Nephtys : "J'ai eu du mal à me sentir crédible quand j'ai commencé le rap"

L’artiste bruxelloise mélange la soul au hip-hop, alterne le français et l’anglais et peut aussi bien parler d’amour que se positionner sur des sujets de société.

La déesse mère. Celle protectrice, celle qui veille. Dans la mythologie égyptienne, elle  représente celle qui s’occupe de la naissance des êtres, mais aussi de leur renaissance. Alors en pleine phase de transition dans sa vie, Caroline Hakim a voulu marquer cette étape dans son nom de scène en choisissant Nephtys. "Il y a aussi ce côté lumière dans l’obscurité, ce côté-là me plaisait beaucoup", relève-t-elle.

La jeune chanteuse bruxelloise fait ses premiers pas dans un groupe de jazz hollandais, Tracin’ Tracey, après avoir fait les chœurs dans de nombreux autres projets. "Il s’agissait d’un groupe d'hommes dans la trentaine, plus âgé que moi. Avec eux, j'ai vraiment pu améliorer mes compétences scéniques. Ils ont aussi été les premiers à me faire confiance pour composer un disque." Pendant quatre ans, elle fait des allers-retours constants entre les Pays-Bas et la Belgique. Mais au fil du temps, la distance commence à rendre le travail compliqué.

Un moyen d’expression comme les autres

Elle ressent aussi de plus en plus l’envie de faire autre chose. "J'ai beaucoup aimé faire ça mais le jazz n'était pas ce que je voulais faire principalement. Je voulais me retrouver dans une musique plus hip-hop et r'n'b, mes deux premières amours musicales. J'écoutais beaucoup les Destiny's Child, Missy Elliot, Mariah Carey, des musiques américaines et commerciales." Une identité artistique qu’elle confie avoir pris beaucoup de temps à trouver. "Je tâtonne encore", souffle-t-elle.

Le chemin se dessine lorsqu’elle décide d’allier le chant au rap. "J'avais essayé de m'y mettre avant mais je ne me trouvais pas très crédible. J'avais la sensation qu'il fallait venir "de la street" pour pouvoir faire du rap." Elle explique s’être mis pas mal de barrières et d’avoir eu cette constante impression de ne pas être assez douée pour en faire. "J’ai finalement réalisé que c’était un moyen d’expression comme les autres, comme peut l’être le slam ou la poésie. On finit par croire en ce qu’on fait, en ce qu’on dit. Il faut être juste dans son interprétation, je ne cherche pas à être Eminem ou Busta Rhymes." Pour elle, le rap est une manière de pouvoir exprimer des choses de manière plus affirmée et agressive.

Explorer ses racines

Son premier mini-album, Mistress Of The House, sort en 2018. Celui-ci rassemble reggae, hip-hop et soul. Une croisée d’univers et un mélange des genres que revendiquent Nephtys. Elle préfère d’ailleurs ne pas être rangée dans une case, mais pour simplifier les choses, elle se décrit comme une "artiste urbaine". L’année dernière, elle publie Roots. Cinq titres qui participent à l'exploration de ses origines. "Je suis moitié syrienne, moitié belge. J'avais envie de partir à la recherche de mes racines. J'étais en pleine crise identitaire. En étant née ici, j'ai été coupée de ma famille syrienne. J'ai voulu intégrer ça à ma démarche artistique. Je n'ai pas encore toutes les réponses à mes questions."

Pour se rapprocher de ses racines, elle s’aventure notamment dans des sonorités arabiques, comme sur " I Do It ". Un titre puissant, où elle revendique son indépendance et confronte la domination patriarcale. "Je n'attaque pas les hommes frontalement. Je voulais parler de cette forme de contrôle que peuvent avoir les hommes sur les femmes. On l'a toute subie. J'ai entendu plein de témoignages de différentes femmes quand j'ai été faire des conférences dans des pays comme le Kosovo, la Bosnie, le Sénégal ou les Etats-unis. Des femmes de continents différents ont témoigné avoir été confrontées aux mêmes attitudes. Je voulais en parler dans l’une de mes chansons."

Une mise à nu

Dans son dernier titre, "Imagine", elle s’empare cette fois de la crise migratoire et l’accueil réservé aux réfugiés et où elle prône la solidarité. Un message qu’elle chante en français, pour le rendre d’autant plus fort et accessible. "Le français est une manière de me mettre vraiment à nu. C’était auparavant ma bête noire. J’avais du mal à m’exprimer dans cette langue, je trouvais ça moins évident." Ses prochains projets sont prévus pour bientôt, qu’ils soient en anglais ou en français. Plusieurs fois reportée suite à la crise sanitaire, sa " release party" du prochain album aura lieu en novembre au Botanique.