Les critiques d'Hugues Dayez avec "Just Mercy", le combat d’un idéaliste

Révélé par "Creed", le film de boxe dérivé de la série "Rocky", Michael B. Jordan incarne dans "Justy Mercy" l’avocat Bryan Stevenson, fondateur de l’organisation "Equal Justice Initiative", visant à assurer une aide juridique aux plus démunis.

Just Mercy

A la fin des années 80, Afro-américain frais émoulu de la prestigieuse université de Harvard, Bryan Stevenson aurait pu embrasser une carrière brillante et lucrative d’avocat dans un cabinet réputé. Il n’en fit rien, et choisit un défi d’envergure : s’installer dans le Sud des Etats-Unis, en Alabama, pour y créer une ASBL visant à venir en aide aux prisonniers noirs attendant indéfiniment dans le Couloir de la mort. Au fil de ses recherches, Stevenson tombe sur la victime d’une erreur judiciaire, Walter McMillan, un pauvre père de famille noir condamné au terme d’un procès bâclé à la peine capitale pour un meurtre qu’il n’a pas commis, celui d’une jeune fille blanche de 18 ans. Cette accusation a fait de lui l’ennemi numéro 1 de toute la ville, dans une région où le racisme tacite fait partie de la culture du Deep South… Stevenson va user de toute sa science du droit pour tenter d’obtenir justice pour McMillan.

Le combat de cet avocat, son courage politique sont des ingrédients de premier choix pour un grand drame cinématographique. Produit sous la bannière d’un grand studio (Warner), porté par deux stars afro-américaines (Michael B Jordan et Jamie Foxx), "Just mercy" est de facture assez classique. Mais l’itinéraire de Stevenson est tellement édifiant – dans le plus noble sens du terme -, les horreurs qu’il dénonce (les arrestations arbitraires, la justice à deux vitesses, le racisme en col blanc) font tellement partie d’une certaine Amérique qu’il est rassurant de voir que Hollywood reste encore parfois le lieu où un cinéma politique et militant est possible. Et efficace.

The Farewell (L’adieu)

Billi est née en Chine mais a grandi à New York. Lorsqu’elle apprend que sa grand-mère Nai Nai, restée dans son pays natal, est malade et n’en a plus que pour quelques mois à vivre, elle est bouleversée. Les parents de Billi vont retourner voir Nai Nai une dernière fois, mais veulent respecter la tradition chinoise et cacher à la vieille dame la vérité pour ne pas assombrir le temps qui lui reste. Toute la famille va imaginer un prétexte, un mariage d’un cousin arrangé à la hâte, pour se réunir autour de la matriarche. Mais pour Billi, donner le change et cacher ses émotions est une véritable épreuve…

La réalisatrice Lulu Wang s’est inspiré de sa propre grand-mère pour réaliser cette comédie douce-amère, qui a valu à la jeune Awkwafina le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie. En règle générale, "The Farewell" a suscité des critiques dithyrambiques de la presse outre-Atlantique. Est-ce justement parce que le film nous arrive précédé d’une telle réputation qu’il nous a un peu déçus ? Certes, les personnages sont attachants et les petites notes d’humour bien placées, mais le récit se déroule un peu mollement vers une cérémonie de mariage sans grande surprise. Dans le genre "comédie autour du choc des cultures", un des premiers films d’Ang Lee, "The wedding banket" reste infiniment plus riche et plus mémorable.

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part

C’est l’histoire d’une mère veuve (Aurore Clément) qui fête ses 70 ans avec ses quatre enfants. L’aîné, Jean-Pierre (Jean-Paul Rouve), a embrassé une carrière commerciale alors qu’il rêvait de faire du théâtre. Sa sœur Juliette (Alice Taglioni), professeur de lettres, attend son premier enfant à 40 ans. Son petit frère Mathieu (Benjamin Lavernhe, vu dans "Le sens de la fête"), reste solitaire parce que terriblement timide. Et enfin, la benjamine, Margaux (Camille Rowe, vue dans "Rock n’ Roll" de Canet), est criblée de dettes parce qu’elle veut être photographe mais ne parvient pas à percer. L’affection entre les quatre enfants est réelle, mais les frustrations et les rêves inassouvis rendent leurs rapports difficiles.

Arnaud Viard réalise ici un vieux rêve : s’inspirer du recueil de nouvelles d’Anne Gavalda devenu un best-seller, et composer librement le scénario d’un long-métrage en y mêlant les personnages de nouvelles différentes. Il s’interroge sur le mystère des familles nombreuses, ces tribus où, à partir d’une même éducation, les enfants peuvent prendre des chemins différents. Viard est plus à l’aise dans les scènes d’émotion pudique que dans les séquences légères et voulues plus humoristiques, qui restent très convenues. Il s’inscrit dignement dans un genre français, le portrait de famille ou de destins croisés, qui a connu ses heures de gloire avec des cinéastes comme Claude Sautet, mais sans parvenir à vraiment le renouveler.

La Llorana (La pleureuse)

Au Guatemala, retranché dans sa villa, un vieux dictateur, miné par la maladie, ne sort plus de chez lui que pour assister à son procès. Lorsque, par un tour de passe-passe, il réussit à éviter la prison, il subit la vindicte populaire et tous ses domestiques l’abandonnent. Entouré de sa femme et sa fille, il engage une jeune servante, Alma, pour les remplacer. Mais cette jeune femme mutique, au regard fiévreux, est-elle là pour le servir ou pour réveiller sa conscience ?

Le cinéaste Jayro Bustamante aime aborder les "sujets qui fâchent" : les mariages arrangés dans "Ixcanul", l’homosexualité interdite dans "Tremblements"… Ici, il aborde la dictature militaire, plaie de tant de régimes en Amérique du Sud, dans un film hybride, qui démarre comme un classique film de procès et qui s’égare ensuite dans un symbolisme opaque et lourdement "signifiant". Ce mélange de genre dilue hélas rapidement la puissance dramatique de son film.

la séquence JT