Les critiques d'Hugues Dayez avec "La vérité", un grand rôle pour Catherine Deneuve

Victime d’un accident de santé sur le tournage du nouveau film d’Emmanuelle Bercot cet automne, Catherine Deneuve se repose et reste en ce moment à l’écart des media. Mais en septembre dernier, elle était la reine de la Mostra de Venise grâce au nouveau film du cinéaste japonais Hirokazu Kore-Eda, "La vérité".

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Catherine Deneuve, sur le tapis rouge de la Mostra à Venise, en 2019 © Alberto PIZZOLI / AFP

La Vérité

Dans ce film, que Kore-Eda a adapté lui-même d’une pièce de théâtre de son cru, Catherine Deneuve incarne Fabienne, une immense star de cinéma, qui s’apprête à publier ses mémoires. C’est à ce moment que sa fille Lumir (Juliette Binoche), installée à New York avec son mari comédien (Ethan Hawke) revient lui rendre visite à Paris. Les retrouvailles entre Fabienne et Lumir sont très tendues : la mère, monstre de narcissisme, n’a jamais prêté qu’une attention distraite à sa fille…

Ce duel mère-fille à fleurets mouchetés évoque un peu "Sonate d’automne" d’Ingmar Bergman, mais la tonalité d’écriture de Kore-Eda est plus légère que celle du grand maître suédois. A 76 ans, Deneuve fait preuve d’un formidable aplomb pour incarner Fabienne, diva pleine de mauvaise foi, qui se réfugie en permanence dans la fiction pour oublier tous les manquements dont elle a pu faire preuve dans la vie de tous les jours. Comme Kore-Eda ne parle que le japonais et que la totalité du tournage a dû se dérouler avec l’aide de traducteurs, il n’y a pas de bavardage inutile dans "La Vérité" : les dialogues sont ciselés, précis, et Deneuve et Binoche les jouent avec une grande justesse, donnant une vraie épaisseur à leurs personnages. Cette comédie intimiste n’est sans doute pas le film le plus ambitieux du cinéaste lauréat de la Palme d’Or en 2018, mais c’est néanmoins une jolie réussite.

Dark Waters

Rob Bilott (Mark Ruffalo) travaille à Cincinnati au sein d’un bureau d’avocats qui défend les intérêts de grandes entreprises chimiques. Un matin, un fermier de Virginie déboule dans son bureau, ayant obtenu ses coordonnées par la grand-mère de Rob. L’avocat, de mauvaise grâce, accepte d’écouter les doléances de cet homme désespéré, qui a vu son troupeau de vaches décimé en quelques mois, à cause de l’eau polluée de la rivière voisine… Une pollution qui a une cause : les déchets toxiques de l’usine DuPont, véritable institution dans la région. Or, le groupe DuPont fait partie des clients du bureau de Bilott. Qu’à cela ne tienne, Rob va se lancer corps et âme dans une longue enquête pour déterminer la part de responsabilité de ce géant américain dans une pollution à vaste échelle.

Le cinéma américain a toujours adoré raconter le combat de David contre Goliath. Pour mettre en scène "Dark Waters", l’acteur/producteur Mark Ruffalo est allé chercher Todd Haynes. On n’attendait pas forcément le réalisateur de "Carol" dans ce genre de cinéma, mais Haynes avoue adorer les films politiques d’Alan Pakula ("Les hommes du président") des années 70. Pour "Dark Waters", il semble avoir mis ses habituelles recherches esthétiques au vestiaire pour se mettre entièrement au service de ce sujet fort et, bien sûr, tiré d’une histoire vraie. Le film reste assez prévisible dans sa structure dramatique, montrant l’isolement de plus en plus grand d’un homme enfermé dans un combat obsessionnel, mais la réalité qu’il dénonce donne froid dans le dos et, dans le contexte actuel, fait terriblement réfléchir…

Lucky

Tony (Michael Youn) et Willy (Alban Ivanov), deux vieux copains, sont ce qu’il est convenu d’appeler des tocards. Pour tenter de se faire du fric rapidement, le duo a un plan : subtiliser un chien de la brigade des stups et, grâce à lui, repérer les planques truffées de came. Ils espèrent mettre Caroline, une flic ripou (Florence Foresti) dans la combine… Comme il fallait s’y attendre, entre leur rêve et la réalité, il y aura un gouffre.

