Les critiques d'Hugues Dayez avec "A quiet place", "Sans un bruit", un thriller "à la Spielberg"

A Quiet Place
A Quiet Place - © DR

Les Etats-Unis sont dévastés par une nouvelle menace. Il ne s’agit pas d’une épidémie, mais d’une invasion de créatures redoutables. Leur particularité ? Elles ne voient rien mais jouissent d’une ouïe ultradéveloppée. Dans "A quiet place", on suit les stratagèmes d’une famille – un couple avec deux enfants – pour vivre recluse dans une maison le plus silencieusement possible, afin que les horribles monstres ne repèrent pas sa présence…

John Krasinski, acteur révélé par la série "The Office", réalise et joue le rôle principal de "A quiet place", en compagnie d’Emily Blunt (son épouse à la ville). Le postulat de base du scénario lui permet de réaliser un suspense très visuel, où les dialogues sont évidemment réduits au strict minimum… L’idée de faire de la fille du couple une jeune sourde-muette rajoute à la tension dramatique de l’histoire, car son handicap l’empêche d’entendre la présence des monstres. En revenant aux fondamentaux du film à suspense – un travail sur le montage des images et du son, bien plus qu’une succession de scènes bavardes -, il fait penser au jeune Steven Spielberg de "Duel", quand il osait mettre en scène une course-poursuite entre une voiture et un camion… Seule légère déception du film : les monstres de "A quiet place", longtemps à peine visibles – faut-il rappeler l’importance de la suggestion au cinéma ? – sont forcément dévoilés au fil du récit, et leur look est décidément peu original, comme si toutes les créatures devaient forcément ressembler à l’Alien de Ridley Scott. Mais hormis cette réserve, "A quiet place" est une vraie réussite. 

The final portrait

En 1964, Alberto Giacometti, le génial sculpteur et peintre suisse italien, convie le critique d’art américain James Lord à poser pour lui dans son atelier parisien. Flatté, Lord décide de prolonger de quelques jours son séjour dans la Ville-Lumière avant de rentrer aux USA. Hélas pour lui, il va se retrouver pris au piège : Giacometti, victime de son perfectionnisme, remet sans cesse son ouvrage sur le métier, et les séances de pose se prolongent indéfiniment…

Plutôt que de réaliser un biopic classique sur Giacometti, l’acteur/réalisateur Stanley Tucci a choisi cet épisode précis de sa vie qui peut sembler a priori anecdotique, mais qui se révèle passionnant parce qu’il met en lumière les doutes créatifs de l’artiste. Dans le rôle de Giacometti, Geoffrey Rush ("Le discours d’un roi") est magnifique, tandis qu’Armie Hammer ("Call me by your name") incarne bien un James Lors partagé entre l’admiration et l’embarras. A travers ce duo/duel, "The final portrait" parle bien de l’acte créatif.

Monsieur Je-Sais-Tout

Vincent, entraîneur de foot célibataire et égoïste, découvre qu’il a un neveu autiste Asperger et se retrouve obligé de s’en occuper et de l’héberger chez lui. La découverte de cet adolescent différent va faire basculer toutes ses certitudes…

Le film, cousu de fil blanc, veut bien faire et sensibiliser le grand public au monde de l’autisme. Le problème, c’est qu’il accumule les invraisemblances : ce que Vincent parvient à accomplir avec son neveu en quinze jours (sans jamais l’avoir rencontré au préalable), un assistant social accoutumé à l’univers des autistes mettrait – au minimum – six mois à accomplir.

Le film laisse également croire qu’un happy end est possible. Les auteurs du film ont oublié un élément essentiel : l’autisme n’est pas une maladie, c’est un handicap. Et un handicap ne se guérit pas. En édulcorant la problématique, "Mr Je-Sais-Tout" finit par la minimiser dangereusement ; le spectateur lambda sortira de la salle en se disant "Tout compte fait, ce Syndrome d’Asperger, ce n’est pas si grave…" Eh bien si, c’est grave. Et le traiter de la sorte, dans une comédie dramatique aisément diffusable dans un prime time pour TF1, est une démarche faussement bienveillante et authentiquement nocive.