"Elle" de Paul Verhoeven et "Café Society" de Woody Allen

Les sorties d'après Cannes.

 

Elle

Michèle, énergique femme d’affaires, est agressée et violée à son domicile. Mais plutôt que de prévenir la police, elle n’ébruite pas l’affaire et décide de mener elle-même l’enquête pour trouver l’identité de son agresseur cagoulé. Pourquoi pas la police ? Parce qu’enfant, elle a été malgré elle sous les feux de l’actualité lorsque les forces de l’ordre arrêtèrent son père, tueur en série…

Adapté du roman "Oh !" de Philippe Djian, "Elle" ressemble, de prime abord, à un drame comme le cinéma français en produit régulièrement, mais s’écarte en réalité très vite des codes habituels de ce cinéma. Car le modèle du producteur Saïd Ben Saïd, en engageant le réalisateur Paul Verhoeven sur le projet, était "Belle de jour" de Luis Bunuel (le portrait d’une belle bourgeoise (Catherine Deneuve) qui, inexplicablement, se prostitue).

En choisissant le réalisateur de "Basic instinct", Saïd espérait bien faire de "Elle" un drame vénéneux et mystérieux, qui ne cherche pas à s’appesantir dans de longues explications sur les motivations de Michèle, mais qui, au contraire, ne cesse d’intriguer et de surprendre le spectateur. Isabelle Huppert s’est emparée vaillamment de ce personnage opaque. Le reste de la distribution est inégal (c’est une petite faiblesse du film), mais "Elle" prouve qu’à bientôt 78 ans, Paul Verhoeven aime toujours les images subversives…

Café Society

Le nouveau long-métrage de Woody Allen, c’est Candide à Hollywood. Dans les années 1930, Bobby (Jesse Eisenberg), timide Juif new yorkais, débarque à Los Angeles. Son oncle producteur lui trouve un petit boulot de coursier dans les

Studios, et Bobby ne tarde pas à tomber amoureux d’une secrétaire, Vonnie (Kristen Stewart). Vonnie est émue par le brave garçon mais lui avoue tout de go qu’elle n’est pas libre… Et pour cause : elle est, en secret, la maîtresse de son oncle.

Dans "Café Society", on retrouve le Woody Allen moraliste de "Matchpoint" : derrière l’argument vaudevillesque, se cachent des interrogations plus profondes sur les vraies valeurs de l’existence… Un moment, Bobby s’exclame : "La vie est une comédie écrite par un auteur sadique". Mais l’humour désenchanté de Woody est emballé dans une belle enveloppe : esthétiquement, la reconstitution de l’âge d’or de Hollywood dans "Café Society " est une splendeur, grâce au travail d’un véritable orfèvre, le directeur photo Vittorio Storaro… Bref, le tout distille un charme rétro assez irrésistible.