Les critiques d'Hugues Dayez avec "L'homme qui tua Don Quichotte"

Adam Driver et Jonathan Pryce dans "L'homme qui tua Don Quichotte"
Adam Driver et Jonathan Pryce dans "L'homme qui tua Don Quichotte" - © DR

Cette semaine sort sur nos écrans un film projeté au Gala de Clôture du Festival de Cannes et ensuite au Gala d’ouverture du récent Festival de Bruxelles. Ce film, c’est "L’homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam. Les cinéphiles le savent : la sortie de ce nouveau film de l’ex-Monty Python, c’est la fin d’une aventure longue de 25 ans. Gilliam avait tenté une première fois le tournage de ce projet avec Jean Rochefort dans le rôle de Don Quichotte, avec à ses côtés Johnny Depp et Vanessa Paradis. Mais ce tournage avait connu les pires problèmes, une tempête détruisant des décors, une hernie discale empêchant Rochefort de monter à cheval, etc etc… Ce film interrompu avait donné lieu à un documentaire passionnant en 2002, "Lost in la Mancha", montrant combien le tournage d’un film peut se transformer en cauchemar.

L’histoire du cinéma est jalonnée de grands projets avortés ou de films inachevés. Mais c’est mal connaître Terry Gilliam, son opiniâtreté et son jusqu’auboutisme. S’associant avec un nouveau producteur, le portugais Paulo Branco, le cinéaste américain devenu britannique parvenait à relancer le tournage de "L’homme qui tua Don Quichotte" l’an dernier avec un nouveau casting.

C’est Jonathan Pryce, le héros du film-culte de Gilliam "Brazil" qui prend la succession de Jean Rochefort et Adam Driver reprend le rôle autrefois dévolu à Johnny Depp.

Driver incarne Toby, un jeune réalisateur très cynique de clips publicitaires. Lors d’un tournage en Espagne, Toby se rend compte qu’il se trouve tout près d’un petit village où il a tourné, dix ans plus tôt, son premier court-métrage, une fantaisie autour du mythe de Don Quichotte. Il avait trouvé sur place un vieux cordonnier pour incarner le célèbre chevalier de Cervantes. Toby retourne dans ce village, et découvre que son fameux cordonnier, non seulement, vit toujours, mais qu’il se prend vraiment pour Don Quichotte ! Toby se retrouve alors embarqué par ce vieux mythomane dans des aventures rocambolesques.

On retrouve dans "L’homme qui tua Don Quichotte" tous les thèmes de prédilection de Terry Gilliam : le gouffre qui sépare les fantasmes de la réalité, la difficulté de l’artiste face aux diktats des producteurs, le goût pour l’absurde et l’hénaurme…

Le problème, c’est que Gilliam veut tout dire et tout mettre dans ce film qu’il a préparé pendant si longtemps, trop longtemps, et que le résultat ressemble à un gros foutoir très indigeste. On retrouve le problème éternel de ce cinéaste attachant : c’est un formidable créateur d’images, mais c’est un pénible raconteur d’histoires. Sur le plan humain, on est heureux pour lui qu’à 77 ans, il ait enfin réussi à boucler son film, mais sur le plan artistique, on aurait aimé que "L’homme qui tua Don Quichotte" réponde mieux à nos attentes.