Les critiques d'Hugues Dayez avec "Docteur ?", le retour gagnant de Michel Blanc dans une comédie

L'affiche de "Docteur ?"
L'affiche de "Docteur ?" - © DR

Alors que certains de ses anciens compères du Splendid accumulent les navets (Thierry Lhermitte dans "Joyeuse retraite", Christian Clavier dans "Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?"), Michel Blanc revient dans une comédie qui se révèle une bonne surprise.

Docteur ?

C’est le réveillon de Noël à Paris. Serge (Michel Blanc) est le seul médecin de garde ce soir-là. Désabusé, peu scrupuleux, il enchaîne les visites jusqu’au moment où sa voiture entre en collision avec Malek, un coursier Uber. Serge a sa sciatique qui se réveille, il se déplace de plus en plus difficilement… Mais il doit finir la nuit. Alors il imagine un stratagème : il envoie Malek, armé d’une oreillette, chez ses patients, et va téléguider ses gestes le mieux possible. Malek est un garçon de bonne volonté, mais il ne connaît rien à la médecine.

Ce "pitch" vous rappelle quelque chose ? En juin 2011, un reportage du JT de la RTBF enflammait la toile : l’histoire d’un médecin d’Estaimpuis qui, fatigué, avait envoyé sa compagne à sa place soigner une patiente (Cette séquence, intitulée "Dr J’vais dire" a été visionnée plus de 500.000 fois sur YouTube). Le réalisateur français Tristan Séguéla connaît bien sûr cette célèbre séquence, mais son film prend rapidement une direction différente.

La réussite de ce genre de comédie repose sur l’alchimie du duo d’acteurs choisis. Dans le rôle de Serge, Michel Blanc ne déçoit pas, imposant un personnage dont le je-m’en-foutisme cache une blessure non cicatrisée. Mais la vraie surprise du film, c’est Hakim Jemili, dont c’est le premier rôle au cinéma. Cet humoriste, auteur de séquences vidéo, impose une "vis comica", un talent humoristique très naturel : il joue Malek comme un grand empoté immédiatement sympathique. Le réalisateur Tristan Séguéla, armé de cet excellent duo, a l’intelligence de filmer sobrement les situations qu’il a bien mis en place, sans vouloir tomber dans la caricature. Autrement dit, parce qu’il reste assez réaliste, il ne force pas les rires, il les laisse éclore, tout comme l’émotion qui pointe en cours de route… Bref, une jolie surprise.

Instinct

Nicoline (Carice Van Houten, vue dans "Games of Thrones") est psychologue, membre d’une équipe qui travaille avec une institution pénitentiaire. Elle doit prendre en charge le cas d’Idris (Marwan Kenzari, le Jafar de "Aladdin" (!)), délinquant sexuel, pour évaluer ses aptitudes éventuelles à une réinsertion. Malgré les avis favorables de ses confrères, Nicoline se méfie : Idris est trop charmeur, trop effronté pour que ses efforts de bonne conduite ne cachent pas des intentions malsaines…

La réalisatrice hollandaise Halina Reijn signe avec "Instinct", un thriller psychologique qui explore à la fois le désir et la manipulation. Grâce à une bonne direction d’acteurs, elle parvient à imposer un suspense dramatique qui tient en haleine. Ce n’est pas puissamment original – l’influence du mode d’écriture anglo-saxon est évidente - mais au moins, c’est efficace.

Lola vers la mer

Lola, jeune fille transgenre de dix-huit ans, espérait l’aide financière de sa mère pour payer l’opération qui devait lui permettre d’être pleinement femme. Hélas pour elle, sa maman meurt, et son père, qui l’a répudiée depuis sa transformation, ne l’a même pas prévenue du déroulement des obsèques. Ivre de douleur, Lola débarque pendant la cérémonie, et les retrouvailles avec son père sont explosives. Néanmoins, pour respecter la mémoire de la défunte, ils vont malgré tout faire route ensemble vers la côte belge pour répandre ses cendres…

On voit très vite les bonnes intentions du réalisateur belge Laurent Micheli. On voit aussi ses influences/influences : image carrée comme dans "Mommy" de Xavier Dolan, générique flashy à la Gregg Araki… Mais rien ne fonctionne dans "Lola vers la mer", à commencer par le casting. Dans le rôle du père bourru, enfermé dans ses certitudes de petit commerçant, Benoît Magimel n’est pas du tout crédible, il aurait fallu un Olivier Gourmet ou un François Damiens pour que ça fonctionne. Et dans celui de Lola, la jeune transgenre Mya Bollaers joue en permanence sur le même registre énervé, peu aidée par des dialogues d’une platitude atterrante.

A travers ce road movie (où le trajet de Bruxelles à la Vlaamse Kust, soit dit en passant, semble durer une éternité), Micheli voulait donner une grande leçon de tolérance et ouvrir le dialogue. Il accumule hélas les clichés dramatiques et les maladresses d’écriture.