Les critiques d’Hugues Dayez avec "David Copperfield", une redécouverte de Dickens

Après avoir signé une brillante satire politique, "La mort de Staline" il y a trois ans, le réalisateur et scénariste britannique Armando Iannucci s’est attaqué à un grand classique de la littérature anglaise, "David Copperfield" de Charles Dickens.

The personal history of David Copperfield

David Copperfield, orphelin de père, voit son futur s’assombrir lorsque sa mère se remarie avec un homme dur et cruel qui l’envoie travailler en usine… Mais sa détermination à s’en sortir est grande, et grâce à de nombreuses rencontres, tantôt bienheureuses, tantôt pittoresques, le jeune garçon va arriver à prendre son destin en mains.

De Charles Dickens, on garde l’image d’un univers assez mélodramatique et misérabiliste du fait des nombreuses adaptations cinématographiques d’"Oliver Twist". Or, Armando Iannucci a l’immense mérite de rappeler l’imagination foisonnante du grand romancier, sa capacité de passer avec aisance du tragique au comique, grâce à une galerie de personnages formidables : "David Copperfield", c’est à la fois un roman d’apprentissage et un récit d’aventures picaresques. Pour rendre justice à la richesse du roman dans un film de deux heures, Iannucci a compris que tous les personnages sans exception devaient être campés par des acteurs de composition de premier ordre, capables de s’imposer à l’écran en quelques secondes. L’idée initiale de confier le rôle de Copperfield au jeune comédien d’origine anglaise Dev Patel ("Slumdog Millionaire", "Indian Palace", "Lion"), pour surprenante qu’elle soit, s’avère excellente. Face à lui, des pointures comme Tilda Swinton ou Hugh "Dr House" Laurie s’en donnent à cœur joie. Ajoutons à cela un travail titanesque des chefs décorateurs et costumiers pour faire de cette adaptation un ravissement visuel de tous les instants… Good heavens, what a gem !

 

La Daronne

En argot, la Daronne, ça désigne la mère, la patronne… Adapté du roman éponyme de l’avocate pénaliste Hannelore Cayre, le film montre le travail au quotidien de Patience, interprète judiciaire franco-arabe au service de la Brigade des Stups de Paris. Patience se débat avec des difficultés financières, devant financer l’hébergement de sa mère en Ehpad. Lors d’une écoute téléphonique de jeunes trafiquants de drogue, germe en elle l’idée d’intercepter une livraison et de se muer elle-même en dealeuse

On comprend qu’un tel personnage ait tenté Isabelle Huppert, actrice boulimique de nouveaux défis et de nouvelles expériences – ici, apprendre phonétiquement l’arabe pour incarner une interprète crédible. Là où le bât blesse, c’est que le projet, à mi-chemin entre le polar et la comédie, est tombé dans les mains de Jean-Paul Salomé, réalisateur qui n’est réputé ni pour sa finesse d’approche ni pour sa maestria de mise en scène (souvenons-nous du piteux "Belphégor" avec Sophie Marceau et de l’encore plus désastreux "Arsène Lupin" avec Romain Duris)… Résultat : "La Daronne" ressemble plus à un épisode de série télévisée du niveau de "Julie Lescaut" qu’à un film de cinéma vif et enlevé. Reste à saluer l’éclectisme d’Huppert – qui reste néanmoins plus convaincante quand elle est dirigée par un grand cinéaste comme Haneke que par Salomé.

 

la séquence JT