Les critiques d'Hugues Dayez avec Jessica Chastain en lobbyiste de choc dans "Miss Sloane"

Miss Sloane
Miss Sloane - © DR

Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est belle, ambitieuse, travailleuse acharnée et brillante au sein d’un cabinet de lobbying à Washington. Mais lorsque son patron s’apprête à mettre le cabinet au service des fabricants d’armes, Miss Sloane démissionne illico pour aller proposer ses services à un cabinet concurrent, prêt à la suivre dans son combat contre le lobby des armes à feu…

Robert Redford m’avait un jour affirmé : "Un film doit primo divertir le spectateur, secundo, éventuellement délivrer un message". Tout le cinéma de feu Sydney Lumet a répondu brillamment à ce principe. Le cinéaste britannique John Madden ("Shakespeare in Love", "Indian Palace") s’inscrit pleinement dans cette veine avec "Miss Sloane" : à partir d’un scénario très dense et a priori très bavard, Madden parvient à créer un thriller politique de haut vol qui agite des questions on ne peut plus cruciales dans la société américaine aujourd’hui. Il est bien aidé par Jessica Chastain, qui apporte le charisme et la densité nécessaire pour ce rôle complexe et a priori antipathique. "Miss Sloane" ne révolutionne pas le genre, mais reste redoutablement efficace.

La confession

Au départ, il y a un beau roman de Béatrix Beck, "Léon Morin, prêtre" lauréat du Prix Goncourt en 1952. En 1961, Jean-Pierre Melville en signait une adaptation inspirée, avec – surprise – Jean-Paul Belmondo dans le rôle de l’abbé et, face à lui, Emmanuelle Riva. Le réalisateur français Nicolas Boukhrief a voulu, non pas signer un remake du film de Melville, mais repartir du roman originel. En lui restant fidèle, mais en adoptant ici le point de vue féminin.

L’action se déroule dans un petit village français sous l’Occupation. Barny, jeune militante communiste dont le mari est emprisonné en Allemagne, voit arriver d’un mauvais œil un nouvel abbé dans la paroisse. Comme ses collègues au bureau de poste ne tarissent pas d’éloges sur le nouveau venu, Barny décide d’aller juger sur pièce, d’aller provoquer le prêtre dans un débat d’idées… Mais Barny est surprise : Léon Morin n’est pas un prosélyte aveugle et borné, c’est un jeune homme ouvert et plein d’humour. L’esprit et le cœur de Barny ne vont pas tarder à vaciller…

Comment réussir une adaptation de ce drame en 2017 ? Boukhrief relève le défi avec pas mal d’élégance. Comme dans le film de Melville, son casting surprend : pas plus que Belmondo à l’époque, on n’attendait Romain Duris dans le rôle de l’abbé Morin. Mais l’acteur-fétiche de Klapisch livre un jeu assez sobre et convaincant. Face à lui, Marine Vacth (révélée par "Jeune et jolie" de François Ozon) est lumineuse : d’une beauté très pure, son regard suffit à exprimer les angoisses existentielles de son personnage. La caméra aime Marine Vacth, c’est un don qui ne s’acquiert pas, mais c’est un don précieux.

Noces

Le réalisateur belge Stephan Streker s’inspire d’un fait-divers survenu il y a quelques années en Belgique. Il dresse le portrait de Zahira, jeune Pakistanaise qui tombe enceinte et que sa famille, pour sauvegarder son honneur, veut marier de force. Zahira, partagée entre l’amour pour ses proches et son envie légitime de liberté, veut fuir ce destin qu’on lui impose…

Streker – qui avait une fâcheuse tendance à se regarder filmer dans ses films précédents – met ici humblement sa caméra au service de son héroïne – incarnée avec conviction par Lina El Arabi – et surtout, ne verse jamais dans le manichéisme. On échappe ainsi au portrait caricatural quand il s’agit de montrer les parents de Zahira, montrés comme des êtres généreux mais accrochés à leurs traditions.

Le film regorge donc d’atouts ; il souffre juste d’un scénario linéaire avec quelques scènes un peu trop attendues. Mais la justesse d’interprétation de l’ensemble du casting mérite d’être saluée.

Kong, Skull Island

Après trois versions de "King Kong" (1933 : Schoedsack et Cooper, 1976 : John Guillermin, 2005 : Peter Jackson), Warner remet le couvert avec une variation autour du thème connu. Ici, l’action se déroule en 1973, et des soldats américains rescapés de la Guerre du Vietnam, en mission sur l’île du Crâne, vont voir leurs hélicoptères balayés par un singe géant…

Le réalisateur Jordan Vogt-Roberts connaît ses classiques : la première partie de son "Kong" est un hommage direct à "Apocalypse Now", la seconde à "Jurassic Park". Car dans cette nouvelle version, pas de climax sur l’Empire State Building, toute l’intrigue se déroule sur l’île ( d’où le sous-titre du film). Le film n’invente rien, agite tous les bons vieux clichés du cinéma d’aventure, mais avec une efficacité certaine : c’est du divertissement 100% spectaculaire garanti.