Les critiques d'Hugues Dayez avec "Grâce à Dieu", Ozon proche du documentaire

L'affiche de "Grâce à Dieu"
L'affiche de "Grâce à Dieu" - © DR

Le 7 mars dernier, le cardinal Philippe Barbarin, figure importante de l’Eglise catholique de Lyon, était condamné à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation d’agressions pédophiles dans son diocèse. Dans son film "Grâce à Dieu", auréolé du Grand Prix du festival de Berlin, revient aux origines de "l’affaire".

Grâce à Dieu

Le film est construit comme un drame en trois actes, autour de trois victimes. Il y a d’abord Alexandre (Melvil Poupaud), la quarantaine, père de cinq enfants, né dans la bonne bourgeoisie lyonnaise, catholique pratiquant. Lors d’une conversation avec un ami, il découvre qu’il n’a pas été la seule victime des agissements du père Bernard Preynat lors d’un camp scout dans sa jeunesse. Et quand il réalise que ledit prêtre est encore en exercice, il décide de prévenir les autorités de son diocèse. Mais après plusieurs démarches infructueuses auprès du cardinal Barbarin, il décide de porter officiellement plainte. L’enquête permet alors de déterrer de nouveaux cas, dont celui de François (Denis Ménochet). Athée au tempérament bulldozer, celui-ci veut dénoncer le silence de l’Eglise dans des grandes actions médiatiques. Dans son élan, il crée "La parole libérée", asbl qui recueille sur internet les témoignages d’anciennes victimes. Parmi celles-ci, Emmanuel (Swann Arlaud), véritable écorché-vif qui n’a jamais retrouvé son équilibre après le traumatisme subi…

Trois victimes, trois profils, trois environnements familiaux différents : c’est ce que montre Ozon, dans un film axé prioritairement sur les dialogues et la vérité des faits. A un point tel que le cinéaste de "Huit femmes" et de "Jeune et jolie" abandonne son habituel ton ironique et son goût pour des images à double sens pour se mettre humblement au service de son sujet. Le talon d’Achille d’une démarche aussi neutre que celle-là, c’est un déficit d’émotion : "Grâce à Dieu" est toujours instructif, rarement émouvant. Dans une distribution éclectique et majoritairement convaincante, on retiendra la prestation, très touchante de Swann Arlaud et celle, courageuse, de Bernard Verley dans le rôle ingrat du père Preynat.

La lutte des classes

Paul (Edouard Baer), batteur dans un groupe obscur de punk-rock, anarchiste dans l’âme, vit avec Sofia (Leila Bekhti), avocate d’origine maghrébine. Ils revendent leur appartement parisien pour acheter une petite maison en banlieue, à Bagnolet, et décident d’inscrire leur petit garçon Corentin à l’école municipale. Mais l’établissement traverse des problèmes structurels et budgétaires, et plusieurs parents décident en douce de retirer leurs enfants pour aller les inscrire au collège catholique huppé du quartier. Résultat : Corentin perd petit à petit tous ses copains, et se retrouve seul Français de souche dans sa classe, entre des condisciples musulmans, arabes ou africains… Pour Paul et Sofia, c’est le dilemme : ce couple de bobos veut rester fidèle à l’école publique et aux valeurs républicaines, mais sont inquiets pour leur fiston, de plus en plus isolé et de moins en moins épanoui.

Le réalisateur Michel Leclerc, à qui l’on devait déjà les excellents "Le nom des gens" et "La vie très privée de Mr Sim", ose aborder un vrai sujet épineux – l’idéal de la mixité sociale à l’école passé à l’épreuve des faits – par le biais d’une vraie comédie. Tous ses personnages, premiers comme seconds rôles, sont bien dessinés et bien campés, et le regard de Leclerc est spirituel sans être cynique ou caricatural. Il efface avec ce film très attachant toutes les pénibles comédies franchouillardes sorties en ce début d’année.

Tea with the Dames

Maggie Smith, Judi Dench, Eileen Atkins, Joan Plowright. Si les deux premières sont devenues des stars internationales grâce au cinéma et à la télévision ( "Harry Potter" et "Downton Abbey" pour Smith, "James Bond" et "Indian Palace" pour Dench), les deux dernières sont essentiellement célèbres en Grande-Bretagne. Mais ces quatre actrices sont, à 80 ans passés, des légendes vivantes du théâtre anglais. Elles sont copines depuis des lustres, et se retrouvent volontiers chez Plowright (la veuve de Sir Lawrence Olivier) pour évoquer l’évolution du métier et le monde du spectacle.

Le réalisateur Roger Michell ("Notting Hill", "My cousin Rachel") a eu l’idée de planter ses caméras lors de ces réunions pour dresser un portrait croisé des quatre membres de cet illustre quatuor. Le résultat est délicieux, car ces comédiennes font preuve d’un humour, d’une autodérision et d’un recul terriblement rafraîchissants.  Qui plus est, A l’heure du regain des mouvements féministes avec le mouvement "Me Too", voir et écouter ces grandes dames, pionnières dans un monde artistique dominé par les hommes, raconter sans prétention aucune les difficultés de leurs riches parcours depuis plus de cinquante ans, est une véritable leçon. Thank you ladies !

Alex, le destin d’un roi

Alex, jeune adolescent de douze ans, vit modestement avec sa mère en banlieue. De son père, parti sans laisser d’adresse, il a hérité d’un livre dédicacé sur la légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde. Un soir, alors qu’il essaie d’échapper à des condisciples qui le harcèlent, il se réfugie dans un chantier désaffecté. Là, il déterre une épée plantée dans un bloc de pierre… Très vite, il découvre qu’il s’agit de l’épée magique Excalibur. Avec l’aide d’un adolescent sorti de nulle part, qui se révèle être l’enchanteur Merlin, Alex doit relever un énorme défi pour éviter l’anéantissement de son école…

A mi-chemin entre "Le club des 5" d’Enid Blyton et de "Young Sherlock Holmes" de Barry Levinson, Joe Cornish ressuscite avec "Alex, le destin d’un roi" le film d’aventures pour enfants avec dynamisme, humour et parfois même poésie. Le film n’a pas remporté un succès fracassant au box-office américain, ce qui explique sa sortie discrète chez nous, mais il constitue pourtant un divertissement familial idéal à la veille des vacances de Pâques.

Royal Corgi

Rex, nouveau corgi à Buckingham, est le petit chouchou de la Reine Elizabeth. A tel point qu’il suscite la jalousie de certains de ses congénères, qui vont ourdir un plan sournois pour l’éjecter du Palais… Perdu dans les rues de Londres, Rex, chien de salon sans défense, va connaître la dure vie des chenils sans perdre l’espoir de retrouver son Eldorado.

Le studio bruxellois NWave, précurseur en matière d’animation 3D, a enchaîné les succès commerciaux, devenant un des gagnants les plus incontestables du cinéma belge. Si le studio a toujours veillé à la qualité technique de leurs produits, il semble toujours avoir été moins regardant sur l’originalité de ses scénarios. Après "Le voyage extraordinaire de Samy" qui lorgnait allègrement vers "Le monde de Nemo", ce "Royal Corgi" exploite exactement le même canevas que "La Belle et le Clochard" des Studios Disney – scène de chenil incluse. Hélas, la copie n’arrive pas à la cheville de l’original : les personnages clichés et les dialogues d’une platitude navrante rendent ce "Royal Corgi" très peu fréquentable.