’explosion spectaculaire, pas de super-héros, mais des hommes de l’ombre qui tentent d’exercer leur métier le plus scrupuleusement possible. Antonin Baudry, sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, avait raconté son expérience de diplomate au sein du cabinet de Dominique de Villepin dans la brillante bande dessinée "Quai d’Orsay" (devenue un film de Bertrand Tavernier). Il conserve ici la même rigueur documentaire et ose nourrir les dialogues du "Chant du loup" de tout un vocabulaire technique de prime abord peu accessible pour le néophyte. Et pourtant, le suspense accroche rapidement le spectateur, car Baudry joue à merveille avec la dimension de huis-clos du sous-marin.

Une des grandes originalités du film, c’est son travail sophistiqué sur la bande-son, d’une qualité exceptionnelle (il est d’ailleurs piquant d’apprendre que le travail de post-production sonore de ce film très français a été confié… au studio ILM de Georges Lucas). François Civil, qui incarne Chanteraide, est entouré d’acteurs de renom (Reda Kateb, Mathieu Kassovitz, Omar Sy) qui ont eu l’intelligence de mettre leur ego au vestiaire pour livrer un véritable travail d’équipe, à l’image des militaires du sous-marin…

Eight grade

Kayla, 13 ans, développe sa propre chaîne Youtube, réalise des petites vidéos pour dispenser ses bons conseils sur le thème "être bien dans sa peau". Mais dans sa vie de tous les jours, Kayla est timide, introvertie, bourrée de complexes, et ne sait plus trop comment se faire des ami(e)s parmi ses condisciples…

Le réalisateur Bo Burnham (artiste de stand-up très populaire aux USA) réussit ici un portrait criant de vérité d’une adolescente prise dans l’engrenage des réseaux sociaux. Le film regorge de scènes d’anthologie – lorsque Kayla est invitée à un goûter d’anniversaire autour d’une piscine, par exemple – et jouit de l’interprétation parfaite de la jeune Elsie Fisher, qui a décroché une nomination méritée du Golden Globe de la meilleure actrice. A une époque où le débat sur le harcèlement entre jeunes à l’école n’a jamais été aussi vif, "Eight grade" est un film non seulement réussi, mais surtout nécessaire.

The old man and the gun

Le film s’inspire d’une histoire vraie, celle de Forrest Tucker qui, à 78 ans, après seize arrestations et seize évasions, continue inlassablement à faire ce qu’il sait faire : braquer des banques. Sans esbroufe, "à l’ancienne" : avec une fausse moustache, un vieux galurin, et un revolver dans son veston, il s’adresse poliment au manager de la banque pour qu’il remplisse, en toute discrétion, sa mallette de billets de banque…

"The old man and the gun", réalisé par David Lowery, a été remarqué au festival de Toronto en septembre dernier car Robert Redford y annonçait qu’il effectuait ses adieux dans ce film en tant qu’acteur (Il a ensuite précisé qu’il sortirait sans doute de sa retraite pour encore passer derrière la caméra). Le long-métrage, qui est bien plus le portrait d’un vétéran atypique qu’un trépidant film de hold-up, prend évidemment une saveur toute particulière, il offre la possibilité aux cinéphiles de saluer une dernière fois une des dernières icônes du cinéma américain. Que Redford ait choisi ce rôle de gentleman-braqueur pour tirer sa révérence est un parti-pris assez judicieux, car "The old man and the gun", avec son atmosphère nostalgique et son humour doux-amer, évoque un peu le cinéma romantique de feu Sydney Pollack, chez qui le beau Bob a trouvé ses meilleurs personnages…

Deux fils

Passant derrière la caméra, l’acteur Félix Moati signe ici une chronique familiale. A la mort de son frère, Joseph (Benoît Poelvoorde) perd pied ; depuis deux ans, il a abandonné son cabinet de médecin pour se consacrer à l’écriture mais, frappé par ce deuil, il piétine. Son fils aîné Joachim (Vincent Lacoste) semblait promis à une belle carrière de psy, mais peine à terminer ses études. Quant à son fils cadet Ivan (le jeune Mathieu Capella), il est totalement focalisé sur la conquête d’une fille de sa classe, qui ne veut malheureusement pas de lui…

A force de décrire ce trio en plein doute, le film "Deux fils" semble, lui aussi, frappé d’indécision et fait du surplace. Comme dans d’innombrables "comédies dramatiques" parisiennes d’aujourd’hui, le film ressemble à une collection de moments, sans intrigue solide, sans véritable nécessité. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, mais leurs personnages sont tellement peu nourris et fouillés qu’ils ne peuvent, hélas, pas grand-chose… Jusqu’à quand le cinéma français va-t-il produire ce genre de chroniques intimistes si inconsistantes, vite tournées, vite oubliées ?