Les critiques d’Hugues Dayez avec "Judy", le chant du cygne d’un mythe

Pour des millions de cinéphiles, Renée Zellweger est avant tout le visage de Bridget Jones au cinéma. Un rôle qui a longtemps collé à la peau de l’actrice américaine qui, après une traversée du désert, revient aujourd’hui à l’avant-plan en incarnant une icône hollywoodienne, Judy Garland, dans "Judy".

Judy

Hiver 1968. Judy Garland a 46 ans, et plus de 40 ans de carrière derrière elle. Elle est devenue une enfant star avec "Le magicien d’Oz", et a formé un duo populaire avec un autre enfant, Mickey Rooney. Mais elle a payé cher le prix de cette gloire, n’avançant plus qu’à coup de somnifères et de bouteilles d’alcool. Ruinée, dépressive, Judy se bat pour obtenir la garde de ses deux enfants. Pour tenter d’y arriver, elle va se lancer dans une tournée de la dernière chance, en répondant à une invitation à se produire dans un grand music-hall londonien. Mais l’interprète d’"Over the rainbow" est-elle encore capable de monter chaque soir sur scène ?

L’an dernier, le merveilleux film "Stan et Ollie" retraçait l’ultime tournée de Laurel et Hardy. Le film "Judy" (réalisé Rupert Goold, metteur en scène britannique comme Jon S. Baird, le réalisateur de "Stan et Ollie") est traversé par le même esprit : éviter les pièges du "biopic" sagement chronologique et choisir une période crépusculaire pour évoquer grandeur et décadence d’un parcours artistique. Cette option est à la fois plus intéressante et plus émouvante, car montrer les failles de Judy Garland, retracer par de brefs flash-back la prison dorée que fut son enfance permettent d’appréhender la complexité de cette femme de légende.

Renée Zellweger – qui, rappelons-le, avait déjà remporté un Oscar du meilleur second rôle avec la comédie musicale "Chicago" – chante elle-même sur scène les chansons de Garland. Ce n’est pas sa seule performance ; méconnaissable, elle fait ressentir les facettes parfois contradictoires de cette femme tantôt forte tantôt capricieuse, dotée d’un humour ravageur et d’une tendance fâcheuse à l’autodestruction. Zellweger vient de remporter un Golden Globe, et est en pole position pour remporter l’Oscar. C’est plutôt mérité.

Adoration

Paul, adolescent de 14 ans timide et solitaire, habite en bordure de forêt avec sa mère, qui travaille dans une clinique psychiatrique installée dans une gigantesque propriété. Un jour, il voit débarquer dans l’établissement Gloria, une jeune malade mentale. Malgré les avertissements de sa maman, Paul est immédiatement subjugué par la jeune fille. Rebelle, imprévisible, Gloria va entraîner Paul dans une folle cavale dans laquelle ils vont se retrouver seuls au monde, ou presque…

Avec "Calvaire", thriller ardennais puissamment original, Fabrice du Welz avait réussi à secouer le cocotier du cinéma belge. Suivirent des films moins réussis comme "Vinyan" ou "Alleluia", qui témoignaient de l’amour du réalisateur pour le cinéma de genre et les ambiances onirico-fantastiques. "Adoration" explore une nouvelle fois les thèmes favoris de du Welz : l’amour fou, la soif d’absolu, le retour à la nature. Filmée sur pellicule, cette odyssée adolescente est narrée dans un style esthétique sensuel et organique. Le hic, c’est que du Welz tombe parfois amoureux de ses (très beaux) plans et néglige, ce faisant, de nourrir son scénario de véritables surprises qui relanceraient l’intérêt émoussé du spectateur. Dommage, car son talent de metteur en scène est indéniable.

Selfie

Un couple, dont l’enfant est atteint d’une maladie orpheline, filme son parcours du combattant, crée un blog et devient obsédé par récolter de plus en plus de vues. Un jeune homme est amoureux d’une collègue de bureau mais, plutôt que de l’aborder frontalement, cherche à récolter le plus d’opinions favorables sur son profil Facebook. Une prof de lettres engage une relation sur internet avec un comique illettré mais véritable de star des réseaux sociaux…

En Angleterre, la série "Black Mirror" s’est imposée en racontant des fables terrifiantes sur le pouvoir des écrans dans notre vie de tous les jours. Le film français à sketchs "Selfie" s’empare de la même thématique – comment Internet a réussi à pervertir les individus a priori les plus sensés – mais le traite sur le mode de la comédie. Comme tous les films à sketchs de l’histoire du cinéma, le résultat est inégal. Mais les épisodes réussis dominent, et le résultat global est réjouissant. Si, comme moi, vous observez avec la plus grande méfiance la suprématie de Facebook, Twitter et autre Instagram, ce "Selfie" est fait pour vous…

La séquence JT