Les critiques d’Hugues Dayez avec "La belle époque", la nostalgie selon Nicolas Bedos

Après un premier long-métrage remarqué ("Mr et Mme Adelman"), le fils de Guy Bedos revient avec une comédie douce-amère sur les ravages du temps qui passe : "La belle époque".

La belle époque

Victor (Daniel Auteuil), dessinateur de bande dessinée vieillissant, déteste l’époque actuelle, et se réfugie dans un cynisme désabusé. Sa femme Marianne (Fanny Ardant) ne supporte plus son côté "vieux con grincheux", et le met à la porte. Pour lui mettre du baume au cœur, le fils de Victor lui offre un cadeau : son ami metteur en scène (Guillaume Canet) réalise, avec force reconstitution, accessoires et figurants, le fantasme "vivez un jour dans l’époque de votre choix". A la surprise générale, Victor demande de revivre un jour précis de son propre passé : ce jour de 1974 où, dans un bar, il a rencontré sa femme. Le metteur en scène réalise son rêve, et Victor revoit défiler sa jeunesse… avec une jeune actrice qui incarne Marianne jeune (Dora Tillier). Cette incursion dans le passé va avoir, évidemment, des incidences sur le présent.

Le scénario de Nicolas Bedos ne se contente pas d’installer une idée originale de départ, il en exploite toutes les facettes et, autour de Victor (Daniel Auteuil à son meilleur niveau), il ne néglige aucun des autres personnages. Par exemple, Canet incarne un metteur en scène "control freak" amoureux de son actrice, mais incapable de lui laisser suffisamment d’espace vital pour exprimer son talent. A travers ces personnages, Bedos s’interroge sur l’usure du couple, sur l’impérieuse nécessité de se réinventer en permanence pour nourrir une relation, sur le mirage de la nostalgie – le fameux "C’était mieux avant" -… Et surtout, il réussit un équilibre subtil entre réflexion et légèreté, entre émotion et humour. Certes, il y a des (petites) longueurs, mais elles n’occultent pas le charme insistant de "La belle époque".

Adults in the room

A 86 ans, Costa-Gavras, à qui l’on doit des grands drames comme "Z", "Missing" ou "Le couperet", ne désarme pas  et s’attaque à un sujet complexe : la crise grecque. Le film démarre en janvier 2015 : la gauche arrive au pouvoir avec à sa tête Alexis Tsipras. Dans son gouvernement, le ministre des finances Yanis Varoufakis se retrouve face à une mission délicate : renégocier avec les autorités européennes les termes du remboursement de la dette publique. Très vite commence un dialogue de sourds : pour Varoufakis, si on étrangle le peuple grec en exigeant des sommes pharaoniques à payer sans échelonnement raisonnable, l’économie du pays n’a aucune chance de redémarrer. Pour les ministres des finances des autres pays, pas question de la moindre mansuétude ; la rigueur budgétaire et le sauvetage de l’euro sont prioritaires, et la Grèce si dispendieuse doit être punie et servir d’exemple.

Voilà un sujet intéressant, mais comment en faire un film ? Costa-Gavras, en discutant avec Varoufakis, a appris que ce dernier, constatant qu’aucun PV écrit n’était disponible à l’issue de ces réunions européennes, a pris le parti d’enregistrer ce qu’il s’y déroulait. Le cinéaste disposait ainsi d’un matériel véridique de première main pour écrire les dialogues de son long-métrage.

A l’écran, le résultat est austère, mais éclairant : derrière les poignées de main et les photos de famille officielles, on découvre des échanges d’une violence et d’une agressivité terrifiantes. Bien sûr, en adoptant le point de vue de Varoufakis, Costa-Gavras livre un film partisan, mais pas pour autant manichéen. Et il parvient, malgré la technicité des débats politiciens, à faire émerger la dimension (in)humaine de cette partie de bras-de-fer, et la profondeur de cette tragédie contemporaine. L’exploit méritait d’être salué.

The report

Après le formidable "Vice", portrait au vitriol de Dick Cheney, un nouveau film américain indépendant revient sur le régime de torture instauré par la CIA sous le règne du vice-président de George W Bush : "The report", signé Scott Z Burns. Le scénariste de Steven Soderbergh passe ici derrière la caméra pour raconter une édifiante histoire vraie, celle de Daniel Jones (Adam Driver), jeune technocrate de Washington qui se voit confier une enquête sur les techniques d’interrogatoire de la CIA après le 11 septembre 2011. Placé sous haute surveillance, Jones va se plonger à corps perdu dans une recherche aussi longue que rigoureuse et, après plusieurs années (!) de travail, va tout faire pour que son volumineux rapport qui dénonce des tortures impunies soit révélé au public.

Ici encore, le sujet est ardu et a priori peu cinématographique. Mais Burns, aidé par une distribution brillante (Burns est entouré d’Annette Bening et de Jon Hamm, entre autres) et un sens du dialogue percutant, parvient à maintenir l’intérêt du spectateur. Et on ne peut s’empêcher d’applaudir la capacité d’esprit critique d’un certain cinéma américain qui ne prend pas de gants pour dénoncer les horreurs de l’histoire récente des USA.

Midway

La bataille de Midway reste une des grandes dates de la Guerre du Pacifique, celle où l’armée américaine devait prendre sa revanche après le désastre de Pearl Harbour, sous peine de voir les forces japonaises prendre définitivement le pouvoir. C’est le sujet du dernier film de Roland Emmerich, roi des superproductions spectaculaires. La subtilité n’a jamais été le fort du cinéaste allemand qui, de "Independance Day" à "2012", a enchaîné les scénarios stupides, truffés de poncifs et d’invraisemblances. Avec "Midway", il signe un film de guerre d’un autre âge : cocardier, solennel, avec des protagonistes qui ressemblent à des images d’Epinal. Qu’après des chefs-d’œuvre comme "La ligne rouge" de Terrence Malick ou "Dunkerque" de Christopher Nolan, on puisse encore réaliser aujourd’hui des films de guerre aussi ringards  tient du vrai mystère.

And then we danced

En Géorgie, Merab, garçon issu d’une famille modeste, est serveur dans un restaurant pour nouer les deux bouts. Mais sa vraie passion, c’est la danse : depuis des années, il suit les cours de l’Ensemble national géorgien avec sa partenaire de danse, Mary. Alors qu’il travaille dur pour être pris comme membre effectif du corps de ballet, surgit Irakli, danseur charismatique qui réveille en Merab ses penchants homosexuels. Mais comment vivre cet amour dans une compagnie qui prône le respect de rituels ancestraux ?

Né en Suède, le réalisateur d’origine georgienne Levan Akin porte un regard distancié sur la Géorgie et les piliers de sa culture : l’Eglise, le chant polyphonique et la danse. Il filme son personnage principal, écartelé entre le poids de la tradition et les élans de son cœur, avec une sincérité très touchante et une belle énergie. Le film, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, va représenter la Suède pour une éventuelle sélection à l’Oscar du meilleur film étranger.

La séquence JT