Les critiques d'Hugues Dayez avec "Ad Astra", Brad Pitt et la solitude de l'astronaute

L'affiche d'Ad Astra
L'affiche d'Ad Astra - © DR

"Ad astra" (en latin, "vers les étoiles") était un des quatre films américains en compétition à la récente Mostra de Venise. Eclipsé par le triomphe de "Joker", il a été oublié au palmarès… Injustice, car le film de James Gray produit par Brad Pitt mérite qu’on s’y arrête.

Ad Astra

L’action du film se déroule dans un futur proche. De mystérieuses explosions endommagent des stations spatiales et constituent, à terme, une menace pour la terre. Les autorités sont persuadées que l’origine de ces explosions est liée au projet top secret "Lima", une mission spatiale initiée il y a des années par un astronaute légendaire, Clifford McBride, au-delà du système solaire. Le fils de Clifford, Roy (Brad Pitt) est lui-même astronaute. Il est mandaté pour retrouver son père disparu en cours de mission et faire toute la lumière sur le projet Lima.

La première heure du film est spectaculaire : James Gray met en scène quelques séquences époustouflantes (la chute de Roy d’une station spatiale, une attaque de jeep sur la Lune…). Ensuite le film change de nature, et accentue sa dimension introspective, voire métaphysique. La recherche du père fait inévitablement penser au roman "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad (qui a déjà inspiré "Apocalypse now"), mais Gray assume pleinement cette référence. Car ce qui intéresse le cinéaste et son complice Brad Pitt, c’est de nourrir une réflexion sur la solitude de l’astronaute, sur tous les sacrifices qu’il consent au profit de sa carrière, et sur la finalité de la "conquête spatiale".

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Le film, qui a souffert d’un montage long et tumultueux, cherche en permanence son équilibre entre l’intime et le grand spectacle, entre les péripéties et le voyage intérieur. Cet équilibre n’est sans doute pas parfaitement atteint, mais le film contient suffisamment de moments somptueux – accompagnés par une superbe partition de Max Richter – pour mériter le déplacement.

A rainy day in New York

Un jeune étudiant, Gatsby, veut emmener sa copine Ashleigh un week-end en amoureux à New York. L’occasion est toute trouvée : Ashleigh a décroché une interview avec un grand réalisateur new yorkais pour faire un article pour une revue universitaire. Fils à papa, Gatsby réserve une suite dans un palace près de Central Park pour impressionner Ashley. Mais rien ne va – évidemment – se dérouler comme prévu : la jeune fille va, avec son interview, être prise dans un engrenage, tandis que le garçon traîne ses frustrations sous la pluie…

Ce 50ème long-métrage de Woody Allen traîne sur les étagères depuis plus d’un an. Car son producteur, Amazon Studios, a renoncé à le commercialiser sur le territoire américain, suit aux accusations de pédophilie visant Woody Allen. Timothée Chalamet et Elle Fanning, les jeunes stars du film, se sont désolidarisées de leur réalisateur. Woody a ensuite attaqué Amazon en justice… Après cet imbroglio, le film sort enfin aujourd’hui en Europe – mais pas aux USA.

Le film proprement dit ne suscitera, lui, aucune polémique : c’est une bluette désenchantée, où Allen revisite ses thèmes favoris (les erreurs de casting dans les relations amoureuses, les espoirs déçus, les infidélités inévitables…) comme en pilotage automatique. Heureusement, une très belle scène finale avec les parents de Gatsby vient apporter du relief à l’ensemble. Sinon, rien de neuf sous le soleil – ou plutôt sous la pluie.

Trois jours et une vie

Décembre 1999, dans un petit village des Ardennes. A la veille de Noël, un petit garçon de six ans disparaît. L’émoi est grand, mais très vite, un climat de suspicion gangrène la communauté… D’autant plus que l’affaire Dutroux est dans toutes les mémoires.

Pierre Lemaître, lauréat du prix Goncourt pour "Au revoir là-haut", a lui-même adapté pour l’écran son roman "Trois jours et une vie" et en a proposé la réalisation à Nicolas Boukhrief. En lisant le scénario, ce dernier a retrouvé des accents à la Simenon dans cette histoire. La comparaison est juste : chez les deux auteurs, l’enquête policière n’est qu’un prétexte pour sonder la     vérité des êtres, pour scruter au scalpel le sentiment de culpabilité et la mauvaise conscience. Lemaître a le sens du récit, et Boukhrief le met bien en valeur.

Reste néanmoins une question : pourquoi avoir voulu situer l’intrigue dans les Ardennes belges, et pas tout simplement françaises ? Car les acteurs principaux (Sandrine Bonnaire, Charles Berling, Philippe Torreton), malgré leur talent, sont peu crédibles en villageois wallons. Certes, il y a des acteurs belges parmi les seconds rôles, certes, les décors sont belges… Mais il en résulte un caractère hélas un peu hybride. Il aurait été plus simple de situer "Trois jours et une vie" en Champagne-Ardenne, le film aurait alors été à 100% convaincant. Ne boudons néanmoins pas notre plaisir ; un film français bien joué avec une bonne histoire, ça ne court plus les rues aujourd’hui.

Ma folle semaine avec Tess

Sam, 11 ans, est en vacances avec sa famille dans une petite île des Pays-Bas. Il est obsédé par la mort et, en tant que benjamin, imagine que tous les membres de sa famille vont disparaître avant lui. Alors il veut mettre à profit ces vacances pour apprendre à se débrouiller seul pendant plusieurs heures… Mais c’était sans compter la présence d’une jeune voisine, Tess, exubérante et pleine d’imagination.

Inspiré d’un roman-jeunesse d’Anna Woltz, le film hollandais "Ma folle semaine avec Tess" a le charme de l’exotisme : il est rare de voir sur nos écrans les paysages bataves, qui plus est avec une direction photo magnifique. Si le film distille une gentillesse parfois proche de la mièvrerie, il reste à conseiller pour un public familial.

La séquence JT