Le réalisateur bruxellois autodidacte Olivier Van Hoofstadt avait fait une entrée fracassante dans le cinéma français en 2006 avec "Dikkenek", comédie devenue culte auprès de toute une génération (le monologue de François Damiens dans les abattoirs d’Anderlecht est devenu une scène d’anthologie). Après un polar, "Go Fast", passé inaperçu, il tente un comeback avec "Lucky".

On y retrouve à peu près les mêmes ingrédients que dans "Dikkenek" : une intrigue prétexte à une galerie de personnages pittoresques, campés par quelques "gueules" du cinéma français (outre le trio précité, on retrouve Daniel Prévost, François Berléand, Corinne Masiero…) Mais la magie ne prend guère ; la fraîcheur de son premier long-métrage a disparu, et "Lucky" ne décolle jamais. Certes, il reste quelques séquences réussies et quelques gags qui font mouche, mais ils sont noyés dans un scénario brouillon et des dialogues très inégaux. Et Florence Foresti, reine du stand-up en France, ne trouve décidément pas ses marques au cinéma. Bref, "Lucky" ressemble à un pétard mouillé.

Mes jours de gloire

Adrien (Vincent Lacoste) est un "adulescent" : il a beau approcher de la trentaine, il semble flotter dans l’existence comme un gosse indécis. Il a connu le succès comme enfant-acteur, et cherche à retrouver du travail au cinéma après un long passage à vide. Il va peut-être incarner le général de Gaulle dans un film qui retrace la jeunesse du grand homme… En attendant, fauché, Adrien retourne vivre chez ses parents (Emmanuelle Devos et, surprise, Christophe Lambert dans un contre-emploi) où il assiste à leur séparation. Dans ce marasme, que va faire Adrien de sa vie ?

En 2009, Vincent Lacoste crevait l’écran dans "Les beaux gosses" de Riad Sattouf. Depuis lors, il a cherché à varier les registres, dans les comédies les plus diverses (de "Astérix au service de Sa Majesté" à "Saint Amour" de Kervern et Delépine) et, de plus en plus, dans des drames intimistes ("Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré, "Deux fils" de Félix Moati). Dans "Mes jours de gloire", il semble revenir en arrière et avoir accepté un rôle qu’il a déjà joué maintes fois, celui d’un gars sympathique mais lâche, un peu hâbleur, qui se voile la face. Lacoste joue Adrien les mains dans les poches et, pour son premier film, Antoine de Bary parvient à créer des scènes qui semblent très spontanées et très naturelles, parfois spirituelles, mais sans véritable consistance. En réalité,  "Mes jours de gloire" vient s’ajouter à une longue liste de comédies "bobo-parisienne-rive gauche" qui amusent sur le moment, mais dont le charme s’évapore sitôt la projection terminée.

The gentlemen

Mickey Pearson (Matthew McConaughey), baron de la drogue à Londres, laisse courir le bruit qu’il pourrait décrocher dans un avenir proche. La rumeur déclenche l’appétit de ses rivaux, qui vont se lancer dans une guerre où tous les coups, y compris les plus tordus, semblent permis…

Après avoir fait un malheur chez Disney au box-office avec "Aladdin", après avoir massacré les mythes de Sherlock Holmes (avec Robert Downey Jr) et du roi Arthur (avec Charlie Hunnam), le réalisateur anglais Guy Ritchie revient à ses premières amours : la comédie de gangsters, qui avait fait son succès avec Snatch" et "Lock, stock and two smoking barrels".

"The gentlemen" reprend exactement les mêmes ingrédients. Primo, un casting de stars, souvent utilisés à contre-emploi – comme ici Hugh Grant en maître-chanteur véreux -, secundo, des dialogues caustiques et surabondants – comme chez Tarantino - , tertio, de l’action, de préférence violente, originale et sadique. Le problème avec ce genre de recettes, c’est que le film se regarde sans déplaisir, mais aussi sans passion : "The gentlemen" est un exercice de style répétitif, où mêmes les retournements de situation ne surprennent plus… Et prouvent que Guy Ritchie est un cinéaste habile, certes, mais qui n’a rien à dire.

Les séquences JT