Les critiques d'Hugues Dayez avec Jessica Chastain en héroïne polonaise dans "The Zookeeper's wife"

L'affiche de "The Zookeeper's wife"
L'affiche de "The Zookeeper's wife" - © DR

Pologne, 1939. Antonina et Jan Zabinski se sont investis corps et âme dans la gestion du zoo de Varsovie. En septembre, lorsque les Allemands envahissent le pays, le premier souci du couple est la sauvegarde des animaux, comme si les Zabinski vivaient un peu en vase clos. Mais lorsque le pouvoir nazi met en place le ghetto de Varsovie pour y parquer les Juifs, le couple va petit à petit mettre en place un projet fou : se servir des installations du zoo – les couloirs souterrains, les cages – pour y cacher des Juifs et les soustraire aux rafles de l’ennemi... Au total, ce seront près de trois cents Juifs qui seront sauvés par cette initiative.

Jessica Chastain s’est investie avec passion dans l’adaptation de cette histoire vraie. (Pour l’anecdote, ayant découvert le film belge "Broken Circle Breakdown", c’est elle qui a imposé à la production l’acteur flamand Johan Heldenbergh pour incarner Jan Zabinski). Si le film montre assez bien l’éveil de la conscience politique d’Antonina, il génère par contre assez peu d’émotion. La faute sans doute à la mise en scène assez convenue de Niki Caro. La réalisatrice d’origine néo-zélandaise signe certes une reconstitution soignée – même si c’est Prague et non Varsovie qui a accueilli le tournage -, mais il lui manque une vraie vision de cinéaste pour transcender son sujet. Le principal mérite de " The zookeeper’s wife " est, en fin de compte, de faire redécouvrir à un vaste public le geste héroïque des Zabinski.

Bleed for this

En 1991, Vinny Pazienza, boxeur américain d’origine italienne, remporte la ceinture de champion du monde des super welters. Ivre de joie, ce jeune chien fou ne pourra pas jouir longtemps de sa victoire ; il est victime d’un terrible accident de voiture qui lui brise le cou.  Miracle, sa moëlle épinière n’est pas touchée, Vinny n’est pas paralysé. Mais pour maintenir sa nuque parfaitement immobile, les médecins lui posent un halo, sorte de cage métallique vissée à ses tempes. Le jeune boxeur, ainsi ceinturé, rentre chez lui. Ses proches tentent de lui faire accepter la dure réalité : il ne pourra plus jamais monter sur un ring. Mais Vinny ne l’entend pas de cette oreille et, malgré son halo, commence à s’entraîner en secret dans sa salle de musculation…

Le destin de ce boxeur est "bigger than life", pas étonnant que le cinéma s’en empare aujourd’hui. La boxe, de "Rocky" à "Raging Bull", a toujours été une affaire de détermination. "Bleed for this", leçon de courage hallucinante, est un récit épique, traversé par un vrai lyrisme. Le jeune acteur Miles Teller ("Whiplash") a visiblement bossé dur pour incarner Pazienza. Ses efforts n’auront pas été vains : il crève l’écran dans ce film tantôt cocasse (vu le caractère exubérant du boxeur), tantôt émouvant. " Bleed for this " ne révolutionne pas le genre, mais tient le spectateur en haleine de bout en bout.

Django

Django Reinhardt, figure mythique du jazz. Guitariste de génie, nomade tzigane, artiste météore disparu prématurément à 43 ans. Le producteur Etienne Comar passe derrière la caméra pour réaliser "Django". Ce n’est pas un "biopic" traditionnel, Comar choisit un moment du parcours du musicien : l’année 1943. En pleine Occupation, Django enflamme les salles parisiennes, et une tournée à Berlin se profile… Et lorsque la menace nazie se précise contre ses frères roms, le jazzman est bien forcé de choisir son camp. Il se réfugie à Thonon-les-Bains, dans l’espoir de passer en Suisse, aidé par sa maîtresse Louise De Clerck…

Si les intentions du réalisateur sont claires, le film de Comar accumule les maladresses. Premier souci : le casting. L’acteur franco-algérien Reda Kateb, en général excellent, semble chercher ses marques pendant tout le film, tandis que Cécile de France, dans le rôle d’une femme fatale qui séduit les officiers nazis, ne convainc pas une seconde. Le second problème majeur, c’est le scénario : à partir du moment où Comar immobilise Django Reinhardt à Thonon, c’est le film-même qui s’arrête, l’intrigue tombe en panne, plongeant le spectateur dans un ennui fatal. Django Reinhardt méritait sans doute un film, mais pas celui-là !

King Arthur

Sacré Guy Ritchie ! L’ex-mari de Madonna, qui s’était au départ illustré dans des polars pleins d’humour ("Snatch", "Rock’n’Rolla"), est passé à la vitesse supérieure – commercialement parlant – et semble aujourd’hui s’être fait une spécialité : bousiller des mythes de la littérature. Après avoir massacré Sherlock Holmes avec la complicité affligeante de Robert Downey Jr, le voici qui s’attaque à la légende du Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.

Si dans son "King Arthur", on retrouve quelques éléments de la grande saga celtique, comme l’épée Excalibur, Ritchie lorgne surtout vers l’heroic fantasy popularisée par Peter Jackson dans "Le Seigneur des Anneaux" et "Le Hobbitt". Dans son cinéma, les acteurs – qu’ils s’agissent de Jude Law ou de Charlie Hunnam – en sont presque réduits à faire de la figuration ; ce sont les marionnettes d’une mise en scène vide de sens qui multiplie les effets spéciaux tape-à- l’œil. Ici, le futur roi Arthur ressemble à un personnage de mauvais jeu vidéo, qui combat des créatures de tout poil. "King Arthur" est un grand brouet indigeste de deux heures, frénétique mais dénué de toute tension dramatique, qui fatigue la rétine et épuise la patience du spectateur. Après ce nouveau navet, on se demande avec appréhension à quel mythe littéraire Ritchie va maintenant s’attaquer… Tous aux abris !