River Into Lake : "C'est compliqué de rester à la page à 40 ans mais mon expérience me permet d'être plus confiant"

Longtemps caché derrière de nombreux groupes belges, Boris Gronemberger a décidé de reprendre les commandes de sa carrière avec son nouveau projet lancé en 2019.

Depuis une vingtaine d’années, Boris Gronemberger s’est imposé comme l’une des figures de la scène rock du pays. Il a notamment été aperçu aux côtés de Castus, Blondie Brownie, Grinberg, Venus, Zop Hopop, The Grandpiano… Sans oublier son passage en tant que batteur pour Girls in Hawaii pendant quatre ans et aux percussions et aux chœurs avec Françoiz Breut. Depuis qu’il est adolescent, le multi-instrumentiste écrit des chansons. Dès qu’il trouve le temps, entre deux concerts, entre plusieurs groupes, il compose pour lui.

Il sort son premier album sous le nom de V.O. en 2005. "Comme j’étais dans plein de projets, ce n’était pas facile de sortir un disque, ce n’était pas fait de manière sérieuse et à 100%." Une échappée en solo dont il avait besoin. "J’avais envie de me recentrer sur moi et faire ma musique. Ce n’est pas du tout péjoratif, mais je ne suis pas juste un musicien, j'aime bien composer, écrire des textes. En jouant avec d'autres gens, ce n'est pas toujours évident de faire valoir ses idées ou ses envies", soulève-t-il.

Alors qu’il pense à un nouvel album, après trois disques sous le nom de V.O., Boris Gronemberger estime qu’il est temps de se renouveler et de changer d’appellation. Déjà, pour des raisons de référencement sur internet, impossible de retrouver son projet en tapant son nom dans les moteurs de recherche, mais aussi pour marquer un nouveau départ. "Je n’avais plus rien fait pendant au moins quatre ans. Personne ne m’attendait et peu de gens connaissaient le projet à part à Bruxelles et un petit peu en Wallonie."

Prendre les commandes

Il se fait désormais appeler River Into Lake. Un clin d’œil au titre d’un album auquel il a participé avec son ancien groupe Raymondo. "C'était un nom qui me parlait beaucoup, qui me revenait souvent en tête, je m'étais toujours dit que ça ferait un chouette nom de groupe. " Avec sa nouvelle identité, le batteur prend ses marques et parvient, enfin, à s’imposer en tant que leader. Un rôle qu’il a parfois eu du mal à endosser. Au sein de VO, j'avais des potes autour de moi et je me reposais quand même souvent sur eux. A un moment, ils m'ont dit que c'était mon projet et que je devais devenir le chef. Il n'empêche que mes amis continue de me soutenir et à faire vivre mes morceaux en live."

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Cette remise à zéro lui permet également d’opérer un virage sur le plan musical. Exit les chansons en guitare-voix, place aux synthétiseurs. "J'avais envie de ne pas me donner de contrainte dans l'écriture et de plutôt m'amuser, d'avoir un côté un peu ludique. Je voulais voir ce que ça faisait de commencer un morceau avec juste une boîte à rythme et d’après prendre un synthé et chipoter au son et rechercher des textures." En septembre 2019, il fait les présentations avec son premier album, Let the Beast Out, savoureux mélange de pop et rock aux sonorités 80’s et aux arrangements orchestraux. Sa formation jazz, qu’il a a suivi au JazzStudio à Anvers, se fait sentir également.

Un marathonien

The Crossing, sorti en septembre dernier, est son dernier projet en date. Sur ses quatre morceaux, le musicien évoque le passage à l’âge adulte et la perte de l’insouciance. Il y dresse une sorte de bilan de sa vie, à l’aube de ses 40 ans. Un âge pas toujours simple pour redémarrer un nouveau projet. "Parfois je compare un peu le monde de la musique au milieu du sport professionnel, où des personnes commencent super tôt, à 16, 17, 18 ans et qui à 30 ans arrêtent et sont en fin de carrière. C'est assez compliqué de rester à la page. Il y a des nouveaux qui arrivent, qui sont beaucoup plus jeunes et qui sont plus dans le coup. C'est difficile de suivre tout ça mais je me sens aussi confiant dans le sens où j'ai mon parcours, j'ai mon bagage."

Fort de toute cette expérience, Boris Gronemberger ajoute une nouvelle corde à son arc : celle de la production. "Je peux partager mes connaissances avec d'autres artistes qui ont fait moins d'albums que moi. Ils m’appellent parce qu'ils aiment bien ce que je fais et car ils pensent que je pourrais apporter un plus dans leur projet. Là, maintenant, je clôture l'album d'un groupe liégeois, c'est quelque chose que j'aime vraiment faire." Loin d’être un sportif retraité, il estime avoir encore plein de choses à dire et à faire. Il ne va d’ailleurs pas tarder à reprendre l’écriture de chansons pour espérer sortir un nouveau disque vers 2022.