Les critiques d’Hugues Dayez avec "Hope Gap", chronique émouvante d’un divorce

A la Mostra de Venise, Noah Baumbach montrait "Marriage story", magnifique drame sur la fin d’un couple, incarné par Scarlett Johansson et Adam Driver. Cette semaine, le thème du divorce est au cœur d’un splendide film anglais, "Hope gap" de William Nicholson.

Hope Gap

"Hope gap" est un lieu-dit, une crique au pied d’une falaise de craie à Seaford, petite ville côtière du sud de l’Angleterre. C’est un des endroits de promenade favoris de Jamie (Josh O’Connor, vu dans "The Crown") quand il était petit garçon. Aujourd’hui, Jamie est adulte, et revient épisodiquement rendre visite à ses parents, Grace (Annette Bening) et Edward (Bill Nighy). Lors d’une de ces visites, un week-end, son père lui fait une confidence : après bientôt 29 ans de mariage, il s’apprête à quitter sa mère. Pourquoi ? Parce qu’il n’en peut plus de faire semblant d’être heureux dans une union qu’il a toujours considérée comme une erreur. Cette décision va plonger la mère de Jamie dans un profond désarroi…

"Hope gap" parle donc du divorce d’un couple d’âge mûr, et comment l’enfant du couple va être pris en tenaille dans un conflit de loyauté. Jusqu’à ce qu’éclate l’orage, il y a peu de disputes au sein du couple. Parce qu’Andrew est Britannique jusqu’au bout des ongles : introverti, flegmatique, il a horreur du conflit et souffre en silence. Grace est tout l’inverse : volubile, enthousiaste, elle croit qu’il suffit de vouloir pour pouvoir, que l’harmonie d’un couple se construit tous les jours.

Scénariste aguerri, qui s’est frotté à tous les genres de script (de "Gladiator" à "Mandela"), William Nicholson livre aujourd’hui son œuvre la plus intime. Et le résultat est magnifique, car ses dialogues ciselés sont servis par des acteurs au sommet de leur art : Bill Nighy est parfait pour jouer la fausse impassibilité, et Annette Bening est d’une justesse absolue pour incarner la colère et la douleur de cette femme blessée. Entre ces deux géants, Josh O’Connor tire son épingle du jeu et montre qu’il faudra compter avec lui dans les années qui viennent… "Hope gap" est une délicatesse et d’une humanité bouleversantes.

Queen and Slim

En Ohio, un soir dans un snack-bar, Ernest et Angela, deux jeunes afro-américains, font connaissance. A la fin de la soirée, le garçon raccompagne la jeune fille chez elle, mais sa voiture est interceptée par un policier manifestement raciste. Le ton monte rapidement, le flic sort son revolver, Ernest tire, en état de légitime défense… Mais le duo sait qu’il n’a d’autre solution que de prendre la fuite. Pendant cette cavale improvisée, les jeunes gens découvrent avec étonnement qu’ils deviennent, malgré eux, des figures de proue pour la communauté noire qui voit, dans cette bavure policière, l’occasion de dénoncer un nouveau crime raciste.

Depuis "Bonnie and Clyde", le thème du couple en cavale fait partie des mythes du cinéma américain. Avec "Queen and Slim", la réalisatrice Melina Matsoukas, qui a signé de nombreux clips (pour Beyoncé, Jay-z…) parvient néanmoins à se démarquer des clichés. Primo, son couple n’en est au départ pas un ; c’est au cours de leur cavale qu’Ernest et Angela vont apprendre à se connaître. Secundo, contrairement à Bonnie and Clyde, ce ne sont pas des coupables mais des victimes. Tertio, ils deviennent les symboles d’un combat qui les dépasse. Ces différents éléments, joints au talent visuel manifeste de Matsoukas, permettent à "Queen and Slim" de faire la différence, et d’imprimer une vraie personnalité à un récit qui, sur le papier, ne semblait pas particulièrement original.

La bonne épouse

Alsace, fin des années 60. Paulette Van der Beck (Juliette Binoche), avec l’aide de son mari (François Berléand) et de sa belle-sœur (Yolande Moreau) tient d’une main de fer une école ménagère, soit un établissement qui enseigne à des jeunes filles d’origine modeste des cours de cuisine, de couture, bref de quoi devenir de parfaites femmes au foyer. Mais lorsque son mari meurt soudainement, Paulette découvre des dettes de jeu insoupçonnées qui mettent en péril l’école, tandis qu’à Paris, les premiers signes de Mai 68 et de l’émancipation féminine se dessinent…

Le réalisateur Martin Provost ("Séraphine", "Sage femme") trouvait la réalité des écoles ménagères suffisamment pittoresque pour vouloir en faire le sujet d’une comédie. Soit. Encore faut-il trouver la bonne alchimie qui fasse décoller son film. Hélas, il accumule les mauvais choix : autant Juliette Binoche est à l’aise dans le registre dramatique, autant elle force ici atrocement son jeu, et Noémie Lvovsky, en religieuse gardienne des dortoirs, en fait également des tonnes. L’autre problème majeur du film, c’est que son écriture hésite en permanence entre le vaudeville caricatural et l’étude de mœurs plus nuancée. Plus l’intrigue avance, plus le film se noie dans l’à-peu-près et le n’importe quoi. En termes polis, on appelle ça un ratage.

Losers Revolution

Trois copains d’enfance décident d’accomplir les dernières volontés d’un de leurs camarades de classe décédé : qu’eux, les ringards, les cibles des moqueries dans les cours de récré, prennent enfin leur revanche. Pour ce faire, ils vont tenter de "faire le buzz" en infiltrant une émission de téléréalité…

Brocarder la "reality TV", why not ? Il n’y a pas de mauvais sujet pour une comédie, tout est dans le traitement. Mais il n’y a rien à sauver dans ce "Losers Revolution", projet écrit et joué par l’animateur belge Thomas Ancora : ni la platitude vulgaire des dialogues, ni l’absence de mise en scène, ni le jeu exécrable d’Ancora et de ses complices. A aucun moment, "Losers Revolution" ne parvient à ressembler, de près ou de loin, à un long-métrage : c’est une accumulation de sketches piteux, tout juste dignes d’être postés un soir de beuverie sur Youtube. Que ce genre de sous-navet "made in Belgium" parvienne même à sortir en salles est un mystère insondable.

Hugues Dayez sur La Première