Les critiques d'Hugues Dayez avec "La Prière", la Foi vue par un agnostique

Cédric Kahn à la Berlinale
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Cédric Kahn à la Berlinale - © STEFANIE LOOS - AFP

Cédric Kahn est un cinéaste éclectique, changeant de thème à chaque film. Capable de filmer le désir inassouvi ("L’ennui"), l’angoisse ("Feux rouges" d’après Simenon) ou encore le retour farouche à la nature ("La vie sauvage"), il s’intéresse dans son nouveau film, "La prière", à l’engagement religieux.

La prière

Thomas, toxicomane de 22 ans, débarque dans une communauté catholique isolée, perdue au milieu de la montagne. Pour soigner la dépendance à la drogue, cette communauté observe des règles très strictes : pas de méthadone, un sevrage complet, le refuge dans le travail manuel et dans la prière collective. Seule aide pour ne pas craquer : aucun membre de cette communauté n’est laissé seul, livré à lui-même ; il est toujours accompagné d’un acolyte, un "ange gardien". Mais malgré cette présence bienveillante, Thomas se révolte : ces contraintes l’étouffent… Mais quel salut espérer s’il quitte ce centre ?

Cédric Kahn filme cette communauté religieuse avec curiosité, et quoique lui-même agnostique, son regard est sans ironie. C’est l’intérêt de son film, mais c’est aussi sa limite : comme il découvre un univers inconnu pour lui, Kahn s’attarde parfois longuement sur les séances de prière, quitte à ralentir le rythme intrinsèque de son film. Heureusement, il a découvert un jeune acteur principal, Anthony Bajon, qui suscite rapidement l’intérêt et l’empathie du spectateur. Anthony a remporté le prix d’interprétation – mérité - au récent Festival de Berlin ; il est la vraie révélation du film.

God’s own country

Johnny vit avec son père, de santé fragile, et sa grand-mère, dans une ferme du Yorkshire. Il doit faire tourner l’exploitation agricole ; sa seule échappatoire face à ce quotidien épuisant, c’est d’aller se saouler au club local… Lorsque son père est victime d’un AVC, la situation se corse. Pour lui prêter main-forte, Johnny a engagé un ouvrier venu de l’Est, Gheorge. Entre les deux jeunes gens qui travaillent ensemble dans des champs désertiques, des sentiments très troubles naissent… Mais comment assumer une relation homosexuelle dans ce monde campagnard rétrograde ?

"God’s own country" est un film surprenant, parce qu’il mêle une peinture réaliste d’un univers âpre et rugueux – une petite ferme dans l’Angleterre d’aujourd’hui – et une histoire d’amour élégiaque. Pour son premier long-métrage, Francis Lee se démarque du style souvent trop sage des drames anglais, et ose une mise en scène en phase avec la passion de ses personnages. Pas étonnant que le film ait séduit la critique Outre-Manche, qui a vu dans "God’s own country" la naissance d’un véritable auteur.

Der Hauptmann (L’usurpateur)

Avril 1945. La fin de la guerre approche, et en Allemagne, c’est la débâcle. Willi, jeune soldat déserteur, tombe par hasard dans une jeep abandonnée sur un costume d’officier. Impulsivement, le garçon s’empare de l’uniforme… Et pour lui, l’habit va faire le moine : Willi va se prendre au jeu, s’inventer un CV de chef en mission spéciale pour le Führer lui-même ! Celui qui était victime va se transformer en bourreau et traquer implacablement les déserteurs…

"Der Hauptmann" s’inspire de faits réels. Le réalisateur allemand Robert Schwentke, formé à Hollywood (il a signé le thriller "Flightplan" avec Jodie Foster) s’empare de ce sujet intéressant mais le traite au rouleau-compresseur, plus soucieux de réaliser des reconstitutions spectaculaires en noir et blanc que de dresser un profil psychologique complexe de Willi l’imposteur. Dommage, car ce thème de l’imposteur permettait un film plus subtil et plus passionnant.