La fermeture des cinémas, la partie visible d’une crise plus profonde

A partir d’aujourd’hui, tous les cinémas de Belgique vont fermer leurs portes pour une durée de trois semaines. Cette fermeture entraîne une multitude de questions, pour tous les professionnels du cinéma.

Quel impact pour les exploitants de salles ?

Chaque cas est évidemment différent : les conséquences financières pour des grands groupes comme Kinépolis ou UGC ne seront pas les mêmes pour des cinémas indépendants… Exemple : à Liège et à Namur, Les Grignoux exploitent 4 cinémas, avec un total de 13 écrans, sans oublier des brasseries installées dans ces établissements. A partir de ce midi, tout est fermé. Les Grignoux emploient 160 personnes ; est-ce que cette ASBL a les reins suffisamment solides pour supporter le manque à gagner que représente 3 semaines d’inactivité ? "Heureusement, l’année 2019 chez nous comme partout chez les exploitants a été une très bonne année, la meilleure depuis cinq ou six ans  explique Catherine Lemaire, directrice de programmation des Grignoux, "ce qui signifie que nous aurons un budget spécial de crise, mais bien sûr, cela ne suffira pas ! Il faudra avoir recours de manière structurelle à du chômage technique, et en ce qui concerne les modalités de ce recours, ce n’est pas encore complètement clair. C’est déjà prévu, mais j’imagine que d’autres mesures d’urgence vont être mises en place."

 

Quel destin pour les films censés sortir en salles ?

Avec prudence, Hollywood avait anticipé la crise en reportant la sortie mondiale du nouveau James Bond, prévue initialement début avril, en novembre. En France, plusieurs films d’envergure comme le "Pinocchio" de Mattéo Garrone ont été repoussés à l’été. Chez nous, près de trente nouveaux films étaient censés sortir sur nos écrans dans les trois prochaines semaines. Que vont devenir ces films, vont-ils tomber aux oubliettes ? La question est complexe, comme le confirme Stefan De Potter, directeur de la maison de distribution Cinéart : " Si ces trente films doivent sortir en salles, il risque d’y avoir un embouteillage, mais qui peut s’étendre sur une période plus ou moins longue, de sorte que le marché puisse absorber ces films-là. Mais je pense que très tôt, va être abordée la question de savoir si tous ces films doivent encore sortir dans les salles de cinéma. Et si ce n’est pas le cas, quel est le choix qui va se faire ? comment décider : tel film va sur grand écran, tel film sur un autre support ?"

Avec cette crise, c’est toute l’industrie du cinéma qui tourne au ralenti : les tournées promotionnelles des acteurs sont supprimées, de nombreux tournages suspendus. Les seuls gagnants dans l’aventure risquent bien d’être les plateformes de streaming…

la bande-annonce de Pinocchio