Les critiques d'Hugues Dayez avec "Capharnaüm", l'émotion du Festival de Cannes

L'affiche de "Capharnaüm"
L'affiche de "Capharnaüm" - © DR

A l’issue de sa projection cannoise, nombreux étaient les festivaliers à pronostiquer la Palme d’Or pour "Capharnaüm". Le soir du palmarès, la cinéaste libanaise Nadine Labaki a dû se contenter d’un modeste Prix du Jury. Mystère des délibérations…

Capharnaüm

"Capharnaüm" débute par une scène intrigante et dont la portée est symbolique : dans un tribunal à Beyrouth, Zain, âgé de douze ans, attaque ses parents en justice. Le juge le questionne : "Pour quel motif ?" Réponse du petit garçon : "Pour m’avoir mis au monde". Commence alors un long flashback pour comprendre pourquoi Zain en est arrivé à faire la guerre contre ses parents. On découvre des adultes irresponsables, qui multiplient les enfants sans avoir les moyens de les nourrir et de les élever convenablement. Zain quitte ce foyer sans amour pour tenter, dans la rue, de se construire un nouveau destin…

Après un premier film très réussi ("Caramel") et un deuxième moins ("Et maintenant, on va où ?"), Nadine Labaki change de style et épouse un style quasi documentaire pour dresser ce portrait saisissant de l’enfance défavorisée. Zain Alrafeea, authentique gamin des rues, crève l’écran. Parce qu’il ne cabotine pas comme trop d’enfants-acteurs… Et pour cause, Zain ne joue pas la comédie ; les situations dans lesquelles le plonge Labaki, il les connaît. La cinéaste a bâti un canevas pour son film, et a ensuite accumulé des heures de rushes pour tourner des scènes sur le vif, pour capter au plus près les réactions des enfants des rues et des acteurs non professionnels. C’est cette véracité, cette caméra qui épouse le regard d’un enfant qui rendent son film si bouleversant. Certes, elle n’évite pas quelques maladresses ou quelques longueurs, mais quelle importance ? Son film a la sincérité d’un cri, et la beauté du regard sombre et déterminé de Zain.

Widows

En quelques films ("Hunger", "Shame", "Twelve years a slave"), le réalisateur britannique Steve McQueen s’est imposé comme un auteur dans le cinéma américain. Pour son nouveau film, il s’est inspiré d’une mini-série anglaise qui l’avait marqué dans les années 80 : "Widows", écrit par Linda LaPlante (créatrice de la fabuleuse série "Prime Suspect" avec Helen Mirren).

L’argument est le suivant : quatre femmes, qui ne se connaissent pas ou très peu, se retrouvent veuves lorsque leurs maris, associés, ont péri dans un hold-up qui a mal tourné. Or ceux-ci ont laissé derrière eux une énorme dette envers des malfrats qui, évidemment, réclament leur dû. Après un moment d’effroi, les quatre veuves se retroussent les manches, et vont monter elles-mêmes un hold-up pour trouver l’argent…

Dans son remake, McQueen transfère l’intrigue à Chicago et y greffe des préoccupations socio-politiques ; en toile de fond, il décrit les tensions raciales au cours d’une campagne électorale où, bien sûr, tous les coups sont permis. Cela enrichit son film, certes, mais cela atténue aussi son efficacité : là où on pouvait espérer un récit haletant, "Widows" suit un chemin parfois inutilement sinueux, dans lequel McQueen multiplie des scènes d’atmosphères pas indispensables. Comme si l’homme s’emparait d’un genre, le polar, mais voulait à tout prix y apporter sa "griffe" auteuriste… Reste, comme souvent dans ce genre de production, un casting haut de gamme, dominé par Viola Davis et le vétéran Robert Duvall.

Sauver ou périr

Franck n’a qu’un rêve : gravir les échelons au sein des Sapeurs-Pompiers de Paris. Il vit avec sa femme et ses deux jumelles dans un appartement au sein de la caserne ; l’avenir semble lui sourire. Mais lors d’un incendie dans un entrepôt, il se sacrifie pour sauver des collègues et en sort grièvement blessé, partiellement défiguré. Dans un hôpital parisien, après un long coma, il réalise que sa revalidation va être longue… Mais surtout, comment faire le deuil de ce métier qu’il aimait tant ?

Pierre Niney incarne Franck avec une motivation et un investissement qui force le respect. Mais malgré son talent et sa bonne volonté, il ne parvient pas à faire de "Sauver ou périr" un grand film. Car le réalisateur Frédéric Tellier enchaîne les clichés ; la première partie de son long-métrage ressemble à une vidéo d’entreprise à la gloire des pompiers de Paris, la seconde à un film éducatif sur les services de revalidation des hôpitaux. Son récit est linéaire, totalement prévisible. Face à un tel déficit fictionnel, on aurait préféré un bon documentaire sur le travail au quotidien des pompiers aujourd’hui, ç’aurait été plus instructif.

Le Grinch

"How the Grinch stole Christmas", paru en 1957 et signé Dr Seuss, est devenu un classique de la littérature enfantine aux Etats-Unis. Le Grinch, créature verdâtre et solitaire, entend bien gâcher le Noël des habitants de Chouville… Après une adaptation de ce conte en film "live action" par Ron Howard avec Jim Carrey dans le rôle-titre en 2000, les studios Illumination ("Moi, moche et méchant") proposent aujourd’hui une version animée en images de synthèse. Riche idée : malgré ses soixante ans, l’histoire du Dr Seuss reste savoureuse et se prête très bien à un traitement en animation. Dans la version française, c’est Laurent Laffitte qui prête sa voix au Grinch, et c’est très réussi… Vous cherchiez un bon divertissement familial pour le mois de décembre qui arrive ? Vous l’avez.

Robin Hood

On ne compte plus les adaptations au cinéma de la légende de celui qui volait les riches pour donner aux pauvres… Dans cette nouvelle version produite par Leonardo DiCaprio, Robin des Bois est incarné par Taron Egerton, révélé par "Kingsman". L’option est clairement de dépoussiérer le mythe pour en donner une version "jeune" ! Dommage que "jeune" soit synonyme de "débile" : ce "Robin Hood" multiplie les anachronismes et les scènes d’action invraisemblables, à tel point qu’on se pose la question : pourquoi s’emparer d’un univers classique si c’est pour le piétiner à ce point ? Pitoyable.