Les critiques d'Hugues Dayez avec "Adieu les cons", une "tragédie burlesque" d'Albert Dupontel

Adieu les cons, avec Virginie Efira et Albert Dupontel
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Adieu les cons, avec Virginie Efira et Albert Dupontel - © DR

Après le succès d’"Au revoir là-haut", son adaptation du roman Prix Goncourt de Pierre Lemaître qui lui a valu le César du meilleur réalisateur, Albert Dupontel revient à un récit contemporain dont il est l’auteur, "Adieu les cons".

Adieu les cons

Suze Trappet (Virginie Efira), coiffeuse quadragénaire, apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Avant de mourir, elle veut retrouver l’enfant né sous X qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle n’avait que quinze ans. Dans son parcours administratif, elle rencontre JB (Albert Dupontel), informaticien frustré qui vient de rater son suicide, et Mr Blin (Nicolas Marié) archiviste aveugle d’un optimisme débordant… A trois, ils vont se lancer dans une quête truffée de péripéties.

Dupontel dédie son film au regretté Terry Jones, le réalisateur de "La vie de Brian", et Terry Gilliam fait une brève apparition dans "Adieu les cons". Par ailleurs, il reconnaît volontiers en interview que "Brazil" fait partie de ses films-cultes.

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Dans le paysage bien balisé des comédies françaises, Dupontel détonne car son rythme trépidant emprunte au "slapstick" du cinéma muet et ses enchaînements de situation lorgnent plus vers le nonsense des Monty Python que vers les quiproquos vaudevillesques des films comiques franchouillards… On ne va pas s’en plaindre. Virginie Efira semble parfaitement à l’aise dans son univers, et le duo Suze/JB fonctionne bien à l’écran. Par contre, l’habituel cabotinage de Nicolas Marié – fidèle acteur des films de Dupontel – est parfois agaçant. Néanmoins, cette "tragédie burlesque" (comme la définit le cinéaste), menée tambour battant, n’ennuie jamais et surprend souvent. Deux qualités précieuses.

Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary

L’action de ce film d’animation français se déroule au Far West en 1863. Un convoi de colons est en route pour l’Oregon, dans l’espoir d’une vie meilleure. Au sein du convoi, le père de Martha se blesse gravement et n’est plus capable de conduire le chariot. Sa fille va tenter de prendre les commandes, s’attirant les inimitiés et la jalousie au sein du convoi. Martha ose même troquer ses jupes contre un pantalon, créant un véritable scandale… Mais sa détermination est telle que rien ne pourra la faire reculer.

De Calamity Jane – à part un désopilant album de "Lucky Luke" -, on sait peu de choses, la légende de cette pionnière de l’Ouest ayant largement recouvert les quelques éléments historiques avérés. Ce qui a laissé le champ large au réalisateur Remi Chayé pour imaginer ce récit d’apprentissage, aux accents ouvertement féministes. Sur le plan graphique, il a choisi de dessiner les personnages sans tracer leurs contours, ce sont les aplats de couleurs qui définissent leurs silhouettes, ce qui leur permet de se marier avec les décors des paysages. Le résultat s’approche plus de la peinture animée que du traditionnel dessin animé.

Le résultat est joli, et le scénario est plutôt bien construit. Mais quand des réalisateurs français s’emparent d’une mythologie aussi viscéralement américaine, on ne peut s’empêcher de ressentir un léger embarras ; on essaie d’y croire mais on n’y croit jamais complètement. Le casting des voix, pas très convaincant, y est sans doute pour quelque chose. Mais nul doute qu’une frange du public familial y trouvera son compte.

Poly

Le sud de la France, dans les années 60. Suite au divorce de ses parents, Cécile, 10 ans, a dû quitter Paris et suivre sa mère (Julie Gayet, transparente) qui s’installe comme infirmière à domicile dans un petit village. Y débarque un cirque, avec un magnifique poney, Poly, martyrisé par un dresseur cruel (Patrick Timsit, déguisé en Gipsy King). Cécile va réussir à kidnapper Poly nuitamment et pourra compter sur la complicité discrète de Victor, le châtelain du village (François Cluzet, grotesque). Une grande histoire d’amitié commence…

Nicolas Vanier a-t-il acheté tout le catalogue des créations de Cécile Aubry ? Après avoir réanimé "Belle et Sébastien", il s’attaque donc à un autre feuilleton de la maman de Mehdi, "Les aventures de Poly", datant de 1961. Dans l’original, c’était un petit garçon la vedette ; Vanier a décidé de choisir plutôt une petite fille.

A voir ce récit rose-bonbon, désuet et truffé de clichés, on s’interroge : comment peut-on encore produire ce genre de "machins" en 2020 ? Car ne nous y trompons pas : la cible du réalisateur, ce ne sont pas les enfants, ce sont les mamies nostalgiques du feuilleton de leur enfance qui emmèneront leurs petits-enfants, croyant leur faire plaisir…

I am Greta

On ne présente plus Greta Thunberg, cette adolescente suédoise devenue l’an dernier la figure de proue d’un mouvement international de prise de conscience des dangers du changement climatique. C’est début septembre, à la Mostra de Venise, que fut projeté hors compétition ce documentaire, qui sort ce mercredi en salles.

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Presque par hasard, le réalisateur Nathan Grossman a suivi Greta Thunberg dès le début de son action, quand elle manifestait devant le Parlement de Stockholm. De fil en aiguille, il l’a suivie dans tous ses déplacements et sa caméra témoigne de l’incroyable effet boule de neige de son combat. Mais surtout, son documentaire montre que l’adolescente n’est pas une créature fabriquée ou manipulée. Car si son père l’accompagne et la soutient dans ses déplacements, on la voit seule écrire et répéter ses discours. On distingue clairement dans son comportement quelques signes du syndrome autistique d’Asperger – entre autres son indifférence totale aux attaques parfois terriblement virulentes dont elle fait l’objet - , mais aussi des indices d’un profil HP.

Si le documentaire est intéressant, il est aussi inévitablement répétitif : les manifestations des jeunes se suivent et, forcément, se ressemblent. Il y a surtout fort à parier qu’il "prêchera des convertis" : il sera surtout vu par des "pro-Thunberg", hélas…

la séquence JT