Les critiques d'Hugues Dayez avec "Chez nous", le Front National vu par Lucas Belvaux

L'affiche de "Chez nous"
L'affiche de "Chez nous" - © DR

Pauline (Emilie Dequenne) est infirmière à domicile dans un petit bourg du Nord. Mère célibataire de deux enfants, fille d’un ancien ouvrier au chômage et militant communiste, Pauline se dévoue sans compter pour ses patients et sa famille. Le médecin local, le Dr Berthier (André Dussollier), qui connaît bien Pauline, lui propose de se présenter comme tête de liste aux prochaines élections municipales… De quelle liste ? Celle du Bloc Patriotique, un parti d’extrême-droite qui tente de se donner une allure respectable et de lisser son discours pour ratisser encore plus large. Pauline, désireuse de sortir sa ville du marasme social dans laquelle elle est plongée, se laisse convaincre… Sans pleinement mesurer les conséquences de son geste.

Le propos de notre compatriote Lucas Belvaux est sans équivoque : dans "Chez nous", il entend mettre en lumière un des phénomènes les plus inquiétants de ces dernières années en France, la banalisation du Front National. La première partie de son film est très réussie : Dussollier campe un faux-jeton qui a toutes les apparences d’un "honnête homme" et qui embrigade Pauline (Dequenne est impeccable dans le rôle) avec les arguments adéquats. Mais une fois la jeune femme prise dans les filets du parti, Belvaux semble un peu hésiter sur la direction à prendre avec son scénario. Un personnage secondaire – le petit ami de Pauline, ancien militant d’un groupuscule fasciste qui essaye d’occulter son passé – prend trop de place dans l’intrigue, jusqu’à faire passer notre héroïne au second plan. En résumé, la démarche de Belvaux est intéressante et courageuse, mais "Chez nous" ne tient hélas pas toutes ses promesses.

T2 Trainspotting

En 1996, déboulait sur les écrans "Trainspotting" de Danny Boyle. Ce portrait de groupe d’une bande de jeunes écossais qui trompaient leur ennui en s’adonnant aux drogues dures, filmé dans un style nerveux, dominé par le charisme d’Ewan Mc Gregor, et rythmé par une B.O comprenant les groupes les plus en vogue de la pop anglaise, remporta un succès phénoménal et devint rapidement un film-culte pour toute une génération…

Vingt ans plus tard, on retrouve à l’écran le quatuor d’origine, avec les mêmes acteurs. Mark Renton (McGregor), après un long exil, revient dans sa ville natale d’Edimbourg. Avant de partir, il avait joué un tour de cochon à ses copains, filant avec une mallette de livres sterling, butin collectif d’un trafic de drogues. Les retrouvailles entre Mark, "Bad Boy", Spud et le caïd de la bande, Begbie, se révèlent dès lors difficiles et pleines de surprises – bonnes et mauvaises…

La tentation était forte pour Danny Boyle de retravailler avec la dream team qui lui a valu son premier hit international : les quatre acteurs, le romancier Irvine Welsh, le scénariste John Hodge. Mais, passé le plaisir de retrouver Mark et sa bande, l’intérêt de ce "T2 Trainspotting" s’émousse hélas très vite. Car l’intérêt de ces retrouvailles reste anecdotique, il manque au film un enjeu, une urgence qui faisait la saveur du tome 1. Le style visuel de Boyle reste bondissant, les acteurs semblent encore s’amuser, mais rien n’y fait : "T2 Trainspotting" est un film superflu. Bref, cette suite a vraiment tout d’une fausse bonne idée.

Patients

Ben, jeune basketteur victime d’un grave accident, se retrouve alité dans un centre de rééducation. Pendant un an, il va concentrer tous ses efforts à retrouver le plus possible sa mobilité, mais le découragement guette toujours, tant le moindre geste est difficile. Dans le centre, Ben sympathise avec ses "compagnons de galère" …

Le chanteur de slam Grand Corps Malade passe derrière la caméra, aidé par Mahdi Idir, pour raconter sa propre histoire. On pouvait craindre un récit nombriliste et pleurnichard, il n’en est rien : Pablo Pauly, qui incarne Ben, insuffle au personnage un humour pince-sans-rire, et plusieurs de ses partenaires se révèlent très attachants. La mise en scène, sans esbroufe, se concentre modestement sur l’évolution de Ben et de ses camarades. Une bonne surprise.

20th Century woman

Santa Barbara, 1979. Dorothea, la cinquantaine, mère célibataire, ne sait plus trop comment élever son fils adolescent, Jamie. Histoire de "rester dans le coup", elle se fait épauler par deux complices : Julie, une jeune voisine de 17 ans qui abandonne souvent son propre domicile familial pour passer les nuits avec Jamie (sans vouloir pour autant coucher avec lui) et Abbie, une locataire plutôt punk qui éveille le garçon aux "nouvelles tendances" …

"20th Century Woman" de Mike Mills est l’exemple-type du film indépendant américain: humour aigre-doux, personnages marginaux, évocation des bouleversements de l’Amérique (ici, en l’occurrence, la chute de Jimmy Carter). L’effet de surprise est ailleurs: dans le casting formidable – Annette Bening, trop rare sur les écrans, est une fois de plus magnifique, bien entourée par Elle Fanning et Greta Gerwig – et dans l’écriture, toujours subtile et souvent émouvante.