Ana Diaz : "C'est important de savoir enfin d'où on vient, mais aussi de se sentir connecté à une histoire"

Après des détours par le hip-hop et la pop, l’artiste d’origine espagnole semble avoir trouvé une nouvelle voie. Elle compte à présent mettre en avant les chants traditionnels de son pays et d’ailleurs, tout en y ajoutant une touche de modernité.

Lorsqu’elle était adolescente, Ana Diaz préférait ne pas chanter les chants traditionnels espagnols qu’elle reprenait lors des diners de famille.  Originaire de la Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, elle a appris la musique entourée de ses tantes, oncles, cousins et grands-parents. "La musique traditionnelle, je l'écoutais chez moi mais ce n'était pas forcément quelque chose que j'avais envie de faire devant d'autres gens quand j'étais plus jeune. C'était quelque chose de l'ordre du privé." Peu sûre d’elle à l’époque, reprendre ces chants pouvait la mettre à l’aise.  

lire aussi : A la poursuite d'Ana Diaz

Avec le temps, Ana Diaz commence à vouloir revendiquer ses origines et faire revivre ses souvenirs d’enfance. A bientôt 30 ans, elle s’apprête à publier son vrai premier projet solo, qui devrait s’intituler Malosera, une expression galicienne typique pour dire que même quand tout va mal, on peut s’en sortir. Ses prochaines chansons mélangent mélancolie, émotions et douceur. Celles-ci seront interprétées en français, espagnol et néerlandais. "Il y a toujours eu toutes les langues dans la musique pour moi.  C'est vrai que généralement les artistes choisissent une langue pour chanter, mais je ne veux pas me limiter et souhaite explorer toutes les langues que je connais. Je chante aussi en portugais, je suis très fan de Fado. Et si un jour il y a une chanson que j'ai envie de chanter en italien, je le ferai aussi."

Du néerlandais à l'espagnol

Cette facilité avec les langues, elle vient notamment de sa famille qui parlait dans quatre langues mélangées. Mais aussi de l’école artistique qu’elle a intégrée en secondaire, où elle reçoit une formation de jazz et de musique classique. "On devait notamment apprendre des opéras en italien. Je ne pouvais pas chanter une chanson sans savoir ce que ça voulait dire. Je devais chercher la traduction et me renseigner sur la bonne prononciation", indique-t-elle.

A cette période-là, elle chante souvent en anglais avec ses camarades de classe. C’est donc assez naturellement qu’elle sort son premier morceau dans cette langue, en 2019. Accompagnée par Iliona à la production, elle présente Lost Friends, dont il ne reste plus beaucoup de traces en ligne. Un projet aux sonorités hip-hop et pop, qui a découlé de ses nombreuses rencontres à la sortie de l’école. Elle fait la connaissance notamment d’artistes venus du monde du rap, comme le 77 et Blu Samu, avec qui elle s’installe en colocation. Un nouveau monde, pour elle.

Une musique "intemporelle"

"Du jour au lendemain, je me suis retrouvée entourée de gens qui n’avaient jamais lu une partition de leur vie et qui ne savaient même pas où se plaçait une note sur un piano, mais qui faisaient de la musique, ce qui pour moi paraissait complètement surréaliste." Elle écume alors les collaborations et s’essaie à différents styles. Après ces expériences, Ana Diaz réalise qu’elle souhaite se rapprocher d’une musique plus "intemporelle". Elle mise dorénavant sur une fusion entre musiques dites actuelles et celles traditionnelles, en précisant bien qu’elle compte rester respectueuse de là où les musiques viennent. "C'est important de savoir enfin d'où on vient, mais aussi de se sentir connectée à une histoire", assure-t-elle.

Pour le moment, la Bruxelloise est encore en plein enregistrement de ses prochaines chansons. Un exercice dont elle n’a pas encore l’habitude. Même si elle est plongée dans le milieu musical depuis des années, Ana Diaz n’a pas vraiment touché aux studios ni souhaité être dans une démarche de publication de ses titres sur les plateformes de streaming jusqu’à présent. "La musique, ça voulait surtout dire faire des concerts, aller à des jams, se rassembler entre musiciens. Je peux chanter des chansons de nombreuses fois en concerts sans qu'elles soient vraiment enregistrées. Cet aspect-là est venu beaucoup plus tard dans ma vie. Je ne le regrette pas, j'ai vraiment pris mon temps pour découvrir ce que j'avais vraiment envie de faire."