Les critiques d'Hugues Dayez avec "Corpus Christi", portrait choc d'un imposteur

Corpus Christi, du réalisateur Jan Komasa
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Corpus Christi, du réalisateur Jan Komasa - © DR

Un peu occulté par le triomphe de "Parasite", le film polonais "Corpus Christi" était, cette année, un des cinq films sélectionnés pour l’Oscar du meilleur film étranger, après avoir été repéré à Venise et à Toronto. Il sort cette semaine, et c’est une véritable claque.

Corpus Christi

Au début du film, on découvre Daniel, un jeune voyou qui, dans une maison de correction, a développé une complicité avec le père Tomasz, le prêtre du centre. A sa libération, Daniel exprime son désir d’entrer au séminaire, mais son mentor lui explique qu’avec son CV de criminel, il ne sera jamais accepté. Attendu comme ouvrier dans la scierie d’un petit village, le garçon ne s’y présente pas et se réfugie dans l’église. Là, interrogé par une villageoise, il se déclare prêtre (car il a subtilisé une soutane dans ses bagages). De fil en aiguille, Daniel être amené à remplacer le vieux curé malade du village… L’habit fera-t-il le moine ? Toujours est-il que l’ex-délinquant va prendre son rôle très au sérieux.

Dans un pays où l’emprise de la religion catholique reste déterminante, le réalisateur Jan Komasa et le scénariste Mateus Pacewicz signent avec "Corpus Christi" un suspense dramatique d’une force et d’une intelligence rares. En filmant le parcours d’un imposteur qui va se prendre au jeu et, par sa force de conviction, bouleverser les cartes et secouer les hypocrisies et les rancœurs d’une petite communauté provinciale, ils livrent une réflexion profonde sur la différence entre la foi et les rites, et sur le poids de la religion comme facteur ambigu de cohésion sociale. Dans le rôle de Daniel, le jeune Bartosz Bielenia livre une prestation incroyablement habitée, totalement inoubliable – et d’ailleurs primée dans plusieurs festivals internationaux. "Corpus Christi" s’impose comme un des films les plus marquants de cette année.

L’enfant rêvé

Depuis son enfance, François (Jalil Lespert) connaît un seul univers, celui des forêts du Jura ; il a grandi dans la scierie familiale, qu’il a reprise et redressée. Mais aujourd’hui, son stress grandit car la conjoncture est mauvaise et il se retrouve étranglé par les dettes. Parallèlement, sa femme Noémie (Mélanie Doutey), fatiguée de ses tentatives infructueuses pour avoir un enfant, veut le convaincre de se lancer dans des démarches d’adoption. C’est dans ce contexte tendu que François ressent un coup de foudre pour une de ses clientes, Natacha (Louise Bourgoin), jeune mère de famille… Le coup de foudre est réciproque. Mais pour François, comment vivre cette liaison alors que tout le ramène à son univers familial ?

Le réalisateur et scénariste Raphaël Jacoulot n’a pas jusqu’ici connu de succès commercial, mais il avait déjà signé deux drames psychologiques très réussis, "Avant l’aube" avec Jean-Pierre Bacri (digne des meilleurs Simenon), et "Coup de chaud" avec Jean-Pierre Darroussin et Grégory Gadebois. Deux bonnes raisons de s’intéresser à "L’enfant rêvé". Mais ce nouveau long-métrage ne convainc qu’à moitié. Le scénario souffre de quelques invraisemblances (comment, par exemple, ce patron de scierie surchargé de travail et complètement sous pression parvient-il, dans cet univers rural restreint et confiné, à vivre sa liaison comme si de rien n’était, ou presque ?), de quelques chutes de rythme aussi… Et si Jalil Lespert parvient souvent à faire ressentir la douleur du dilemme dans lequel s’enfonce son personnage, le jeu de Louise Bourgoin manque parfois un peu d’épaisseur pour exprimer la fièvre amoureuse de Patricia. Ces points faibles rendent "L’enfant rêvé" hélas un peu bancal.

Mon grand-père et moi

Peter, 10 ans, vivait des jours heureux avec sa petite sœur dans la maison familiale, jusqu’au jour où ses parents lui demandent de céder sa chambre à son grand-père qui, depuis son récent veuvage, est incapable de vivre seul. Voilà Peter relégué au grenier, furieux, et qui va fomenter avec ses copains des plans diaboliques pour décourager "Grandpa" et le déloger de là vite fait ! Mais le grand-père va s’avérer plus coriace que prévu… Entre les deux, la guerre est déclarée.

"Mon grand-père et moi" s’inscrit dans un genre surexploité par Hollywood, la comédie familiale gentiment féroce et, en réalité, lisse et tous publics. Si dans "Meet the fockers", Robert De Niro incarnait un savoureux beau-père face à Ben Stiller, il est ici carrément pathétique dans le rôle de Grandpa. Tout est téléphoné, surligné, mal réalisé dans ce film signé (?) par Tim Hill (connu surtout pour son travail sur "Bob l’éponge"). Et quelle tristesse de voir une Uma Thurman botoxée jouer les utilités dans le rôle inconsistant de la mère de famille, et l’immense Christopher Walken cachetonner en vieux copain de Grandpa. Penser que De Niro et Walken, partenaires dans le grand classique "Deer Hunter", se retrouvent ici à cabotiner en vieux papys récalcitrants, c’est carrément déprimant pour les cinéphiles.

Relic

Kay (Emily Mortimer, révélée par "Matchpoint" de Woody Allen) et sa fille Sam sont affolées : leur mère et grand-mère Edna a disparu de son domicile, où elle vivait seule depuis plusieurs années. Kay quitte son travail à Melbourne pour rejoindre cette vieille masure dans la forêt, et pour répondre aux interrogatoires de la police. C’est alors qu’Edna réapparaît, comme par enchantement, mais elle n’a aucun souvenir de ce qui a pu lui arriver… Kay et Sam restent à son chevet, mais la vieille femme apparaît revêche et lunatique. Sont-ce les prémices de la maladie d’Alzheimer ou les indices d’un mal plus mystérieux ?

Avec cette production australienne, on devine l’ambition de la jeune réalisatrice Natalie Erika James : réaliser un film d’horreur où les non-dits, le climat psychologique lourd entre ces trois femmes de génération différente génère un malaise diffus et grandissant. Pari plutôt bien tenu dans la première partie de "Relic", mais qui s’effrite au fur et à mesure que la réalisatrice sacrifie de plus en plus à des effets granguignolesques hélas assez convenus. Le film aurait sans doute fait un malheur au BIFFF… Mais sans doute uniquement au BIFFF.