Les critiques d'Hugues Dayez avec "It comes at night", l'horreur psychologique

Une gigantesque forêt au cœur des États-Unis. Une famille procède à l’enterrement du grand-père, victime d’une terrible infection. Ensuite elle retourne se calfeutrer dans son chalet, dont toutes les fenêtres ont été occultées. Quelle est la nature de l’épidémie qui menace la région ou, plus largement, le pays ? On ne le saura pas. Survient alors une autre famille, aux abois, qui demande de l’aide aux habitants du chalet. Récalcitrants, ceux-ci acceptent, en imposant leurs règles de vie : interdiction formelle, sous aucun prétexte, de sortir le soir…

Avec "It comes at night", le réalisateur Trey Edward Shults revient à la règle fondamentale du film d’épouvante : suggérer et ne pas montrer. Avec le déluge d’effets spéciaux rendus possibles par l’émergence des images de synthèse, cette règle avait été perdue de vue par toute une génération de réalisateurs de films d’horreur, qui se sont lancés dans une surenchère démonstrative de plus en plus inefficace, banalisant les monstres de tout poil… Ici, c’est tout l’inverse : la menace reste invisible, indistincte, et plane comme une épée de Damoclès sur tous les protagonistes de ce huis-clos. Mais pour que "It comes at night" génère un vrai climat d’angoisse, il fallait aussi soigner les rapports psychologiques entre les protagonistes, et le jeu des acteurs. Dans le rôle du pater familias qui impose les règles, l’acteur australien Joel Edgerton (qui avait réalisé l’excellent "The gift") impose une vraie présence.

Après le très réussi "Get out" sorti il y a quelques semaines, le thriller fantastique semble retrouver une forme olympique grâce à une nouvelle génération d’auteurs dans le cinéma américain indépendant, qui revient aux fondamentaux du genre.

Ce qui nous lie

Cela commence comme le retour du fils prodigue : après dix ans à avoir bourlingué autour du monde, Jean revient au pays natal, la Bourgogne. Son père se meurt, sa sœur et son frère sont en train d’essayer de reprendre le vignoble familial. Jean reste d’abord quelques jours, pour assister à l’enterrement de son père. Ensuite, il tergiverse : doit-il rester vivre dans ce domaine où il a grandi, ou doit-il essayer de renouer avec sa girlfriend anglo-saxonne dont il a eu un fils, là-bas en Australie ?

Le réalisateur Cédric Klapisch s’est imposé comme le portraitiste d’une certaine jeunesse contemporaine avec sa trilogie "L’auberge espagnole"/ "Les poupées russes"/ "Casse-tête chinois" mettant en scène un jeune homme indécis, incarné par Romain Duris. Ici, ce n’est plus Duris mais Pio Marmaï qui incarne Jean dans "Ce qui nous lie" Le décor a changé, mais la thématique reste fondamentalement la même : le portrait d’un "adulescent", d’un garçon qui n’arrive pas à perdre ses rêves d’adolescent pour devenir adulte. Et qui hésite sur le chemin à prendre.

Le problème, c’est que cette hésitation nuit à la dynamique du film qui fait "trois pas en arrière, deux pas en avant" : Klapisch alterne jusqu’à plus soif scènes de vendanges et disputes familiales sur la succession du domaine… Tout cela est bien sympathique, mais manque cruellement de force dramatique. Qui plus est, le ton "bobo/bio" du film édulcore les enjeux ; la concurrence féroce qui règne dans le monde des vignerons n’est que très vaguement esquissée. Car visiblement, Klapisch avait plutôt envie de passer du bon temps à des dégustations entre copains dans les vignobles…

47 meters down

Que serait l’été cinématographique sans un bon petit film de requins ? Voici donc "47 mètres de profondeur". Tout est dit dans le titre. Les personnages ? Deux sœurs en vacances sur la côte mexicaine ; la première vient de se faire plaquer, la seconde, pour lui remonter le moral, la pousse à vivre des sensations fortes… Justement, voilà que deux charmants garçons du cru leur proposent d’embarquer sur un rafiot qui propose d’aller observer les requins, à travers une cage sous-marine. Au début de l’excursion, tout se passe à merveille… Mais le câble qui retient la cage se rompt, et la cage descend dans l’océan. Les deux jeunes filles se retrouvent prisonnières à 47 mètres de profondeur, avec des petites bonbonnes d’oxygène et les requins qui rôdent.

"47 mètres de profondeur" est le prototype de divertissement estival à voir exclusivement sur grand écran, pour avoir le regard happé par cet environnement sous-marin angoissant… Evidemment, il ne s’agit ici que d’une efficace série B ; rien à voir avec le "Jaws" de Spielberg (qui date déjà de 1975, et qui reste pourtant le chef-d’œuvre du genre…)