Les critiques d'Hugues Dayez avec "Au nom de la terre", un drame paysan porté par Guillaume Canet

Guillaume Canet - Au nom de la terre
Guillaume Canet - Au nom de la terre - © DR

Après "Nous finirons ensemble", suite inutile des "Petits mouchoirs", on n’attendait pas forcément Guillaume Canet incarnant un agriculteur en difficulté dans "Au nom de la terre", premier long-métrage d’Edouard Bergeon. Mais Canet s’est investi au point de coproduire le film.

 

Au nom de la terre

Après un séjour dans le Wyoming, Pierre (Canet) revient en France racheter à son père vieillissant (Rufus) la ferme familiale. Pour reprendre l’exploitation, il n’a pas le choix : il doit opter pour l’expansion et le développement de nouveaux secteurs d’activité. Déjà endetté, il investit dans un gigantesque hangar avec des poulets en batterie. Pierre ne compte pas son temps, mais malgré l’aide de sa femme et de son fils adolescent, il peine de plus en plus à garder la tête hors de l’eau…

"Au nom de la terre" sonne juste. Et pour cause : le réalisateur Edouard Bergeon y raconte l’histoire tragique de son propre père. Dans un récit inexorablement sans surprise, un des aspects les plus intéressants est sans doute le tragique dialogue de sourds entre Pierre et son père, vieux paysan borné, avare, calé dans ses certitudes et incapable de comprendre les défis que doit relever son fils. Sur le plan strictement cinématographique, "Au nom de la terre" est un film de facture très classique, avec un scénario linéaire et un casting bien choisi (mention spéciale au jeune Anthony Bajon, déjà formidable de justesse dans "La prière" de Cédric Kahn). Mais l’intérêt principal de ce récit linéaire d’une descente aux enfers réside dans son authenticité et dans les accents de sincérité qu’il dégage. Edouard Bergeon a réussi, à travers la reconstitution d’une fiction, à raconter la douloureuse histoire de sa famille, avec sensibilité mais sans pathos. Pas étonnant qu’en France, pays des terroirs et de la bonne chère, ce drame sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’agriculture remporte un grand succès public.

Gemini Man

Au début de ce thriller produit par Jerry Bruckheimer (le roi de la superproduction tonitruante et explosive), un TGV démarre de la gare de… Liège-Guillemins (!). A l’extérieur, posté sur un talus, Henry Brogan (Will Smith), un tireur d’élite chargé de tuer un passager du train, lancé déjà à vive allure. Brogan remplit son contrat, de justesse, et réalise qu’il doit décrocher avant de décliner dans sa profession. Mais sa retraite anticipée ne plaît pas aux services secrets américains : Henry sait trop de choses, il doit disparaître. Quelle n’est pas surprise lorsqu’il découvre que le tueur lancé à ses trousses est un clone de lui-même, avec vingt-cinq ans de moins !

Toute la promotion de ce film d’action est centrée sur la prouesse technique ayant consisté à réaliser, par une combinaison de "motion capture" et d’images de synthèse, un jeune sosie de Will Smith. Prouesse tout à fait convaincante, certes, mais pourquoi déployer tant d’efforts, de recherches numériques et d’argent au service d’un scénario aussi basique et convenu ? L’autre question est évidemment : comment un cinéaste renommé comme Ang Lee, doublement Oscarisé avec "Brokeback mountain" et "Life of Pi", est-il allé galvauder son talent dans ce film d’action impersonnel ? Mystère.

The goldfinch (Le chardonneret)

"Le chardonneret", titre d’une peinture de 1654 due à Carel Fabritius, est aussi le titre du troisième roman de Donna Tartt, écrivaine américaine révélée par "Le maître des illusions" en 1992. Auteur rare, Tartt a mis chaque fois près de dix ans pour écrire ses trois romans-fleuves, salués par la critique et le public. "Le chardonneret" raconte comment un adolescent de treize ans, Théo, va se retrouver orphelin après la mort de sa mère lors d’un attentat dans un musée new-yorkais et comment il va se retrouver en possession de cette toile de maître, qui excite diverses convoitises.

Face à des romans de cette ampleur, les studios hollywoodiens ont toujours cédé à la tentation d’en acheter les droits pour en faire des films. La tentation est grande, mais piégeuse : comment, dans un film de deux heures, concentrer la puissance romanesque d’un livre foisonnant, de plus de 800 pages ? Comment réduire sans décevoir ? Le réalisateur John Crowley (auteur du très beau "Brooklyn" avec Saorse Ronan) a mis pas mal d’atouts dans son jeu : la présence de Nicole Kidman, une photo sublime signée par le grand chef opérateur Roger Deakins… Mais le choix de l’acteur principal pour incarner Théo adulte – le très fade Ansel Elgort, vu dans "Baby driver" - est par contre un point faible. "Le chardonneret, le film" offre un résultat à l’écran plus qu’honorable. Mais c’était presque mission impossible de satisfaire les millions de lecteurs de Donna Tartt.

Chambre 212

Un couple quadragénaire. Elle, prof, avoue avoir trompé son mari avec un de ses élèves. Crise. Séparation. Elle quitte l’appartement conjugal et, pour réfléchir, prend une chambre dans l’hôtel d’en face avec vue… sur son ancien appartement. Elle reçoit – ou rêve – des visites insolites, dont celle de son mari, mais âgé de vingt-cinq ans, soit le garçon qu’elle a connu au début de sa relation.

Au générique de fin de sa comédie, le cinéaste Christophe Honoré remercie plein de monde, Bertrand Blier, Luis Bunuel. Soit. Mais "Chambre 212" n’arrive pas à la cheville de ses modèles : c’est un insupportable bavardage 100% parisien. Dans le rôle du mari trompé, Benjamin Biolay est aussi expressif qu’une borne postale. Dans celui du mari jeune, Vincent Lacoste prouve qu’il joue toujours de la même manière - limitée. Quant à Chiara Mastroianni, avec son air de chien battu, elle a remporté un prix d’interprétation à Cannes dans la section "Un certain regard" grâce à ce rôle… Allez comprendre.

 

 

La séquence JT