Condore : "L’une de mes plus grandes craintes était de me lancer en solo"

La claviériste de Dan San continue son échappée en solo avec un premier album à venir.

Condore, avec un E. Une manière pour Léticia Collet de marquer la présence majoritaire des femmes sur le projet. Sur scène, elle s’accompagne de deux musiciennes et d’un musicien. "Depuis le début, je voulais des femmes autour de moi. Déjà parce qu’au niveau des voix, c’était plus difficilement interprétable par un homme. Mais aussi car il existe peu de musiciennes dans le milieu musical belge. Même s’il y en a de plus en plus, elles restent sous-représentées", souligne l’artiste basée à Liège. Son nom de scène est aussi un clin d’œil au Chili, où elle est née. "Le condor est un animal emblématique de l’Amérique du Sud, je voulais apporter quelque chose de personnel et significatif."

Plusieurs petits groupes et une rencontre décisive

Baignée dans la musique depuis l’enfance avec un père musicien, elle demande très vite de s’inscrire à l’académie. Elle y apprend le piano et le solfège pendant une dizaine d’années. Après avoir monté plusieurs petits groupes, elle fait la rencontre de Thomas Medard pendant sa deuxième année d’études supérieures. Le co-leader de Dan San était justement à la recherche d’une claviériste et lui propose alors de rejoindre le groupe.

En 2017, alors que la formation d’indie-folk enregistre son deuxième disque, Shelter, Léticia Collet se met à composer des petits morceaux d’une trentaine de secondes, à l’ambiance onirique, presque cinématographique. "Comme ils ne convenaient pas à ce projet-là, je me suis alors dit pourquoi pas essayer de moi en faire quelque chose. À la base, je ne voulais pas du tout mettre de chant dessus. Puis je me suis pris un peu au jeu. J’ai continué dans ce sens-là ; comme j’aime beaucoup les harmonies vocales, j’en ai alors mis un peu partout. "

"Jaws", une double crainte au cœur d'un mini-album

Le premier mini-album de son échappée en solo sort deux ans plus tard, Jaws, réalisé avec l’aide du producteur Yann Arnaud (Air, Phoenix). Une allusion au film "Les Dents de la Mer" mais aussi à sa phobie des requins. "En évoquant cette peur, je voulais aussi faire un parallèle avec ma deuxième plus grande crainte : celle de sortir quelque chose en solo, de se mettre à poil en sortant de la musique." Ses compagnons de Dan San l’ont d’ailleurs beaucoup aidée à dépasser cette peur et lui ont donné le courage de se lancer.

Il lui reste cependant une ombre d’inquiétude concernant ses textes. "Mes paroles sont souvent très basiques, voire métaphoriques et basées sur de l’émotion pure. Je ne me sens pas légitime d’écrire des textes plus élaborés." La claviériste confie que cela lui vient notamment du fait qu’elle ne se penche pas sur les paroles quand elle écoute une chanson, même en français. "Il faut avant tout que la mélodie me touche pour que je puisse apprécier une chanson. Je fonctionne aussi comme ça quand j’écris, je compose toujours des mélodies avant d’ajouter des paroles dessus."

Très inspirée par les musiques du compositeur américain Danny Elfman qui collabore régulièrement avec Tim Burton, elle rêve d’ailleurs de pouvoir composer des bandes originales de films. Son premier album devrait voir le jour à l’automne prochain, si les concerts peuvent reprendre.