Les critiques d'Hugues Dayez avec "All the money in the world", l'exploit de Ridley Scott

"Tout l'argent du monde" de Ridley Scott
"Tout l'argent du monde" de Ridley Scott - © DR

Le nouveau film de Ridley Scott, "All the money in the world" va sans doute rentrer dans l’Histoire du cinéma grâce à son making-of: le cinéaste britannique a effacé de sa distribution le controversé Kevin Spacey pour le remplacer par Christopher Plummer en un temps record.

All the money in the world

Le film retrace un des faits divers saillants des années 70: en 1973, un adolescent, petit-fils du milliardaire américain Paul Getty, est enlevé à Rome. Ses ravisseurs réclament une rançon de 17 millions de dollars, mais Getty, surnommé "l’homme le plus riche du monde", refuse catégoriquement de payer cette somme, au grand dam de sa belle-fille, qui redoute de ne jamais revoir son garçon…

Dans la première bande annonce du film visible cet automne, on découvrait un Kevin Spacey méconnaissable car très maquillé pour ressembler un tant soit peu au richissime octogénaire. C’est alors que, début octobre, dans la foulée de l’"affaire Weinstein", la star de "House of Cards" tombe en disgrâce, accusé de harcèlement sexuel. Chez Sony, producteur de "All the money in the world", c’est le branle-bas de combat: le film est censé sortir fin décembre. Très vite, Ridley Scott prend la décision de remplacer Spacey et de retourner toutes ses scènes avec un autre acteur, en l’occurrence le vétéran Christopher Plummer (qui avait été pressenti initialement pour incarner Paul Getty). En neuf jours, Scott parvient à mobiliser son équipe pour tourner vingt-deux scènes, soit à peu près une demi-heure de son film, et les intégrer dans un nouveau montage… C’est un coup de maître: au lieu de subir la publicité négative d’un Kevin Spacey au générique, il la mue en publicité positive autour de son exploit. Il est d’ailleurs nommé aux Golden Globes, tout comme Christopher Plummer.

Evidemment, pour les critiques de cinéma, impossible de comparer les deux versions du film. Mais avec cette version remaniée, on a le sentiment d’un casting plus pertinent: Plummer, 88 ans, s’approche bien plus de l’âge de Paul Getty (81 ans au moment du rapt de son petit-fils), et s’installe dans le rôle avec aisance, malgré le peu de temps de préparation.

Quant au film proprement dit, il a les qualités et les défauts habituels du cinéma de Ridley Scott. A son actif, une narration haletante et une reconstitution d’époque impeccable; à son passif, une relative froideur - le flegme britannique de Scott? - et un déficit d’émotion pour évoquer une affaire pourtant très passionnelle. Emotion que Michelle Williams, dans le rôle de la mère de l’enfant kidnappé, parvient néanmoins à amener ponctuellement dans le récit. Mais on l’aura compris: "Tout l’argent du monde" ne se regarde pas comme un thriller classique, mais comme un film qui a survécu brillamment à ses avatars.

Wonder

August n’est pas un petit garçon comme les autres: souffrant d’une malformation génétique, il a dû subir moult interventions de chirurgie esthétique pour améliorer son visage. Alors August se cache sous un gros casque de cosmonaute… Depuis plusieurs années, sa maman (Julia Roberts) se consacre corps et âme à son éducation à domicile. Mais maintenant qu’il entre dans sa onzième année, August va enfin rentrer à l’école et devoir affronter le regard des autres.

"Wonder" est un mélo. Ce terme, utilisé si souvent négativement aujourd’hui, décrit un genre qui a pourtant généré pas mal de chefs-d’œuvre. "Wonder" n’est sans doute pas un chef-d’œuvre, mais il recèle d’authentiques qualités. Il y a d’abord l’interprétation craquante de Jacob Tremblay, jeune acteur canadien révélé par l’extraordinaire drame "Room". Il y a la construction même du film, qui alterne les points de vue: celui d’August, de ses condisciples, mais aussi de sa grande sœur, un peu laissée pour compte par ses parents, entièrement dévoués à ce fils handicapé.

Soyons clairs: si vous êtes parent d’un enfant "différent" (quelle que soit sa différence), vous serez ému jusqu’à la moelle par "Wonder", qui montre avec justesse toutes les difficultés générées par cette différence. Vive le mélo, quand il charrie des émotions aussi profondes…

Jalouse

Nathalie, professeur de lettres divorcée, vit très mal la cinquantaine: elle s’énerve face à sa fille de dix-huit ans, qui prépare un examen de danseuse à l’opéra de Paris, parce qu’elle jalouse sa jeunesse et sa grâce. Cette jalousie va contaminer tous ses rapports avec ses proches… Comment Nathalie va-t-elle remonter la pente et redevenir elle-même?

Le romancier David Foenkinos, aidé par son frère Stéphane, persévère à vouloir réaliser des films. Il vient grossir les rangs de ces écrivains français (Eric-Emmanuel Schmitt, Philippe Claudel) qui n’ont toujours pas compris que mettre en scène ne se résume pas à filmer laborieusement des dialogues en champ/contrechamp, et que les métiers de romancier et de cinéaste ne sont pas complémentaires. C’est le problème actuel du "cinéma d’auteur" français : il y a trop d’auteurs, et pas assez de cinéma.