Les critiques d'Hugues Dayez avec "Downton Abbey", le film : le plaisir des retrouvailles

Downton Abbey le film
Downton Abbey le film - © DR

Entre 2010 et 2015, des millions de téléspectateurs aux quatre coins du monde ont suivi avec assiduité les six saisons de la série britannique "Downton Abbey". Aujourd’hui, quatre ans plus tard, voici qu’arrive "Downton Abbey", le film !

Downton Abbey

L’action de la série se déroule de 1912 à 1927. Robert Crawley, comte de Grantham, coule des jours heureux avec sa famille dans son château de Downton Abbey, et peut compter sur le dévouement de son majordome Carson pour mener à la baguette les domestiques du domaine. Cet équilibre harmonieux va être mis à mal par la Première Guerre Mondiale et la révolution sociale qui en résultera.

Pendant 52 épisodes, le créateur de la série – et son unique scénariste ! – Julian Fellowes va tenir en haleine les spectateurs avec une multitude d’intrigues, qui se déroulent en parallèle dans le monde des maîtres et des valets. En réalité, Fellowes n’a rien inventé ; déjà, entre 1971 et 1975, la série "Upstairs, downstairs" racontait les déboires de l’aristocratique famille Bellamy et de son petit personnel. Mais Fellowes a développé avec un esprit brillant cette idée d’observer le crépuscule d’un monde en voie de disparition - l’aristocratie britannique qui pouvait se permettre de ne pas travailler et dont l’essentiel de l’activité était le paraître et la représentation -. Le regard à la fois affectueux et ironique du scénariste, sa capacité à créer des personnages attachants et hauts en couleur, que ce soit dans les salons huppés ou dans les cuisines au sous-sol, ont permis à "Downton Abbey" de remporter un énorme succès international et une popularité inattendue aux Etats-Unis. Fellowes avait aussi réussi à conclure sa saga de façon totalement satisfaisante après six saisons.

Dans ce contexte, remettre le couvert au cinéma était un pari à risque. L’auteur, toujours seul aux commandes, a trouvé une bonne idée pour relancer la machine. Dès le début du film, la nouvelle tombe : Downton Abbey va recevoir la visite du roi George V, en tournée dans les provinces. Si le comte de Grantham accueille la nouvelle avec une certaine fierté, la révolte ne va pas tarder à gronder en sous-sol : les domestiques prennent comme un véritable affront d’être remplacés pour l’occasion par le majordome du roi et son équipe…

Une fois cette intrigue mise en place, le défi de Fellowes était d’arriver à faire exister une kyrielle de personnages dans un film de deux heures. Avec un brio incontestable, il y est arrivé. Inévitablement, certains sont plus présents que d’autres, mais l’ensemble est totalement cohérent, et procurera aux fans de la série le délicieux plaisir de retrouvailles avec des protagonistes et un univers dont ils avaient difficilement fait le deuil fin 2015. Quant à ceux qui étaient passés à côté de "Downton Abbey", ce film ne pourra pas leur servir de sésame, puisque l’action se déroule en 1927, soit après les intrigues développées dans les six saisons télévisées. En résumé, les connaisseurs sont les bienvenus ; profanes s’abstenir.

Bacurau

L’action du film se déroule dans un futur proche. Le village de Bacurau, dans la région pauvre du Nordeste brésilien, est en deuil, sa matriarche Carmelita est décédée à 94 ans. Et comme si un malheur ne pouvait arriver seul, les villageois se retrouvent coupés du monde, rayés de la carte, et vont devenir la cible d’un mystérieux commando de mercenaires.

Le cinéaste Kleber Mendonça Filho, auteur du remarquable "Aquarius", et son coréalisateur Juliano Dornelles, ont délibérément brouillés les cartes et mélangés les genres dans "Bacurau". Il y a d’abord l’envie d’évoquer les énormes disparités sociales au Brésil. Il y a ensuite le désir graphique, avec le format panoramique Panavision, de détourner les codes du western. Il y a enfin une dimension symbolique avec une pincée de science-fiction et des références à un genre typiquement brésilien, le film de cangaço, qui renvoie au banditisme dans les villages du Nordeste au début du XXème Siècle. Ce grand melting-pot donne un film qui regorge de scènes inattendues, mais dont la signification profonde restera sans doute assez opaque pour le spectateur peu connaisseur de la culture brésilienne. Cela étant, le jury de Cannes (présidé cette année, rappelons-le, par le cinéaste mexicain Alejandro Inarritu) a visiblement été sensible à l’originalité de "Bacurau" puisque le film est reparti avec le Prix du Jury.

Rambo, last blood

Est-il encore nécessaire de présenter John Rambo, le vétéran de la Guerre du Vietnam qui manie le couteau comme personne ? Dans ce cinquième volet de la célèbre saga, Rambo vit une retraite paisible dans un ranch de l’Arizona, avec une famille qu’il s’est choisie. Mais lorsque sa nièce d’adoption, franchissant la frontière, est prise dans les filets d’un cartel mexicain, le sang de l’ancien soldat ne fait qu’un tour et un ultime désir de vengeance se réveille en lui…

Sylvester Stallone a bâti sa gloire sur deux personnages, Rocky Balboa et John Rambo. Ces dernières années, il a réussi à donner un nouveau souffle à la série "Rocky" grâce à "Creed", qui lui a valu d’ailleurs le Golden Globe du meilleur acteur. Par contre, réactiver "Rambo", dix ans après sa dernière apparition, est une mauvaise idée. Ce film, qui accumule les clichés des séries B d’auto-justice, est poussif, prévisible, violent… En résumé, terriblement ringard.

La séquence du JT