Les critiques d'Hugues Dayez avec "Beautiful boy", le premier film américain de Felix Van Groeningen

Les critiques d'Hugues Dayez avec "Beautiful boy", le premier film américain de Felix Van Groeningen
Les critiques d'Hugues Dayez avec "Beautiful boy", le premier film américain de Felix Van Groeningen - © DR

Avec "The Broken Circle Breakdown", le cinéaste flamand Felix Van Groeningen avait décroché une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger. Au lieu de céder aux sirènes hollywoodiennes, le réalisateur est d’abord revenu en Belgique tourner un projet qui lui tenait à cœur ("Belgica") pour ensuite repartir aux USA pour développer "Beautiful boy" avec Amazon Studio, qui sort ce mercredi sur nos écrans.

Beautiful boy

Pout ce projet, Van Groeningen s’est inspiré de deux livres de souvenirs, écrits par un père, le journaliste David Sheff, et son fils Nic. David a eu Nic d’un premier mariage, il a ensuite deux autres enfants avec sa seconde femme. Pour des raisons non expliquées dans le film "Beautiful boy", on découvre que David a obtenu la garde quasi exclusive de Nic pendant toute son enfance. A l’écran, on découvre un père aimant et attentionné, qui nourrit une belle complicité avec son fils aîné. Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’il découvre, au sortir de l’adolescence de Nic, que celui-ci est devenu un "drug addict", en particulier de la méthamphétamine, qui provoque des ravages.

"Beautiful boy" raconte un double calvaire. D’abord celui de David, qui souffre de sentir son amour totalement impuissant à sortir son fils de l’impasse. Ensuite, celui de Nic, incapable de suivre une cure de désintoxication efficace, en permanence tiraillé entre le manque et la honte de décevoir son père. Van Groeningen évite de sombrer dans le mélodrame dégoulinant, et s’il réussit cette prouesse, c’est grâce à son écriture et sa mise en scène pudiques, mais aussi et surtout grâce à l’excellence de son duo d’acteurs.

Steve Carell prouve une fois de plus – si besoin en était – qu’il est un des plus grands acteurs de composition d’aujourd’hui, il campe un père à la fois dévasté et pétri d’humanité. Quant au jeune Timothée Chalamet, révélé au printemps dernier avec sa nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour "Call me by your name", il montre une maîtrise impressionnante dans le rôle de ce fils hypersensible et manipulateur malgré lui – un rôle qui, comme tous les rôles d’alcoolique ou de drogué, est un vrai piège, qui peut entraîner les acteurs à surjouer dangereusement.. Chez Chalamet, il n’en est rien -. Grâce au duo Carell/ Chalamet, "Beautiful boy" laisse une émotion profonde et durable chez le spectateur.

Millenium, The Girl in the spider’s web

En 2005, la trilogie "Millenium" de Stieg Larsson a lancé la vague des polars scandinaves et a imposé chez des millions de lecteurs le personnage de Lisbeth Salander, pirate informatique surdouée, atteinte du syndrome autistique d’Asperger, jeune femme au look punk/gothique et au caractère bien trempé. Le premier roman a été adapté deux fois au cinéma, révélant Noomi Rapace da  ns la version suédoise, et ensuite Rooney Mara dans la version américaine signée David Fincher. Le succès de celle-ci n’ayant pas été assez imposant au box-office, la production d’une suite est alors restée en suspens. Aujourd’hui, après sept ans de léthargie, "Millenium" renaît de ses cendres au cinéma avec "The girl in the spider’s web".

Curieusement, le film n’est l’adaptation ni du tome 2 ni du tome 3 de feu Stieg Larsson, mais bien du tome 4, écrit par David Lagercrantz – qui avait pourtant essuyé des critiques féroces des fans de "Millenium" à sa sortie en 2015. Dans ce nouvel épisode, Lisbeth Salander va devoir récupérer un logiciel qui permet de prendre le contrôle d’armes nucléaires, un logiciel convoité par une mafia aussi obscure que puissante…

Cette fois, c’est l’Anglaise Claire Foy (révélée par la série "The Crown") qui incarne la célèbre "hackeuse". Elle ne démérite pas, mais elle incarne physiquement une version bien moins "dark" de Salander que les actrices précédentes, comme si les producteurs voulaient proposer une version "soft" du personnage pour ne pas effrayer une frange du public potentiel. L’autre problème du film, c’est son scénario, qui réduit l’intrigue à un banal film d’action avec son lot de courses-poursuites. Résultat : il ne reste plus grand-chose de la complexité originelle du personnage de Lisbeth, réduite ici à un profil de "super-héroïne", capable des cascades les plus invraisemblables (et ne parlons même pas de son syndrome d’Asperger, ici totalement passé à la trappe). Heureusement pour lui, Stieg Larsson n’est plus là pour assister à la trahison de son univers.

Mauvaises herbes

Dans son premier film, "Nous trois ou rien", l’humoriste Kheiron racontait son parcours et celui de ses parents, immigrés iraniens, pour s’accoutumer à la culture française. Le film n’était pas exempt de maladresses, mais touchait par sa sincérité et son humour truffé d’autodérision. Aujourd’hui, Kheiron arrive avec une nouvelle comédie, "Mauvaises herbes".

 Il y incarne Waël, un magouilleur à la petite semaine qui monte des arnaques avec la complicité d’une senior, incarnée par Catherine Deneuve. Un jour, une arnaque tourne mal et, pour éviter d’être dénoncé à la police, Waël se retrouve animateur d’un stage d’été avec des adolescents en décrochage scolaire. Lui-même qui n’est pas un modèle de garçon bien éduqué va devoir regorger de trésors d’ingéniosité pour capter l’attention de ces enfants laissés-pour-compte…

Sur un canevas a priori très éculé (souvenons-nous de "Blackboard jungle" avec Sydney Poitier ou d’"Esprits rebelles" avec Michelle Pfeiffer), Kheiron parvient à signer une comédie attachante. D’abord parce que son sens du dialogue – c’est un roi de l’impro sur les scènes parisiennes – fait mouche. Ensuite parce que c’est un scénariste généreux ; il a pensé à étoffer tous les rôles, et pas seulement le sien. "Mauvaises herbes" est pétri de bonnes intentions, mais arrive à ne pas sombrer dans la mièvrerie. Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est une agréable surprise.

Climax

Dans une grande salle perdue au milieu de nulle part, un groupe de danseurs répète une dernière fois une ambitieuse chorégraphie et compte bien célébrer la fin de l’aventure par une gigantesque party. Mais derrière la belle entente artistique, les rivalités et les jeux de séduction couvent. La sangria coule à flot… Mais qui donc a versé des substances illicites dans ledit breuvage ? La drogue ne tarde pas à faire son effet, les inhibitions disparaissent, les pires instincts se réveillent dans ce huis-clos où tout est permis.

Gaspard Noé n’en est pas à son coup d’essai : "Love", film de sexe en 3D, "Irréversible", filmage d’un viol en temps réel (avec Monica Bellucci),  "Enter the void", chronique planante d’un esprit décédé dans les limbes… Tous ses films, d’une incommensurable prétention, se veulent des "trips cinématographiques", des expériences sensorielles inédites et subversives. "Climax" ne change pas la donne. Mais derrière ses effets de manche et ses coquetteries de style, Noé n’a hélas rien à dire. Malgré cela, un petit cénacle de critiques parisiens reste hypnotisé par ses tours de passe-passe, et le consacrent comme un auteur avec un grand A. Si ça les amuse…