Les critiques d'Hugues Dayez avec "Guy", un faux documentaire saisissant signé Alex Lutz

Alex Lutz est "Guy"
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Alex Lutz est "Guy" - © Droits réservés

Humoriste, acteur et auteur de théâtre, Alex Lutz a son fan-club depuis ses sketches "Le revue de presse de Catherine et Liliane" sur Canal+. Au cinéma par contre, son talent est souvent mal utilisé (Sa prestation dans "Les visiteurs 3" et son rôle de Fantasio dans "Les aventures de Spirou et Fantasio" restent des échecs cinglants). Mais aujourd’hui, il crée la surprise avec son deuxième long-métrage derrière la caméra : "Guy".

Guy

"Guy", c’est Guy Jamet, un chanteur de variétés qui a connu la gloire dans les années 60 et 70 et qui continue vaille que vaille, à 70 ans, de faire des galas en province et de sortir des best of de ses anciens succès. 

Un jeune journaliste, Gauthier, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, et décide de réaliser un documentaire sur le chanteur. Celui-ci accepte, et Gauthier le suit donc à la fois dans sa tournée promotionnelle et dans sa vie privée.  Guy Jamet l’accueille dans sa villa du Sud de la France, où il vit avec sa jeune femme, une actrice de téléfilm, et avec ses chevaux, sa véritable passion. Le chanteur se livre avec sincérité devant la caméra de Gauthier – trop de sincérité, peut-être…

Servi par un maquillage exceptionnel (c’est suffisamment rare pour mériter d’être souligné), Alex Lutz incarne ce chanteur septuagénaire avec un naturel troublant. Il a travaillé subtilement sa démarche et sa voix pour se mettre dans la peau de ce "vieux beau", sorte de cousin spirituel d’Herbert Léonard ou de François Valéry. Pour que l’illusion soit parfaite, Lutz a écrit des chansons originales avec le compositeur Vincent Blanchard, des pastiches délicieux de tubes "à la manière de" et les chante avec une conviction impressionnante. Cerise sur le gâteau, des personnalités du show biz français, comme Julien Clerc, Michel Drucker ou encore Dani viennent faire une apparition dans le film… Résultat, l’illusion est parfaite : Guy Jamet existe !

Mais il serait injuste de réduire "Guy" à une performance d’acteur ou à une prouesse technique. Le film rend un hommage en définitive assez affectueux à cette génération des chanteurs populaires des années 70, souvent beaucoup plus profonds que les paroles de leurs tubes, et pas dupes du système dans lequel ils évoluent. Un César du meilleur acteur en vue pour Alex Lutz ? Ce ne serait pas volé.

Burning

Le début de ce film coréen, qui faisait partie de la compétition du dernier Festival de Cannes, est assez convenu : un jeune coursier d’origine modeste, Jongsu, tombe amoureux d’une ancienne voisine, Haemi. Leur idylle se présente bien jusqu’au jour où la jeune fille part en voyage et ramène dans ses bagages Ben, un jeune homme très fortuné. Jongsu voit l’arrivée de ce rival potentiel d’un très mauvais œil car Ben, sous des dehors très affables et cordiaux, semble s’adonner à des passe-temps illicites…

S’inspirant d’une nouvelle du grand romancier japonais Haruki Murakami, le cinéaste coréen Lee Chang-Dong ("Poetry") signe avec "Burning" un film intrigant, qui démarre comme une chronique assez anodine de triangle amoureux mais qui se mue insidieusement en thriller psychologique. Dommage que le réalisateur, très doué pour installer un climat de mystère, ne semble guère intéressé par donner des clés au spectateur pour le percer.

Katie says goodbye

Katie, jeune serveuse dans un restoroute d’une bourgade perdue du Middlewest, tient sa mère dépressive à bout de bras… Elle a un rêve pour sortir de ce marasme : partir vivre à San Francisco. Pour payer le voyage, elle économise les dollars qu’elle gagne en faisant quelques passes avec les clients du resto. Mais lorsqu’elle tombe amoureuse de Bruno, un garagiste très jaloux, sa situation se corse…

Premier long-métrage de Wayne Roberts, cette production américaine indépendante est irradiée par la présence d’Olivia Cooke. On avait déjà pu voir cette jeune actrice dans le bouleversant "Me and Earl and the dying girl", et on l’a revue récemment dans "Ready Player One" de Spielberg. Olivia Cooke insuffle à son personnage une fraîcheur et une sincérité émouvantes. Le film aurait pu tomber dans le sordide et le voyeurisme gratuit, il n’en est rien : grâce à la jeune actrice, il est pudique et touchant.