Fabiola : "J'ai voulu traduire en musique le fait d'avoir foiré plein de trucs"

Fabrice Detry continue de développer son premier projet en tant que leader, où il laisse aller ses envies et exploite ses faiblesses.

Rechercher les accidents, amplifier les imperfections, se défaire des attentes. Pour son premier projet en tant que leader, Fabrice Detry a voulu monter un groupe davantage à son image.  Après avoir officié auprès d’Austin Lace et The Tellers pendant des années, le musicien souhaite se lancer en solo avec Fabiola. "Il m’a fallu un temps pour retrouver une bonne équipe et définir les contours du projet. Je voulais toujours une musique pop lumineuse, mais j'avais aussi envie de souligner d'autres aspects", précise-t-il. "Fabiola est le groupe où je suis vraiment l'initiateur, l'énergie principale du projet. Dans les autres, ce n'était pas le cas, j'étais dans une position de soldat et d'arrangeur. Des postes où j'apprends d'autres choses qui me servent après en tant que leader de groupe."

Le premier morceau sous la patte de Fabiola, "Kingdom", sort en 2015. Un titre entièrement composé et enregistré seul. Pour donner plus de consistance au projet, il décide de s’entourer d’autres personnes. "Je voulais vraiment sortir de mon cercle habituel de musicien. J'ai rencontré Antoine Pasqualini, un musicien breton qui a un projet qui s'appelle Monolithe Noir, dans une friterie. Aurelie Muller est une amie de longue date, mais elle ne voulait jamais jouer avec moi. Je ne sais pas ce qui lui a pris ce jour-là, mais elle m’a dit oui ! Lucie Rezsöhazy, elle, m’a envoyé un mail en me disant qu’elle aimait beaucoup Austin Lace et en me demandant si je ne connaissais pas des gens qui cherchaient une claviériste. C’était le cas, moi !"

Perte de contrôle

Avec son équipe fraîchement montée, il sort un deuxième single, " Failure ", en 2017. Dans celui-ci, il évoque le regard que l’on peut porter sur ses échecs. "Quand on a 20 ans, les objectifs sont souvent d'atteindre la notoriété des gens qu'on écoute. Mais il se passe qu'à un moment, on se retrouve à un endroit qu'on n’avait pas du tout prévu. J'ai voulu traduire en musique le fait d'avoir foiré plein de trucs. Je ne suis pas là où je voulais à la base, mais là où je suis maintenant, c'est bien aussi", explique-t-il. Le bassiste de Endz pointe du doigt que si les textes sont plutôt sombres, la musique, elle, dit tout le contraire et apporte un contrepoint lumineux.

Bien-sûr, Fabrice Detry ne s’est pas résigné et porte encore en lui plein d’ambition. Mais pour lui, celle-ci est mieux placée. "J'aimerais pouvoir trouver mon public dans chaque ville d'Europe de 100 ou 200 personnes devant je peux jouer. C'est tout à fait atteignable. Il faut apprendre à fonctionner dans sa niche." Avec Fabiola, il apprend également à ne plus être toujours dans le contrôle permanent. "Austin Lace était très joyeux comme musique, ça finissait souvent comme la B.O. des Télétubbies. Je n'avais pas les clés à l'époque pour faire dérailler la machine et que ça corresponde davantage à ma personnalité." Il explore alors cette notion de déraillement, cherche le grain de sable dans l’engrenage et fait en sorte que ses échecs fassent partie de l’œuvre.

Montrer ses faiblesses

"En tant qu'artiste, on est sans arrêt confronté à la non perfection de notre travail. Le public, lui, va porter un autre regard dessus. Avec Fabiola, j'ai su accepter ces imperfections et me dire qu'à la fin, ce n'est pas moi qui vais définir la qualité de ce que j'ai produit, mais bien les gens qui vont l'écouter", confie-t-il. Débarrasser de ce poids, il s’amuse à montrer ses faiblesses et à les pousser à outrance. Il exhibe sa voix fluette, assume son manque de professionnalisme à l’enregistrement, pousse les sons de claviers kitsch voire dérangeants, utilise volontairement mal son ordinateur. De toutes ces réflexions résultent un premier album en 2018, Check My Spleen.  

L’urgence du financement

Fabiola est en plein enregistrement de leur deuxième disque. Pour y parvenir, la formation a lancé un crowdfunding il y a quelques temps. "C’était une décision d'urgence, mais ce n'est pas une solution en soit. Je crois plus en d'autres formules de financement, comme les concerts, les subventions ou encore aller chercher l'argent dans le privé comme le fait le cinéma. Ce n'est pas très gai d'impliquer de cette manière-là ton public et tes proches."

Selon lui, le monde des musiciens s’est effondré il y a dix ans avec le streaming et l’incapacité des labels de l’époque de trouver une nouvelle manière de fonctionner. "Aujourd'hui, les grosses structures se relèvent mais elles ont abandonné tous les groupes en développement de l'époque, dont je faisais partie. Maintenant, on est produit par des micro-labels qui sont super enthousiastes mais qui n'ont pas un balle autre que pour le pressage du disque, ce qui est déjà super."

Pour ce deuxième album qui devrait sortir l’année prochaine, il travaille aux côtés de Daniel Offermann des Girls in Hawaii. En attendant, Fabrice Detry planche sur des idées de clips, qui sont une part importante de l’identitée de Fabiola."Je rêve d’un thriller animalier pour nos prochains clips. J’espère qu’on ne va pas me piquer l’idée !"