La critique cinéma d'Hugues Dayez - mercredi 22 juillet

Ian McKellen est Mr Holmes
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Ian McKellen est Mr Holmes - © DR

Coup de cœur cette semaine pour un film anglais présenté au Festival de Berlin et qui s’intitule "Mister Holmes", "Mister Holmes" comme Sherlock Holmes, bien sûr !

Dieu sait que le mythe créé par Conan Doyle a déjà été revisité des centaines de fois, et encore très récemment par la série "Sherlock" avec Benedict Cumberbatch qui montre un Sherlock Holmes au 20ème siècle, un Sherlock jeune et dynamique. Ici, l’approche est tout à fait différente, on suit un Sherlock Holmes au soir de sa vie : on est en 1947, Sherlock Holmes est nonagénaire, le docteur Watson est mort depuis longtemps et Sherlock Holmes est un paisible retraité dans un cottage du Sussex, qui se consacre à une de ses passions, l’apiculture. Pour seule compagnie, il a une brave cuisinière qui lui prépare ses repas et le fils adolescent de cette cuisinière. Le père a disparu pendant la guerre et cet adolescent prend ce vieux Mister Holmes comme substitut paternel et s’intéresse à ce mythe légendaire qui n’est plus que l’ombre de lui-même parce que c’est un vieux monsieur qui n’a plus toutes ses facultés. Et c’est ce qui est intéressant dans le film, c’est qu’on voit que Holmes essaie de lutter contre les pertes de mémoire : il consigne dans un carnet, il essaie d’explorer ses souvenirs pour à tout prix élucider une affaire dont il estime qu’il reste des zones d’ombre. Donc, c’est en quelque sorte la dernière enquête de Sherlock Holmes.

Alors ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’il y a une intrigue policière, bien sûr, mais c’est une revisitation extrêmement intéressante du mythe parce que le réalisateur fait comme si Sherlock Holmes existait et qu’il avait été en quelque sorte dénaturé, mythifié par Conan Doyle. Il y a une scène très drôle où on le voit se glisser furtivement dans un cinéma, voir une adaptation de ses aventures, se voir à l’écran, une sorte de mise en abyme et il considère cette adaptation comme complètement ridicule parce que totalement fantaisiste. Il y a beaucoup de private jokes qui fonctionnent très très bien. Et puis, ce Mister Holmes est joué par le formidable Ian McKellen qui a été célèbre dans le monde entier avec le rôle de Gandalf dans le Hobbit et le Seigneur des Anneaux mais qui est un acteur shakespearien extrêmement subtil et spirituel et qui donne une épaisseur à ce Holmes vieillissant tout à fait savoureuse. Qui plus est, le film, esthétiquement, est un ravissement de tous les instants, c’est un très bel objet, on est vraiment dans la campagne anglaise de 1947, on a envie immédiatement d’y passer ses vacances. Donc, ce Mister Holmes est une très jolie revisitation du mythe de Conan Doyle, très originale. C’est un film multicouches, il y a un premier degré avec une intrigue policière mais au second degré, il y a une réflexion sur la vieillesse et sur " Que fait-on quand on a été une légende ? ". Tout cela est assez passionnant…

While we are young

Noah Baumbach est un cinéaste indépendant américain qui commence à faire son chemin, il avait fait "Frances Hayes", il avait fait "Greenberg" avec Ben Stiller, et bien revoilà Ben Stiller dans un rôle plutôt sérieux. C’est un quadragénaire, il est marié à Cornelia (Naomi Watts). C’est un couple d’intellectuels new-yorkais qui souffre secrètement de ne pas avoir eu d’enfant et le couple vivote un peu, ils se demandent quel pourrait être leur prochain défi et puis ce professeur, Ben Stiller, est contacté, happé par un de ses étudiants qui lui dit : " J’ai vu vos documentaires, c’est formidable ". " Ah bon, vous avez vu mes documentaires, pourtant ils sont difficiles à trouver "… Le type est flatté et il est même complètement séduit par ce jeune étudiant qui lui aussi, est en couple. Le professeur va tomber dans une crise de jeunisme et vouloir retrouver sa propre jeunesse à travers ce couple, il va commencer à écouter la musique à la mode, il va être totalement vampirisé par ce couple.

C’est très intéressant, c’est très Woody Allenien dans l’écriture parce que c’est très bavard, c’est très new-yorkais, c’est cet espèce d’humour désenchanté qu’on retrouve dans les films de Woody Allen, c’est très bien écrit. Il y a des scènes moins passionnantes que d’autres mais on se dit que Noah Baumbach est un digne successeur de Woody Allen avec ce "While we're young".