Les critiques d’Hugues Dayez avec « Dolor y Gloria », enfin la Palme d’Or pour Almodovar ?

L'affiche de Dolor y Gloria
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L'affiche de Dolor y Gloria - © DR

Avec « Tout sur ma mère » présenté il y a vingt ans sur la Croisette, Pedro Almodovar était donné grand favori pour la Palme d’Or. Le jury présidé par David Cronenberg lui préféra « Rosetta » des frères Dardenne. Depuis lors, le cinéaste madrilène est revenu quatre fois en compétition, sans jamais décrocher la Palme. Son nouveau film, « Douleur et gloire », qui sort ce vendredi chez nous simultanément à sa présentation au Festival, lui permettra-t-il enfin d’être récompensé ?

Dolor y gloria

Salvador Mallo, la soixantaine, est un cinéaste reconnu mais en panne d’inspiration, déprimé par des douleurs physiques qui lui font ressentir le temps qui passe. Alors que la Cinémathèque veut lui rendre hommage en projetant la version restaurée du premier film qui l’a rendu célèbre, Salva décide de recontacter l’acteur principal de ce film, avec qui il s’est brouillé trente ans plus tôt. Lors de leurs retrouvailles, l’acteur lui propose, pour fêter ça, d’inhaler ensemble de l’héroïne. Salva accepte, y prend goût, et à la faveur de ses trips, se remémore les émotions de son enfance et va essayer de se réconcilier avec son passé…

Qu’est-ce qui est autobiographique et qu’est-ce qui ne l’est pas dans « Douleur et gloire » ? La question se pose quand on voit Antonio Banderas habillé et coiffé comme Almodovar pour incarner Salva, et habiter dans une réplique de l’appartement du cinéaste. Mais l’ex-enfant terrible de la movida de Madrid brouille délibérément les pistes, et mêle le vrai au fictif dans ce portrait mélancolique d’un cinéaste homosexuel vieillissant. Un portrait qui se révèle d’inspiration inégale : si certaines scènes sont émouvantes et originales, d’autres sont plus anecdotiques – c’est le risque encouru avec ce genre de projet qui flirte avec le nombrilisme. Mais celui qui fera l’unanimité, c’est Banderas : sa remarquable prestation, toute en retenue et en subtilité, marque son retour en force, sur les écrans et dans la compétition cannoise.

Dolor y gloria

Salvador Mallo, la soixantaine, est un cinéaste reconnu mais en panne d’inspiration, déprimé par des douleurs physiques qui lui font ressentir le temps qui passe. Alors que la Cinémathèque veut lui rendre hommage en projetant la version restaurée du premier film qui l’a rendu célèbre, Salva décide de recontacter l’acteur principal de ce film, avec qui il s’est brouillé trente ans plus tôt. Lors de leurs retrouvailles, l’acteur lui propose, pour fêter ça, d’inhaler ensemble de l’héroïne. Salva accepte, y prend goût, et à la faveur de ses trips, se remémore les émotions de son enfance et va essayer de se réconcilier avec son passé…

Qu’est-ce qui est autobiographique et qu’est-ce qui ne l’est pas dans « Douleur et gloire » ? La question se pose quand on voit Antonio Banderas habillé et coiffé comme Almodovar pour incarner Salva, et habiter dans une réplique de l’appartement du cinéaste. Mais l’ex-enfant terrible de la movida de Madrid brouille délibérément les pistes, et mêle le vrai au fictif dans ce portrait mélancolique d’un cinéaste homosexuel vieillissant. Un portrait qui se révèle d’inspiration inégale : si certaines scènes sont émouvantes et originales, d’autres sont plus anecdotiques – c’est le risque encouru avec ce genre de projet qui flirte avec le nombrilisme. Mais celui qui fera l’unanimité, c’est Banderas : sa remarquable prestation, toute en retenue et en subtilité, marque son retour en force, sur les écrans et dans la compétition cannoise.

Long shot (Séduis-moi si tu peux)

Fred (Seth Rogen) est journaliste pamphlétaire très marqué à gauche, et lorsque son journal est racheté par un magnat qu’il abhorre, il décide, bravache, de démissionner et se retrouve au chômage. Invité par un ami à un cocktail huppé, il y croise Charlotte Field (Charlize Theron), secrétaire d’état en lice pour les prochaines élections présidentielles. Leurs regards se croisent, un souvenir surgit : Charlotte, à seize ans, était la baby-sitter de Fred, alors âgé de douze ans. A la recherche d’une bonne plume pour ses discours, Charlotte décide d’enrôler Fred dans son équipe de campagne…

« Long shot » est une comédie basée sur deux vieux principes : le choc de deux mondes, et l’idylle rendue impossible par la barrière de la célébrité – ce deuxième principe était le ressort du délicieux « Notting Hill » avec Hugh Grant et Julia Roberts. Même si ce sont des vieilles ficelles, le réalisateur Jonathan Levine en tire ici le maximum d’efficacité ; le scénario de sa comédie regorge de trouvailles désopilantes, et souvent politiquement très incorrectes. Qui plus est, le duo Seth Rogen/Charlize Theron fait des étincelles : lui est savoureux en plouc doctrinaire en training, elle est irrésistible en politicienne brillante et sexy. C’est drôle, c’est charmant, c’est même parfois émouvant… Bref, c’est un régal.

Sunset

En 1913, Budapest est au centre de l’empire austro-hongrois. Une élégante jeune femme, Irisz Leiter, revient dans la ville après avoir passé son enfance dans un orphelinat suite au décès de ses parents. Irisz rêve de travailler dans le magasin de chapeau qui appartenait autrefois à sa famille, mais elle reçoit un refus poli du nouveau propriétaire. Elle réalise petit à petit qu’elle est indésirable dans la ville, car son frère – dont elle ignorait l’existence – fait partie d’une faction révolutionnaire… Ce climat politique explosif plongera bientôt l’Europe dans la Grande Guerre.

Il y a quatre ans, le cinéaste hongrois Laszlo Nemes remportait le Grand Prix du jury avec un drame saisissant, « Le fils de Saul » qui osait l’impossible, à savoir relater le quotidien d’un prisonnier juif, membre d’un Sonderkommando, unité chargée des basses besognes à Auschwitz. L’horreur du camp d’extermination était évoquée en suivant le chemin d’un seul homme, Saul. Avec un travail extraordinaire sur le son et sur le hors-champ, Nemes éveillait tous les sens et toute l’imagination du spectateur pour faire ressentir l’abomination de l’entreprise nazie.

Dans « Sunset », Nemes change de sujet mais pas de style : une nouvelle fois, sa caméra s’attache à un seul personnage, ne quitte pas Irisz d’une semelle, la suit dans ses déambulations dans la haute société comme dans le monde interlope des conspirateurs. Et ici encore, le travail du son, très sophistiqué, veut évoquer la violence plus que la montrer. Si ce style fascine encore au début de « Sunset », il ne tarde pas à lasser, ressemblant cette fois plus à un procédé mécanique qu’à une inspiration véritable. Après le triomphe cannois pour « Le fils de Saul », ce fut plutôt la douche écossaise pour Laszlo Nemes à la dernière Mostra de Venise où, après un accueil critique majoritairement peu enthousiaste, le film est reparti bredouille de la compétition.