Lisza : "Chanter en espagnol est libérateur et décomplexant"

L’artiste bruxelloise mélange les langues comme les influences musicales. Après un deuxième album sorti l’année dernière, elle travaille déjà sur de nouvelles chansons, toujours plus influencées par les musiques latines.

Si elle possède une formation d’actrice, ce qu’elle voulait avant tout, c’était être actrice de sa propre création. "J'avais soif de mettre des mots moi-même et de ne pas dépendre du désir de l'autre. Je ressentais un besoin d'écriture", se souvient la chanteuse bruxelloise Lisza. Cette dernière écrit depuis toute petite, même si elle garde, à l'époque, ses textes pour elle. Les paroles viennent plus tard (à l’exception de quelques chansons de rap), elle se concentre d’abord sur des petites nouvelles, poèmes, débuts de roman.

Un bouleversement familial vers ses 25 ans va également la pousser à se donner toute entière à la musique. "Je ressentais une sorte d'appel. J'avais l'impression que la musique pouvait être une manière de se guérir de quelque chose. Elle permet de ressentir les vibrations. Chanter fait bouger plein de choses dans le corps, il y a quelque chose de très physique et intime. J’avais aussi besoin de mettre des mots sur ce qui me chamboulait."

Elle reprend alors des cours de solfège, d’harmonie, de piano et de violoncelle. Deux instruments qu’elle avait déjà tenté d’apprendre pendant son enfance. "Je le faisais plutôt en dilettante car j'avais envie de tout faire. J’ai aussi essayé la guitare et le saxophone. Je ne travaillais pas assez donc j'allais d'un instrument à l'autre. J'étais un peu trop paresseuse je pense!", plaisante-t-elle. Elle se montre bien plus assidue pour le chant, elle va suivre des cours de chant lyrique pendant une dizaine d'années.

Oser se lancer

Après quelque temps à chanter dans un café bruxellois, elle fait la rencontre de Vincent Liben, ancien leader du groupe Mud Flow. "Il m'a fait prendre conscience qu'il fallait que je me lance, que j'ose. Il a eu une grande part dans le fait de me rendre compte que j'étais capable d'écrire des chansons, de composer, de prendre la guitare. J'avais sans doute un manque de confiance en moi", indique-t-elle. Elle s’attaque alors directement à son premier disque, La Vie Sauvage, sorti en 2017. Son nouveau compagnon de route s’occupe des arrangements et de la production. Le premier single, "La Cavale", connaît un joli succès. "J'ai eu de bons retours, ça a fait vraiment chaud au coeur. Le titre a été repris dans une série, il continue de voyager aujourd'hui."

Ce premier album témoigne déjà de son goût pour les musiques d’ailleurs, pour la bossa, la morna, le tango. Sa mère écoutait beaucoup Cesária Évora à la maison. Forcément, cela a déteint un peu sur elle. Sur le deuxième nommé Charango, du nom d’une petite guitare des Andes, Lisza laisse davantage aller ses envies de couleurs, de chaleur, de mélanges. "Pendant le processus créatif, on a ressenti l'envie d'aller vers des sonorités plus latines. On voulait faire danser des chansons qui sont pas forcément toujours joyeuses, elles ont plutôt un grain mélancolique. On voulait vraiment aller vers des rythmiques qui font bouger, mais ça s'est décidé petit à petit."

Fusion linguistique

A côté de ces associations d’influences, la bruxelloise s’amuse à passer du français à l’espagnol. "J'ai eu des facilités pour apprendre cette langue. Je ne la pratique pas tellement, je l'utilise surtout pour écrire des chansons. J'aime bien chanter en espagnol, cela impose une autre rythmique, donne envie de dire d'autres choses, fait danser les mots différemment. C'est très décomplexant et libérateur d'écrire dans une autre langue car il y a un côté plus intellectuel quand on écrit dans sa propre langue, on cherche à faire de belles phrases."

Pour ses prochaines chansons, Lisza se sent toujours plus attirée vers cet univers et ces sonorités. Elle est d’ailleurs en train de plancher sur son prochain album. "Je suis dans la phase où je me trouve dans ma tanière pour écrire des chansons, je fais ça à mon rythme, je ne veux pas me précipiter."