Les critiques d'Hugues Dayez avec "Green book", un savoureux face-à-face en pleine ségrégation

L'affiche de Green book
L'affiche de Green book - © DR

En 1989 sortait "Driving Miss Daisy", le récit d’une amitié improbable entre une vieille lady (Jessica Tandy) et son chauffeur afro-américain (Morgan Freeman). Dans "Green book", c’est l’inverse : le chauffeur est blanc, c’est son patron qui est noir…

Green book

En 1962, Tony Lip, videur italo-américain d’une boîte de nuit du Bronx, se retrouve pour quelques mois en chômage technique lorsque l’établissement ferme ses portes pour rénovation. Tony dégotte alors un boulot de chauffeur chez le Dr Don Shirley, pianiste virtuose qui habite au-dessus de Carnegie Hall. Par défi, Shirley a décidé de faire une tournée de concerts dans le Sud des Etats-Unis, dans les villes où la ségrégation raciale est la plus forte. Les deux hommes partent sur les routes, mais entre Tony, père de famille inculte et sans manières et Don, artiste solitaire et hautain, le dialogue n’est pas évident…

"Green book" reprend les ficelles du "road movie" et du "buddy movie" : deux types qui n’auraient jamais dû se rencontrer et qui vont faire un bout de chemin ensemble. Mais Peter Farrelly – auteur, avec son frère, de comédies comme "Mary à tout prix" - réussit à renouveler le genre avec cette étonnante histoire vraie. Viggo Mortensen parvient à faire oublier ses origines danoises et campe un Tony Lip fort en gueule très attachant. Quant à Mahershala Ali (vu dans "House of Cards" et bientôt dans le nouveau "True detective"), il incarne avec subtilité un Don Shirley qui cache sa fragilité derrière une certaine arrogance. A travers des dialogues spirituels en diable, le film raconte un étonnant périple dans l’Amérique raciste. Un bon scénario, des grands acteurs, une reconstitution d’époque impeccable, des belles répliques… Franchement, que demander de plus ? "Green book" est une pépite. Il a remporté le Golden Globe de la meilleure comédie et concourt pour cinq Oscars.

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Sibylle, mère divorcée, a cassé sa tirelire pour faire un grand voyage à cheval dans les montagnes du Kirghizistan avec son fils Samuel. Avec ce périple, elle tente le tout pour le tout, et veut renouer le dialogue avec ce garçon violent et rebelle…

Notre compatriote Joachim Lafosse adapte ici un roman de Laurent Mauvignier. On devine ses intentions : allier dans un même film l’intime et le spectaculaire, l’aventure de ces grands espaces d’Asie et le cheminement intérieur des deux protagonistes. Hélas, le film n’arrive jamais à la hauteur de ces ambitions. Voulant aller trop vite en besogne, le réalisateur de "L’économie du couple" oublie de bien présenter ses personnages, et nous livre des informations sur leur passé au compte-goutte. Faute de bien les connaître, le spectateur se désintéresse de leur sort, ayant le sentiment d’assister à une scène de ménage qui ne le concerne pas. Virginie Efira et Kacey Mottet Klein font tout leur petit possible, mais ils semblent perdus au milieu de nulle part dans un film qui ne trouve jamais ni cohérence, ni intensité. On appelle ça un ratage.

Les estivants

A la veille de retrouver sa famille pour l’été dans une somptueuse propriété du Midi de la France, Anna est désemparée ; son compagnon, juste avant son départ, prend ses distances, et elle doit malgré tout se concentrer pour retravailler le scénario de son nouveau film…

Comme actrice, Valéria Bruni Tedeschi peut parfois réserver des bonnes surprises (dans "5X2" de François Ozon, dans "Les regrets" de Cédric Kahn). Par contre, comme réalisatrice, sa façon d’utiliser la caméra pour faire sa propre psychothérapie est insupportable. Les scènes qu’elle veut drôles sont horripilantes, celles qu’elle croit émouvantes sont pathétiques. Et la brochette d’acteurs qu’elle a réunis autour d’elle dans "Les estivants" (Pierre Arditi, Valeria Golino, Noémie Lvovsky), perdue dans cette galère, n’a hélas rien à défendre.

La séquence du JT