Les critiques d'Hugues Dayez avec "Babyteeth" ("Milla"), une pépite venue d'Australie

Babyteeth, le film de Shannon Murphy
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Babyteeth, le film de Shannon Murphy - © DR

Cet automne, plusieurs films dont la sortie a été reportée à cause du confinement vont enfin débouler dans les salles de cinéma. C’est le cas cette semaine de "Babyteeth", très remarqué à la Mostra de Venise 2019.

Babyteeth (Milla)

Milla, adolescente, écolière bien sage, est atteinte d’une maladie incurable et n’en a plus que pour quelques mois à vivre. Elle tombe amoureuse de Moses, un garçon plus âgé qu’elle, séduisant voyou, dealer menant une vie de bâton de chaise. Les parents de Milla voient cette idylle d’un très mauvais œil mais sont partagés : faut-il mettre leur fille sous cloche pour prolonger son espérance de vie ou, au contraire, lui laisser vivre ce qui sera sans doute son seul grand amour, même si elle risque d’y laisser ses dernières forces ?

Sur le papier, "Babyteeth" a tous les ingrédients du mélo dégoulinant. A ceci près qu’il ne s’agit pas d’un produit hollywoodien pour teenagers, mais d’un film australien, signé par la jeune réalisatrice Shannon Murphy. Et même si elle aborde un thème grave – la jeunesse face à la mort –, elle le fait avec un punch et un anticonformisme revigorants. Son style vif et mordant est soutenu par un casting brillant : Eliza Scanlen (vue dans "Les quatre filles du Dr March"), Toby Wallace (primé à Venise dans la catégorie "découverte"), Essie Davis et le toujours excellent Ben Mendelsohn (vu dans la série "Bloodline") dans le rôle du père. Tout concours à faire de "Babyteeth" une vraie pépite.

pour relire la critique de "Milla" à la Mostra 2019

Misbehaviour

Londres, 1970. Comme chaque année, Eric Morley (Rhys Ifans, truculent) prépare le concours de "Miss Monde". Macho de base, l’organisateur ne se rend pas compte que le monde change et accepte, de mauvaise grâce, de faire quelques aménagements  à son show : inviter une candidate noire pour représenter l’Afrique du Sud – alors en plein régime d’apartheid, élargir le panel de son jury… Mais cela ne suffit pas à faire taire les critiques, surtout celles des féministes du MLF naissant qui voient en "Miss Monde" un infâme défilé de femmes-objets… Et qui entend bien saboter l’édition 2020. Parmi ces opposantes, Sally Alexander (Keira Knightley), une intellectuelle qui vient  d’être admise à l’Université de Londres.

On comprend ce qui a tenté la réalisatrice Philippa Lowthorpe et la scénariste Rebecca Frayn dans cette histoire vraie : c’est le choc de deux mondes et de deux conceptions de la femme qui s’affrontent cette année-là. Mais malgré un bon sujet et un casting de premier choix ( outre les précités, on retrouve les excellents Greg Kinnear et Lesley Manville), le film reste un peu à la surface des choses : à vouloir montrer les coulisses des deux camps, à travers les destins de deux militantes féministes et de deux miss, sans oublier les états d’âme du présentateur américain du show Bob Hope (Kinnear), le récit papillonne, enchaîne des séquences pittoresques et un peu prévisibles. Plus d’audace dans la mise en scène, plus d’ironie dans l’écriture aurait rendu "Misbehaviour" nettement plus mémorable.

Mon cousin

Pierre (Vincent Lindon) est un très riche chef d’entreprise, entièrement dévolu à faire croître le chiffre d’affaires de l’entreprise familiale en multipliant le rachat de diverses marques. Mais pour que cela reste une entreprise familiale, pour que Pierre conserve la majorité des parts au conseil d’administration, il a besoin de la signature d’une convention avec son cousin Adrien (François Damiens). Or, Adrien est incontrôlable, et la mort de sa mère n’a rien arrangé : il est suivi par une psychiatre dans une institution spécialisée. Pour Pierre, le défi est le suivant : comment forcer Adrien à signer, dans les plus brefs délais ?

Depuis des lustres, les comédies françaises cherchent à reproduire la formule magique de "L’emmerdeur", le summum de la carrière de Francis Veber (réalisé par Edouard Molinaro). Avec "Mon cousin", on est loin. Très loin. Rien ne fonctionne dans ce "buddy movie". Ni la mise en scène de Jan Kounen (le type qui a massacré "Blueberry" au cinéma), plus soucieuse de savants travellings que d’efficacité comique. Ni l’enjeu de départ, et le personnage de Pierre, tellement antipathique qu’on se moque de ce qu’il peut lui arriver – et l’absence d’articulation dans le jeu de Lindon, qui avale ses répliques, n’arrange rien. Ni les gesticulations pénibles de Damiens, perdu dans un espace de jeu tellement convenu qu’il ne peut y apporter aucune folie. Ni drôle, ni émouvant, "Mon cousin" est un onéreux navet.

la séquence JT