Endz : "On voulait refaire de la musique instantanément et ne plus passer par les ordinateurs"

Le trio bruxello-namurois, inspiré par le shoegaze et les sonorités des années 90, privilégie la musique faite en improvisation et en direct.

Après plus d’une vingtaine d’années de carrière dans l’industrie musicale, trois amis décident revenir à leurs premières amours, celles de jouer ensemble et simplement. Le groupe Endz est alors lancé. "On était tous les trois arrivé au bout d’une étape, au bout de nos projets qui étaient surtout focalisés sur le travail en studio, la programmation, l’électronique. Tout était fait sur des ordinateurs. On voulait refaire de la musique instantanément avec juste une guitare, basse et batterie", indique Loïc Bodson, l’un des membres du trio bruxello-namurois formé il y a huit ans.

Cette envie vient notamment de l’enregistrement du dernier album de son ancien groupe de pop-rock, Flexa Lyndo. Celui-ci était long et contenait de nombreuses séquences à superposer. "C'était passionnant de le faire de cette façon, mais avec Endz, on avait vraiment envie de revenir avec des instruments et de voir le résultat directement. Et de ne plus se lancer dans de l'édition pendant des heures sur un écran d'ordi." Le chanteur et ses deux acolytes, Fabrice Detry (Fabiola, The Tellers, Austin Lace) et Kevin Guillaume (He Died While Hunting), délaissent alors les studios pour retourner jouer dans les caves, pour "faire du bruit", comme avant.

Détour à Montréal

Plongés dans les souvenirs de leur jeunesse, ils privilégient le son des années 90 et s’inspirent du style shoegaze de leurs artistes fétiches comme My Blood Valentine, Flaming Lips ou Pavement. "On ne peut pas totalement nous classer dans ce style, mais on prend les grands paramètres comme la guitare en avant, la voix un peu masquée et utilisée au même niveau que les autres instruments. Mais cela ne veut pas dire que l’on ne travaille pas les textes et qu'il n’y a pas un propos derrière." Comme pour la musique, les paroles sont le résultat d’improvisations, où chacun va venir ajouter un mot, un bout de phrase.  

Pour enregistrer leur deuxième album, Harmed, le trio est parti jusqu’à Montréal au Breakglass Studio de Jace Lasek, qui a notamment collaboré avec Suuns, dont les trois Belges sont fans. Avec l’aide du producteur anglophone, Endz travaille son accent, ses textes, sa prononciation. La formation s’enferme pendant 10 jours dans le studio, le temps de créer 10 chansons. Un rythme soutenu et une aventure intense dont ils avaient besoin. "C'était l'occasion de vivre dans une bulle. On a tous dépassé les 40 ans, avec une vie autour et des enfants. On a pu faire une coupure très nette, ce qui n’est pas souvent le cas car nos agendas ont parfois du mal à s’accorder. Pendant deux semaines, on a fait que ça, du matin au soir. C'était vraiment un privilège de pouvoir le vivre comme ça", se souvient Loïc Bodson.

Les coups durs du confinement

Si Harmed a été conçu en 2018, il n’a finalement vu le jour qu’en mars 2020. "Je n’ai jamais enregistré un album aussi vite qui est sorti aussi lentement", plaisante le musicien qui officie aussi en solo sous le nom de "Loïc b.o.". Une sortie quelque peu retardée suite à des soucis avec leur ancien label et des autres projets qui ont eu la priorité. Celle-ci est finalement inscrite au 13 mars, le jour où l’Horeca et les salles de concerts ferment. Le 18 mars, premier jour du confinement, l’album doit être présenté au Botanique. Un coup dur pour Endz, d’autant plus que les reports de concerts continuent de s’enchaîner et que des dates ont été annulées.

Même si les trois amis avouent ne pas encore trop avoir la tête pour recomposer suite à ce contexte difficile, ils pensent malgré tout s’y remettre bientôt. Avec, pourquoi pas, des chansons en français. Ils viennent d’ailleurs de traduire leur titre, "Shame", pour apparaître sur une compilation du label français La Souterraine.